Gouvernance
[Matinale IT for Business] IA, ML, agents : quand les métiers s’en emparent, la DSI passe à l’orchestration
Par Laurent Delattre, publié le 30 juin 2026
ChatGPT, Copilot, premiers agents : l’intelligence artificielle a quitté le laboratoire de la DSI pour s’inviter dans tous les métiers. Du marketing à la finance, des RH à la supply chain, l’expérimentation est désormais partout. Reste la marche la plus difficile : passer de l’usage individuel au déploiement maîtrisé à l’échelle. La prochaine Matinale IT for Business, mercredi 1er juillet 2026, veut précisément regarder ce basculement en face : comment les métiers s’emparent-ils de l’IA, du machine learning et des agents ? Et comment la DSI peut-elle accompagner ce mouvement sans le subir ?
En quelques mois, l’IA générative a accompli ce qu’aucune technologie d’entreprise n’avait réussi aussi vite : se diffuser par l’usage, du bas vers le haut, avant même que les organisations ne sachent vraiment la gouverner. Les usages se diffusent par capillarité : génération de contenus, analyse prédictive, automatisation de processus, assistants métier, agents capables d’interagir avec les applications. L’IA ne descend plus du plan stratégique. Elle remonte du terrain. Mais le fossé reste immense entre l’outil que chacun teste dans son coin et le service industrialisé à l’échelle de l’entreprise. C’est précisément ce fossé qu’explorera la Matinale « IA, ML, agents : comment vos métiers s’en emparent ? ». Dit autrement, une matinale pour déchiffrer comment transformer cette énergie dispersée en dynamique maîtrisée.
De l’expérimentation individuelle à l’industrialisation
Pour les DSI, la vraie difficulté n’est plus de lancer un énième POC, mais de transformer ces initiatives éparses en leviers de performance durables. Comme l’analysait Guillaume Faugère, CTO du groupe Constellation, dans « De la gestion du shadow AI au TokenOps, comment structurer l’essor de l’IA », l’innovation ne descend plus des directions vers les équipes : elle émerge du terrain, portée par les opérationnels eux-mêmes.
Les cas d’usage explosent souvent avant même que les organisations aient posé les règles du jeu. Les prompts circulent, les tokens s’accumulent, les collaborateurs expérimentent, parfois avec efficacité, parfois avec imprudence. Un mouvement fécond, mais qui voit s’épanouir le « shadow AI » et impose de réconcilier autonomie des métiers et maîtrise des usages. Des frontier firms aux organisations encore en phase d’adoption opportuniste, l’effort se déplace du « faire quelque chose en IA » vers « maîtriser ce que l’IA fait chez nous » comme nous le décryptions dès la fin 2025 dans « L’adoption de l’IA en entreprise accélère encore et toujours ».
Le sujet est moins de savoir quels outils adopter mais plutôt de savoir comment passer d’une IA d’initiative à une IA d’entreprise. Au travers des témoignages, la matinale explorera ainsi comment préserver la liberté d’expérimentation des métiers tout en gardant la main sur les données, les coûts, les droits d’accès, la conformité et la sécurité.
Pas d’IA métier sans socle de données
Reste un préalable que la matinale place d’emblée au cœur de son programme, à travers la question du patrimoine data : l’IA ne tient pas sur des fondations approximatives. « L’IA mange de la data pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner », résumait Jean-Paul Otte (Precisely), par ailleurs intervenant de cette édition, dans notre compte rendu « Avec l’IA, la gouvernance des données n’est plus un sujet de support ». Si la donnée est médiocre, le verdict tombe sans appel : hallucinations et biais. Connaître, qualifier et exposer son patrimoine devient donc la condition première de tout projet d’IA métier.
Agents, gouvernance et conduite du changement
À mesure que les agents s’invitent dans les processus, l’enjeu se déplace une nouvelle fois. Un chatbot conseille. Un agent agit. Il consulte, déclenche, modifie, connecte, orchestre. Comme le rappelait notre analyse des « IA agentique : les 6 règles du Gartner pour éviter le chaos », on ne gouverne pas ce que l’on ne voit pas : inventaire des agents et cadre d’usage, mais aussi communauté de pratique et référents métiers.
Car il ne faut pas oublier la dimension humaine. Embarquer les métiers suppose de les former et de les outiller plutôt que de les contraindre, l’esprit même de plateformes d’accompagnement comme celle de la startup française Brain (cf. « Brain orchestre l’adoption de l’IA »). D’autant que l’IA ne fait pas qu’outiller les métiers : elle rebat les cartes de l’expertise. Quand un prompt bien tourné vaut vingt ans de pratique, c’est la hiérarchie des savoirs et la légitimité du sachant qui vacillent, comme nous l’expliquait Jawad Elgannab (enseignant et chercheur, Sup de V) dans « Quand un prompt vaut vingt ans d’expérience, l’autorité du chef vacille ». Former et accompagner les équipes ne relève dès lors plus seulement de la productivité ou de la sécurité : il s’agit de préparer les organisations à cette recomposition du rapport au savoir et à l’autorité.
La montée en compétences devient alors centrale. Les métiers utilisent déjà l’IA. Les jeunes générations aussi, comme le montre « Plus de six juniors sur dix recourent quotidiennement à l’IA ». La vraie question n’est plus de savoir s’il faut former. Elle est de savoir à quoi former : aux outils, aux limites, aux risques, aux bons usages, mais aussi à la capacité de questionner et de vérifier ce que produit l’IA.
La DSI, moins propriétaire que chef d’orchestre
Ainsi, la question n’est plus de savoir si l’IA va transformer les métiers, mais comment orchestrer cette transformation sans la subir. Inventorier les agents, connaître leurs droits, comprendre leurs connexions, limiter leurs périmètres d’action et auditer leurs décisions deviennent des prérequis. À défaut, l’entreprise risque de voir naître un nouveau shadow IT, plus rapide, plus diffus, plus difficile à cartographier : le shadow AI agentique.
La gouvernance ne peut plus être un ensemble de règles statiques (cf. « La gouvernance des données à l’ère des agents IA : mission impossible ? »). Elle doit devenir un système vivant, capable de s’adapter aux usages, aux contextes et aux décisions prises par des systèmes de plus en plus autonomes.
Notre article « AI Factory, gouvernance, frugalité : Sopra Steria Next trace la voie pour sortir de l’IA spectacle » résume bien le moment actuel : l’heure n’est plus à l’effet waouh, mais à l’industrialisation, à la valeur mesurable et à la gouvernance.
La Matinale du 1er juillet veut ainsi répondre à une question très concrète : comment accompagner l’appropriation de l’IA par les métiers sans créer une dette de sécurité, de gouvernance et de compétences ? Avec une idée clé : remettre la DSI au bon endroit. Non plus devant les métiers pour freiner. Non plus derrière eux pour réparer. Mais au milieu, pour orchestrer.
Entre la keynote d’ouverture de Kaoutar Sghiouer (Global Head of Data and Artificial Intelligence de Sanofi), le retour d’expérience de l’assistant conversationnel HelloïZ d’Hello bank! et les regards croisés sur la supply chain ou l’embarquement des équipes, la Matinale du 1er juillet confrontera les promesses de l’IA à la réalité des organisations.
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