C’est aussi la rentrée pour les collaborateurs et les entreprises. L’heure aussi de prévoir, planifier, budgétiser… Une gageure en ces temps incertains… Pas simple de prévoir et planifier quand on a si peu de visibilité…

Par Gabiel Chataînois, Dirigeant d’une petite société de conseil

Si comme moi vous avez des enfants scolarisés, entre la fin d’année scolaire et le jour J de la rentrée, faire les courses de fournitures et de matériels est une étape importante. D’un point de vue symbolique déjà : souvenez-vous de votre joie d’avoir un nouveau stylo, de choisir la couleur des nouveaux cahiers (quand on pouvait), la trousse un peu sympa, éventuellement le nouveau cartable quand celui de l’année dernière avait fini en lambeaux… C’était vraiment une nouvelle année, avec plein de bonnes résolutions…
Sur le plan financier, le budget n’est pas neutre pour de nombreux foyers : et pourtant, certaines de ces dépenses sont indispensables – le strict minimum -, tandis que d’autres sont plus ou moins judicieuses – ce qui peut faire plaisir !

Cette année, la période des congés passée pour nos clients et nos équipes, dans ce contexte que l’on connaît et subit tous, voici l’heure de la reprise. À tout le moins, celle de la reprise du travail, dans l’espoir de la reprise économique et sociale qui nous attend à l’issue de cette satanée traversée inédite.
Le moment est donc venu de se raconter nos meilleures photos de vacances, et surtout de reprendre la liste des tâches là où on l’avait laissée, de remotiver les troupes, de se rappeler au bon – bien sûr ! – souvenir de nos clients préférés…

Mais qu’il est difficile de le faire sans avoir de visibilité sur la suite ! Ce n’est déjà pas évident en temps normal, mais là… Il faut lister les projets, faire l’exercice de prévoir, d’anticiper, de consolider… et de budgeter. Discuter, argumenter, arbitrer, prioriser…

Pour prévoir d’investir (du temps comme de l’argent), de planifier des dépenses, il faut un peu de visibilité, et c’est donc plus tendu cette année qu’auparavant.
Évidemment, nous avons entendu par de nombreux experts (il y a des experts en tout, y compris en gestion de crise sanitaire pour les DSI… c’est magnifique !) qu’il ne fallait surtout pas répondre aux cris des sirènes de prudence et à notre logique de bon père de famille qui nous pousseraient à être très prudent et décaler la démarche de dépense. S’ils le disent, c’est que c’est vrai.

Nous savons donc (sinon, c’est que nous n’avons rien compris !) qu’il nous faut résister à l’envie réflexe de freiner des quatre fers et de réduire la voilure des dépenses avant d’en savoir un peu plus… mais une fois ceci dit, il nous faut l’intégrer, et donc travailler avec nos équipes, ou les vôtres, dans le cadre des missions que vous nous confiez.

On joue un peu au marchand (d’autant plus facilement que ce n’est pas notre argent, il faut bien le dire), en regardant ces collaborateurs participer aux travaux, faire leur liste de courses, exprimer les besoins ressentis, les envies d’innovation, les continuités de transformation digitale pour lesquelles nous avons été souvent remerciés (pas au sens figuré, mais au sens propre) par les directions, pour avoir soutenu l’activité, permis le télétravail… et l’on avance, on élabore, on imagine, sans beaucoup de certitudes, et bien moins qu’à l’habitude.

Faire l’exercice de construction budgétaire, c’est justement – un peu – l’opportunité de repartir vers une nouvelle année, de racheter des stylos, des cahiers tout neufs et éventuellement un cartable… Il y a le strict minimum (on appelle ça MCO, c’est plus moderne et abscons pour les profanes…), et sur cela il n’y a donc pas de questions à se poser.
Mais, comme pour nos enfants, quid des budgets et dépenses qui sont un peu plus « luxueux », un peu moins indispensables d’un point de vue dette technologique, mais qui auront un intérêt de motivation des troupes, de valeur ajoutée potentielle pour les métiers (ceux-là sont faciles à vendre, vive le sponsor !), ou un intérêt peut-être un peu moins direct pour le business ?

Ce qui est certain, c’est que l’immobilisme n’est que rarement salvateur. Et je ne vois pas en quoi cela serait différent dans le cas qui nous préoccupe ces temps-ci.
Mais surtout, surtout, au-delà des certitudes des experts ou de la joie de l’odeur du neuf pour la rentrée des classes, il faut prendre quelques risques, mesurés, justifiés, contrôlés, mais des risques tout de même.

Au moment de la reprise, de celle que nous attendons tous, ceux qui n’auront pas avancé, qui se seront arrêtés, auront forcément du retard sur les autres, ceux qui n’auront pas attendu. Et le risque fait partie de la vie… Alors limitons-le là où nous pouvons le faire, respectons les consignes, soyons prudents avec les personnes – physiques ou morales – fragiles, mais continuons d’avancer.


Gabriel Chataînois est le pseudonyme du dirigeant d’une société de conseil bien réelle