Le futur propriétaire du fabricant canadien pourrait recentrer la société sur la fourniture de services aux entreprises, abandonnant l’activité qui l’a fait connaître et enrichi, les smartphones.

Une nouvelle page pourrait bien rapidement se tourner dans la téléphonie mobile. Trois semaines après le rachat de Nokia par Microsoft, c’est au tour de BlackBerry d’être  vendu. Lundi, le fabricant canadien de smartphones a indiqué qu’il avait signé une lettre d’intention en vue d’une cession à un groupement d’investisseurs, mené par le fonds Fairfax Financial.

Un rachat à « petit prix »

Le prix : à peine 4,7 milliards de dollars, soit 1% de la valorisation actuelle d’Apple. A titre de comparaison, Microsoft a mis la main sur les activités mobiles de  Nokia pour 7,2 milliards de dollars. Et Google avait dépensé 12,5 milliards de dollars en 2012 pour prendre le contrôle de Motorola. A son apogée boursière, en juin 2008, BlackBerry valait 83 milliards de dollars !

Cette opération ne sera pas officialisée avant le 4 novembre prochain. En attendant, les dirigeants de la société canadienne peuvent continuer à prospecter pour trouver  une meilleure offre. Par exemple, auprès de son fondateur et ancien PDG Mike Lazaridis, que l’on dit intéressé. Ou alors du groupe chinois Lenovo, qui cherche à se renforcer sur le marché des smartphones.

Des difficultés passagères qui s’installent

Mais cette quête pourrait bien rester vaine, tant la situation de BlackBerry apparaît désespérée aux yeux de nombreux observateurs. Le pionnier canadien a fortement échoué dans sa tentative de reconquête du marché face à Apple, Samsung et autres fabricants asiatiques.

Lancés fin janvier, son nouvel OS, BlackBerry 10, et son modèle entièrement tactile, le Z10, n’ont jamais trouvé leur public. Aussi bien auprès du grand public que de  la clientèle professionnelle. Le fabricant se retrouve désormais avec un important stock d’invendus sur les bras.
Conséquence : son chiffre d’affaires a chuté de 45% entre juillet et septembre, à seulement 1,6 milliard de dollars. Et le groupe a perdu près d’un milliard de dollars sur cette même période. Face à cet échec, qui mettait en péril sa survie, BlackBerry a annoncé vendredi un vaste plan social, licenciant 4 500 salariés, soit 40% de ses effectifs.

La fin des smartphones

Pour ses dirigeants, il n’y avait plus qu’un seul objectif : trouver un acheteur avant que la société ne coule définitivement. Si la vente à Fairfax aboutit, la société ne serait plus cotée sur les marchés financiers. Une situation qui pourrait alors lui permettre de trouver sa voie, à l’abri  du regard et des exigences financières – souvent court-termistes – des investisseurs.

Surtout, cette opération pourrait signer la fin des smartphones BlackBerry. Prem Watsa, patron de Fairfax, explique en effet vouloir « mettre l’accent sur des solutions  d’entreprises de qualité supérieure et sécurisées ». Autrement dit, se focaliser sur la fourniture de services plutôt que sur la fabrication de terminaux, où le Canadien semble irrémédiablement largué par la concurrence.
Bien qu’incertaine, cette stratégie pourrait faire sens. En effet, l’image de marque de BlackBerry reste forte dans les entreprises, notamment en matière de sécurité et de confidentialité. Désormais ouvert à Android et iOS, son outil de gestion de flotte de smartphones (BlackBerry Enterprise Service 10) compte aujourd’hui 25 000 clients. C’est 6 000 de plus qu’en juillet.

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