Data / IA
L’IA a transformé les manières de travailler, reste à transformer les organisations
Par La rédaction, publié le 16 octobre 2026
L’intelligence artificielle ne se contente plus de stimuler la productivité et de faire gagner du temps. Selon une nouvelle étude du Boston Consulting Group, elle remodèle la nature du travail, du leadership et de l’expérience des salariés.
Par Gildas Bouteiller, directeur associé au Boston Consulting Group
La première vague d’IA a bouleversé le travail individuel. Celle qui s’apprête à déferler va changer le travail collectif. Un chiffre révèle, à lui seul, l’ampleur des transformations à l’œuvre : les trois quarts des salariés utilisent désormais régulièrement l’IA. C’est 23 % de plus qu’il y a seulement un an.
Dans certains pays comme l’Inde ou les marchés du Moyen-Orient, ce taux atteint respectivement 95 % et 93 %. Ces données, issues de la quatrième enquête mondiale annuelle du Boston Consulting Group (11 749 travailleurs interrogés dans 14 pays), en attestent : le « plafond de silicium » a volé en éclats. C’est un vaste chantier organisationnel qui attend à présent les dirigeants.
Premier défi, convertir le temps libéré par l’IA en valeur réelle. Parmi les salariés, 42 % affirment économiser au moins une journée complète de travail (8 heures ou plus) par semaine. Or la majorité des entreprises s’avèrent incapables de transformer cette efficacité en valeur financière ou stratégique. Faute de directives claires, le temps économisé échappe à l’organisation. Les deux tiers des collaborateurs concernés reçoivent un accompagnement limité, voire inexistant, sur la manière de réallouer efficacement ces heures gagnées.
« Paradoxe de la joie »
Deuxième défi, maintenir le plaisir au travail. Au cours des six premiers mois d’utilisation de l’IA par les équipes, on peut parler de lune de miel. La nouveauté de l’outil, la stimulation intellectuelle qu’il procure, suffisent à nourrir l’enthousiasme. Mais cet effet s’estompe rapidement. Après un an d’utilisation régulière, les données changent. Car si l’IA augmente le niveau de satisfaction quotidienne, elle rend aussi le travail plus exigeant. La moitié des personnes interrogées déclarent passer plus de temps à la diriger, à la gérer et à vérifier ses résultats qu’à effectuer le travail lui-même. Elle augmente la charge cognitive, donc la fatigue mentale. C’est ce que les chercheurs nomment « le paradoxe de la joie ».
Ces deux défis appellent une réponse commune. Les salariés attendent des dirigeants une direction claire, une vision qui les aide à comprendre quelles tâches sont stratégiques et quelles tâches ne le sont pas. Par ailleurs, ils ne rejettent pas l’intensité cognitive engendrée par l’IA, mais s’épanouissent lorsque la stratégie est explicite, que la trajectoire est concrète et que le message est directement porté par le sommet de l’organisation. L’enquête le confirme, bien-être des équipes et impact commercial vont de pair. Les organisations capturant le plus de valeur économique sont celles où les salariés expriment la plus forte satisfaction au travail.
Collaboration agentique
La différence de performance se joue désormais sur l’ambition de la transformation. Les entreprises qui se contentent de déployer des outils pour des cas d’usage isolés stagnent. À l’inverse, celles qui entreprennent de profondes réorganisations, ou innovent avec de nouveaux modèles d’affaires, surclassent leurs concurrents. Cela exige d’abord un investissement massif dans la formation. Neuf personnes sur dix affirment qu’elles auront besoin d’une mise à niveau majeure de leurs compétences au cours des cinq prochaines années.
Cela suppose aussi de s’adapter à la montée en puissance des agents d’IA autonomes. Leur intégration dans les flux de travail a plus que doublé en un an pour atteindre 30 % en 2026. Et 61 % des employés s’attendent à ce qu’ils exécutent au moins la moitié de leurs tâches d’ici trois ans. Pourtant, la gouvernance est globalement à la traîne. La moitié des travailleurs déplorent l’absence de règles encadrant la collaboration entre humains et agents d’IA, tandis que 47 % font de la question du partage de la responsabilité une préoccupation centrale.
L’ère de l’expérimentation individuelle est révolue. Pour transformer l’avance technologique en valeur durable, les dirigeants doivent basculer d’une logique de productivité personnelle à une refonte collective de l’organisation du travail. C’est à cette condition qu’ils parviendront à construire une performance pérenne, portée par des équipes engagées.
Photo : Alex Kotliarskyi / Unsplash
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