IA au travail : quand le temps gagné se paie en travail invisible

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L’IA au travail : de la productivité en plus, mais aussi du travail invisible

Par François Jeanne, publié le 16 juillet 2026

Selon la dernière étude mondiale de Boston Consulting Group, près des trois quarts des salariés (74 %) utilisent désormais régulièrement l’IA, une progression de 23 points en un an. L’outil s’est imposé à une vitesse inédite, mais une question demeure : où est passée la valeur promise ?

Certes, les gains de temps sont bien réels. Selon BCG, 42 % des utilisateurs réguliers de l’intelligence artificielle économisent au moins une journée de travail complète par semaine grâce à elle.
Mais les organisations peinent encore à transformer cette efficacité en performance durable. C’est aussi parce que deux tiers de ces utilisateurs réguliers (66 %) déclarent ne recevoir que peu ou aucune consigne sur la manière de réinvestir ce temps libéré.

L’explication par ce simple déficit de pilotage mérite d’être complétée. Une étude menée auprès de 6 000 travailleurs du numérique par le Work AI Institute de Glean montre ainsi que l’IA génère un nouveau type de travail, largement invisible : fournir du contexte aux outils, rédiger des requêtes, vérifier les réponses, corriger les erreurs, réinjecter les mêmes informations dans des applications différentes et assurer un contrôle permanent de la qualité.

Les utilisateurs interrogés par le Work AI Institute déclarent ainsi économiser environ onze heures par semaine grâce à l’IA, mais consacrer en parallèle 6,4 heures hebdomadaires à l’alimenter, la contrôler et réparer ses erreurs. Les chercheurs ont même trouvé un terme pour désigner cette activité invisible : le « botsitting ». Il traduit le fait qu’à mesure que les tâches sont déléguées aux algorithmes, le travail humain se déplace vers des activités d’orchestration et de supervision qui restent largement ignorées des systèmes d’évaluation et rarement reconnues par les organisations.

Cette évolution contribue à ce que BCG appelle le « paradoxe du bien-être ». Deux tiers des utilisateurs réguliers de l’IA (67 %) affirment que l’outil améliore leur satisfaction au travail. Mais dans le même temps, 41 % font état d’une charge cognitive accrue et près d’un salarié sur deux (47 %) déclare passer plus de temps à piloter l’IA qu’à effectuer lui-même les tâches. L’IA rend donc le travail plus intéressant, mais aussi plus exigeant. Car alors que l’IA produit un premier jet, résume des documents ou automatise certaines opérations routinières, l’humain est davantage attendu sur son jugement, sa capacité d’arbitrage, sa créativité et sa compréhension du contexte.

Cette pression supplémentaire engendre également de nouveaux comportements à risque. Le Work AI Institute parle cette fois de « botshitting » pour désigner la tendance à livrer des productions générées par l’IA sans les avoir réellement vérifiées. Près de sept utilisateurs sur dix (69 %) reconnaissent l’avoir déjà fait.

L’arrivée des agents autonomes pourrait encore accentuer ces tensions, selon BCG. Leur intégration dans les flux de travail a plus que doublé en un an, passant de 13 % à 30 %. Et 61 % des salariés pensent qu’ils pourraient exécuter au moins la moitié de leurs tâches d’ici trois ans. Pourtant, plus d’un répondant sur deux (52 %) reconnaît encore mal comprendre leur fonctionnement, tandis que près de la moitié déplore l’absence de règles claires pour encadrer la collaboration entre humains et systèmes autonomes.

Pour les entreprises, le véritable enjeu n’est donc plus de déployer des outils supplémentaires. Les organisations qui obtiennent les meilleurs résultats sont celles qui vont au-delà des cas d’usage isolés pour repenser leurs processus de bout en bout. Selon BCG, une stratégie claire augmente de 25 points la probabilité d’obtenir un impact business mesurable, contre seulement 5 points pour la seule amélioration des outils.

Autrement dit, la création de valeur dépend beaucoup moins de la sophistication technologique que de la capacité à redessiner le travail.

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