Mick Levy auteur d' IA mania en interview avec Jade Berre dans le lounge d'IT for Business

Data / IA

Avec iA MANiA, Mick Levy échappe au piège d’un énième livre sur l’IA 

Par Jade Berre, publié le 07 mai 2026

Pour son second ouvrage, Mick Levy propose une lecture qui s’écarte des discours convenus sur l’IA et c’est cette vision qui a émergé lors de l’entretien au lounge d’IT for Business intitulé : « Et si on délettrait Mick Levy ? »


Publié le 5 mai aux éditions Vuibert, iA MANiA, écrit par Mick Levy, directeur de la stratégie et de l’innovation chez Orange Business, conférencier et podcasteur, explore la dualité du terme « mania ». Dans ce cadre, l’intelligence artificielle est présentée comme un phénomène omniprésent, presque obsessionnel dans l’actualité, et une technologie que l’on peut « manier » pour répondre à des besoins concrets et stimuler l’innovation en entreprise.  

Une désacralisation assumée de l’IA 

Dès les premières pages, Mick Levy rappelle que les débats sur l’intelligence artificielle ne datent pas de l’essor de l’IA générative et prennent leurs racines il y a plus de vingt ans, comme en témoigne sa contribution au rapport « Donner un sens à l’IA », remis au gouvernement en 2018. Le contraste avec aujourd’hui est net : surmédiatisation, discours d’hyperpuissance de l’IA générative et sentiment de rupture totale. 

C’est précisément cette vision quasi « divine » qu’il entend déconstruire. Pour lui, il n’existe pas une IA mais des IA analytiques, génératives, assistants ou agents, à considérer comme des modèles spécialisés. Même l’IA agentique qui fait couler beaucoup d’encre dans l’actualité, ne peut être vectrice de valeur « qu’à condition d’une transformation préalable du système d’information, de la gouvernance et des métiers » affirme Mick Levy. 

Une approche ludique mais structurée 

L’une des forces du livre tient dans son ton. Mick Levy revendique une écriture simple, parfois ludique, qui « détend et fait sourire », avec un tutoiement qui instaure une proximité immédiate avec le lecteur. Ce n’est pas un livre, c’est le miroir d’une personnalité, d’un vécu. C’est une conversation qu’il entretient avec le lecteur. Une approche qui tranche avec la majorité des ouvrages sur l’IA, souvent plus techniques ou démonstratifs. 

Mais derrière cette accessibilité, la structure est très construite : quatre parties allant de la création de valeur à la gouvernance responsable, en passant par la démystification et le pilotage stratégique. Dans ce cadre, l’ambition est claire : passer du discours à l’opérationnel. 

Selon lui, la valeur ne vient pas de la technologie, mais des usages qu’on en fait. « Mais l’IA va super vite. Quelle va être la durée de vie de mon livre ? » se questionne Mick Levy, rappelant que l’enjeu est moins technique que méthodologique et basé sur l’utilité.  

De l’usage concret à la lecture des risques 

Fort des 25 ans d’expérience de son auteur chez Orange Business et d’échanges avec chercheurs, économistes ou éthiciens, le livre se présente comme une mosaïque de 101 cas concrets issus du terrain. L’IA y est considérée comme un objet opérationnel, analysé et adapté aux besoins métiers, chaque type de modèle étant directement relié à des enjeux de performance individuelle ou collective. Dans la partie consacrée aux risques, il adopte une approche structurée : partir des peurs (shadow AI, emploi, hallucinations, biais) pour les déconstruire. Quoi de mieux pour déployer l’IA à grande échelle que de faire disparaître les murs qui s’élèvent à son déploiement ?  

Une invitation à la lucidité stratégique 

Au-delà de sa dimension pédagogique, l’auteur invite les entreprises à adopter une approche plus lucide et responsable de l’intelligence artificielle. Risques sociétaux, gouvernance des données, impacts macroéconomiques : la multiplication des discours peut paradoxalement brouiller la compréhension des enjeux, d’où la nécessité de les éclairer à partir de données concrètes. 

Un témoignage présenté dans l’ouvrage est particulièrement révélateur. Il met en évidence un décalage entre des décideurs conscients des enjeux de l’IA, mais qui en délèguent pourtant la gestion à la DSI, supposant que celle-ci saura les traiter. Or, pour l’auteur, l’IA ne peut être réduite à un sujet purement technique : elle doit être pleinement intégrée aux stratégies métiers et aux décisions de gouvernance. 

Enfin, Mick Levy clôt son propos en ouvrant une réflexion sur les limites de l’IA dans une perspective critique. La donnée, souvent qualifiée de « pétrole du XXIᵉ siècle », constitue le moteur de son développement, mais elle en révèle aussi les contraintes : cadres juridiques, qualité et disponibilité des données, et raréfaction des ressources exploitables. L’entraînement des modèles suppose en effet une augmentation continue des volumes de données, entraînant une consommation accrue de tokens, d’énergie et d’eau, ainsi qu’un recours important à la supervision humaine, notamment via les data workers. 

Ces tensions permettent à l’ouvrage d’éviter un discours excessivement promotionnel sur l’intelligence artificielle. Sortir de la fascination, oui, mais entrer dans la transformation avec lucidité. 

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