Dreamforce 2026 inaugure le nouveau visage de Salesforce à l'ère du SaaS Agentique

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Dreamforce 2026 : quand l’agent IA redéfinit le SaaS

Par Guillaume Perissat, publié le 22 septembre 2026

À Dreamforce 2026, Salesforce a présenté AIforce, Koa et une nouvelle génération d’Agentforce. Au-delà des annonces produit, l’éditeur confirme une tendance de fond, celle d’un système d’information où l’application n’est plus nécessairement l’interface.

Il y a encore quelques années, le système d’information pouvait se représenter assez simplement : des applications, des utilisateurs, des interfaces et, derrière, des données. Le collaborateur ouvrait son CRM, son ERP ou son outil RH, naviguait dans des écrans et déclenchait des actions.
Cette architecture est précisément celle dont Salesforce annonce la remise en cause. À Dreamforce 2026, l’éditeur a fait le tour de ses nouveaux produits et partenariats. Il a notamment présenté AIforce, une « live interface layer » (littéralement une couche d’interface vivante) capable d’amener les capacités de la plateforme là où travaillent les utilisateurs et les agents. La première déclinaison repose notamment sur Claudeforce, Slackforce et Agentforce Coworker.

Avec Claudeforce, annoncé en partenariat avec Anthropic, un utilisateur peut interagir avec les données et les processus Salesforce depuis Claude.
Slackforce pousse la même logique dans Slack, transformant l’outil de collaboration en interface conversationnelle capable d’accéder au CRM et d’exécuter des actions.
Agentforce Coworker, enfin, reste dans l’interface Lightning de Salesforce : c’est un coéquipier IA capable d’agir pour le compte de l’utilisateur, que 100 000 personnes ont activé dans ses 35 premiers jours, selon l’éditeur. Preuve que l’interface Salesforce ne va pas non plus disparaître du jour au lendemain. C’est, en quelque sorte, un pont entre hier et demain.

Des agents partout

En résumé, AIforce est une couche destinée à exposer les données, les workflows, la logique métier, les autorisations et les mécanismes de gouvernance de Salesforce à des interfaces et des agents externes. L’objectif revendiqué est de permettre aux utilisateurs de travailler avec les capacités du CRM sans avoir à ouvrir le CRM.

Et ce n’est pas juste une évolution d’interface : c’est toute l’architecture applicative qui s’en trouve changée. Car l’application cesse d’être le point d’entrée. Avec AIforce, un commercial peut, par exemple, interagir avec ses données depuis Claude. Dans Slack, Slackforce permet de consulter le contexte d’un client, de créer ou modifier des entrées et de déclencher des actions sans quitter l’outil de collaboration.

Salesforce fournit également des mécanismes permettant à des agents de raisonner sur ses données et sa logique métier. Bref, tout Salesforce sans nécessairement ouvrir l’interface Salesforce. En d’autres termes, un utilisateur pourra interroger un agent qui ira directement chercher les informations pertinentes, croisera les données, appliquera les règles métier et pourra éventuellement modifier plusieurs objets dans le CRM.

SaaS nouveau format

Quid donc de l’avenir des applications au sein du SI ? Le SaaS traditionnel fournissait des applications aux salariés. Le SaaS agentique fournit désormais des capacités aux agents. Avec AIforce, Salesforce tente de faire de son CRM une infrastructure métier capable de survivre à la disparition progressive de l’interface applicative traditionnelle.

Quoi qu’il en soit, l’éditeur est parvenu à évacuer le fameux sujet de la Saaspocalypse en embrassant pleinement l’agentique. Dans ce cadre, la valeur se déplace progressivement de l’interface vers les données, les processus, les API, les droits et la connaissance métier.

Si les utilisateurs accèdent aux fonctionnalités d’un CRM depuis Slack, Claude, Microsoft Teams ou un agent propriétaire, la frontière entre les applications devient beaucoup moins visible. Voilà l’une des leçons à retenir de cette édition 2026.

Le contexte métier, nouvel actif stratégique

On parle souvent de la donnée comme du nouvel or noir. Le poncif reste évidemment d’actualité, mais dans le monde de l’agentique, la data seule ne suffit plus. Il faut également les règles qui permettent de l’interpréter.

Or, les éditeurs tels que Salesforce ont accumulé des décennies de workflows, de modèles de données, de règles métier et de droits d’accès accumulés chez leurs clients. De ce savoir est ainsi né Koa, un modèle de raisonnement développé par l’éditeur avec Nvidia. Le géant américain indique avoir utilisé une connaissance issue de près de 30 années de déploiements CRM pour entraîner le modèle à traiter des tâches complexes et multi-étapes propres aux environnements d’entreprise.

L’entreprise de Marc Benioff veut disposer d’un modèle capable de comprendre les particularités des processus commerciaux, du marketing, du service client ou de la gestion des opportunités. Un modèle spécialisé, qui, selon l’éditeur, permettra à l’agent de mieux prendre en compte le contexte métier, de savoir quel client est concerné, quelles sont les règles commerciales applicables, quel utilisateur dispose du droit de modifier un contrat, quel processus doit être déclenché, quelles exceptions sont prévues…

Moins d’intégrations, plus de dépendances

Et pour réduire le besoin de développer des intégrations spécifiques entre chaque modèle, chaque agent et chaque application, Salesforce a annoncé à Dreamforce l’approfondissement de ses partenariats avec Google Cloud, AWS, Nvidia, Anthropic ou encore Siemens. Ainsi, avec Google Cloud, Salesforce veut notamment permettre à des agents présents sur les deux plateformes de raisonner et d’agir sur un socle commun de données et d’infrastructure. Quant à Siemens, il s’agit pour l’agent Salesforce d’exploiter les données d’ingénierie dans les processus commerciaux.

Cette nouvelle architecture fait émerger un chantier critique : l’identité. Salesforce affirme justement vouloir conserver dans cette architecture les permissions, la sécurité et la gouvernance déjà présentes dans sa plateforme. Avec l’idée que les agents puissent agir avec les mêmes contraintes que les utilisateurs auxquels ils sont rattachés. Le tout est assorti d’un principe de Zero Data Retention, les données utilisées pour répondre à une requête n’étant pas conservées par le fournisseur du modèle.

Le centre de gravité du logiciel d’entreprise se déplace. L’application perd sa place à l’écran, mais pas sa valeur : elle devient le socle de données, de règles et de droits sans lequel aucun agent ne peut agir. Salesforce assure d’ailleurs qu’AIforce vise moins à rendre le CRM plus « intelligent » qu’à redéfinir la façon même dont le logiciel est utilisé.

Combien ça coûte ?

Mais il y a un couac. On comprend bien la logique selon laquelle les entreprises passeraient d’un modèle où quelques dizaines d’applications sont utilisées par des milliers de salariés à un autre où des milliers d’agents interagissent avec ces mêmes applications. Et là où, avant, un salarié pouvait installer une application SaaS sans passer par la DSI, on se retrouve avec un salarié utilisant plusieurs agents, lesquels peuvent exploiter plusieurs applications.

Le Shadow AI succède au Shadow IT, et se pose donc la question du FinOps. Alors que Salesforce multiplie les grilles tarifaires et pousse progressivement vers un modèle davantage lié à la consommation et à l’activité des agents, la problématique du coût risque de se retrouver déportée de la licence/utilisateur à l’action automatisée.

Or, puisque l’agent ne dort pas, qu’il peut multiplier les API calls et déclencher des opérations diverses et variées, il faudra dès lors prendre en compte non seulement le coût des applications, des licences, mais aussi le coût des tâches automatisées, cumulant tokens et requêtes, dont le volume risque d’exploser.

Au final, on retiendra de cette édition 2026 que l’éditeur semble donc avoir trouvé sa réponse à la menace que les agents font peser sur les applications SaaS : si l’utilisateur n’ouvre plus Salesforce, Salesforce sera partout où travaille l’utilisateur. Claude, Slack, agents tiers… peu importe finalement l’interface, tant que les données, les règles, les permissions et les transactions continuent de passer par sa plateforme. Reste à savoir si cette disparition de l’application derrière l’agent réduira réellement la dépendance aux éditeurs. Ou si elle ne fera que la rendre beaucoup moins visible.

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