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Les prédictions 2027 du Forrester : l’IA captera 20 % des budgets IT, avec en prime une panne mondiale…

Par Laurent Delattre, publié le 04 novembre 2026

Forrester dévoile ses 5 prédictions 2027 en matière de technologie et de cybersécurité : face à une IA qui absorbe un dollar sur cinq des dépenses technologiques des entreprises, le quantique, les puces non NVIDIA, la souveraineté et le code généré par IA viennent bousculer un peu plus DSI et RSSI. Avec, par dessus des réalités de terrain, des prédictions parfois très audacieuses voire hollywoodiennes…

Chaque année, Forrester livre aux DSI et aux RSSI sa grille de lecture de l’année à venir. Pour 2027, tout tourne un peu autour d’une seule et même question : comment garder la main sur la technologie sans tout ralentir ? En tentant d’y répondre, Forrester dessine 5 scénarios plus ou moins probables, plus ou moins audacieux, avec un sujet transverse qui alimente toutes ces prédictions : une IA qui occupe de plus en plus de place dans les budgets IT et qui bouscule les choix d’infrastructure, de sécurité et de souveraineté.

Des dépenses qui basculent vers les serveurs jusqu’à une panne mondiale imputée au code généré par l’IA… Forrester imagine 5 prédictions pour 2027 qui sont, pour les DSI, plus intéressantes par les avertissements qui en émergent et ce qu’elles laissent dans l’ombre que par leur vision. Décryptage…

N° 1 – Budgets IT : l’IA se sert, les autres paient

Un dollar sur cinq ! Telle est la part que l’IA va capter en 2027, selon Forrester, dans les dépenses technologiques des entreprises, sur un marché mondial de 6 100 milliards de dollars.

« L’IA va s’arroger une part sans précédent des budgets technologiques en 2027 », explique Sharyn Leaver, chief research officer de Forrester. Reste à savoir qui paiera la note.

Dans son guide, Forrester prévoit que près des trois quarts de ces dépenses iront aux serveurs et aux équipements : leur part dans la croissance des dépenses technologiques passerait de 10 % en 2025 à 26 % en 2030, tandis que celle du conseil et de l’intégration de systèmes tomberait de 15 % à 7 %. Mais ce que cette prédiction raconte d’abord, c’est que les budgets IT ne suivront pas : seuls 53 % des dirigeants attendent une hausse supérieure à l’inflation de 3,2 % projetée par le FMI. L’IA ne s’ajoute donc pas aux budgets, elle les ampute !

Forrester conseille d’ouvrir six mois plus tôt les renouvellements de services et de licences, pour récupérer de quoi payer le coût des tokens. Bon conseil… à condition que les fournisseurs acceptent une telle tactique. Rien n’est moins sûr alors que tous veulent adopter une facturation à l’usage de l’IA. Quant au retour sur investissement, plus de la moitié des DSI risquent de le rater, selon Forrester. Il y a un an, Sharyn Leaver annonçait que « la période d’emballement autour de l’IA allait prendre fin en 2026 ». Ça n’a pas été très visible.

N° 2 – Quantique : un pari sans risque sur l’imprévisible

Deuxième pronostic : 87 % des décideurs de niveau directeur et au-delà déclarent que leur organisation n’alloue aucune ressource au quantique, mais, pour Forrester, une percée imprévue en 2027 les forcerait à réévaluer leur préparation.

Le cabinet d’analystes concède pourtant, dans son guide, qu’un quantique encore lointain « reste l’issue probable ».

Sceptiques… nous sommes. Autant par la probabilité d’un tel coup de théâtre que par la formulation étrange de cette « vision ». Prédire un scénario que l’on juge moins probable que son contraire a de quoi rassurer son auteur : si rien ne survient, personne n’avait promis de date ; si quelque chose survient, « je vous l’avais bien dit ». Okay.

Ce que craignent avant tout les analystes, c’est un bond soudain dans la capacité des deeptechs à exécuter l’algorithme de Shor, et donc à casser les mécanismes de chiffrement actuels. En mai 2025, Craig Gidney, chercheur chez Google Quantum AI, estimait que moins d’un million de qubits bruités suffiraient à factoriser une clé RSA-2048 en moins d’une semaine, contre 20 millions en 2019. En février 2026, la start-up Iceberg Quantum a revendiqué moins de 100 000 qubits physiques. Et le 29 octobre dernier, la deeptech française Alice & Bob est descendue à 22 593 qubits de chat pour un peu plus de trois jours de calcul, quarante fois moins que Google. Pas de panique, la plus grande puce de la start-up n’en compte encore que douze. Il reste bien du chemin à parcourir.

Pourtant, nul besoin d’un coup de tonnerre pour se mobiliser dès aujourd’hui : l’Union européenne a d’ailleurs déjà fixé le calendrier. Sa feuille de route, publiée en juin 2025 par les États membres avec l’appui de la Commission, demande à chacun d’engager la transition vers la cryptographie post-quantique d’ici fin 2026, de migrer les usages à haut risque, infrastructures critiques en tête, au plus tard fin 2030, puis de basculer le plus de systèmes possible d’ici 2035. La première échéance tombe dans moins de deux mois. Qui s’en soucie ?

N° 3 – NVIDIA détrôné ? Non, mais les options montent…

Troisième pari : un quart des appels d’offres pour de l’infrastructure IA exigeront des options d’accélérateurs autres que ceux de NVIDIA.

Bien sûr, exiger une option dans un cahier des charges ne coûte rien. L’acheter, en revanche, est une tout autre affaire. Michele Pelino et Carlos Casanova, vice-présidents et analystes principaux chez Forrester, tempèrent d’ailleurs leur prédiction : « Plutôt que de remplacer NVIDIA, les organisations répartiront leurs workloads entre plusieurs types d’accélérateurs », soulignent-ils.

Les exemples cités par Forrester laissent songeur : Trainium3/4 d’AWS, TPU 8i/8t de Google et Maia 200/300 de Microsoft n’existent réellement que dans les clouds américains de leurs concepteurs. Néanmoins, une certaine diversité émerge. Zhenwu d’Alibaba Cloud et Ascend de Huawei servent les déploiements domestiques chinois. En Europe, la jeune pousse Axelera AI mise sur son AIPU « Europa ». Parallèlement, l’Alice Recoque, premier supercalculateur exaflopique français, que bâtit Eviden pour le GENCI et le CEA, ne s’appuiera pas sur des GPU NVIDIA (contrairement à son grand frère allemand, le Jupiter) mais sur des GPU AMD.

Mais autant il est logique de voir les géants de l’IA, à commencer par OpenAI et Anthropic, multiplier les fournisseurs de puces faute de capacités suffisantes, autant les DSI ont, eux, une contrainte bien plus pragmatique : en matière d’IA « on-prem », le verrou est autant logiciel que matériel, et le CUDA de NVIDIA reste ce qu’il y a de plus universel.

N° 4 – Souveraineté : se localiser sans s’émanciper

Quatrième pari : la souveraineté numérique ferait grimper de 20 % la localisation des logiciels d’entreprise.

Le guide ne précise ni la base de cette hausse de 20 %, ni ce qu’il recouvre. Les autres enquêtes de Forrester sont en l’occurrence plus parlantes : 59 % des décideurs du cloud public affirment que les contraintes de souveraineté déterminent entièrement le choix de leur fournisseur, et 43 % des répondants citent la confidentialité, la résidence des données et la souveraineté comme une préoccupation à l’adoption du SaaS.

D’où la recommandation des analystes d’investir dans des stockages de données régionaux, des modèles d’IA propres à chaque pays et des contrôles de conformité par juridiction. Reste que localiser n’est pas s’affranchir. « L’Europe veut davantage de contrôle, mais pas au prix de l’isolement », affirme Martin Gill, vice-président et directeur de recherche chez Forrester. Traduction : on déménage les données, pas les dépendances.

Gartner, qui dévoilait ses tendances Tech 2027 deux semaines plus tôt, va plus loin. Sa « SovereignTech » ne parle pas de localiser, mais de pouvoir partir : préparer, sur le plan juridique comme technique, des plans de sortie et de remplacement réalistes sur toute la pile IT, afin de continuer à faire tourner ses applications critiques si un fournisseur ou un gouvernement coupe le service. Le scénario n’a rien de théorique depuis que des responsables de la Cour pénale internationale se sont vu couper l’accès à des services cloud pour des raisons politiques. Gartner chiffre d’ailleurs cette transformation. Le cabinet estime qu’en Europe, les dépenses de cloud souverain passeront de 6,9 milliards de dollars en 2025 à 23,1 milliards en 2027. Et d’ici 2029, un workload existant sur cinq aura quitté les hyperscalers américains pour des acteurs locaux.

Ce qui est sûr, c’est que le moment n’a jamais été aussi propice pour reprendre le contrôle de ses dépendances technologiques. L’IA réinvente l’ingénierie logicielle, ouvre de nouvelles pistes de modernisation et oblige à revoir en partie les infrastructures. Parallèlement, les tensions géopolitiques font que COMEX et directions financières sont aujourd’hui certainement plus à l’écoute des arguments des DSI.

En pratique, les deux cabinets d’analystes se montrent prudents dans leurs prédictions « souveraines ». Chez Gartner, Rene Buest admet qu’un exode massif n’est « ni attendu, ni même réaliste ». Pour lui, l’essentiel de la hausse, 80 %, viendra de nouveaux projets, pas de migrations. Autrement dit, l’Europe construit du neuf à côté, mais ne fait pas ses cartons. Pas encore.

N° 5 – Panne mondiale : l’IA, coupable idéale ?

Et pour terminer, Forrester nous livre un dernier scénario hollywoodien : un bug généré par l’IA provoquera une panne mondiale touchant plusieurs secteurs.

Le raisonnement de Forrester tient à la cadence : des éditeurs livrent parfois des centaines de correctifs d’un coup, plus d’un millier dans le cas extrême, et l’IA accélère encore la découverte de failles, au-delà des capacités de relecture et de test.

James Plouffe, analyste principal chez Forrester, situe la panne à l’échelle de celle de juillet 2024, l’incident CrowdStrike, dans lequel l’IA ne jouait pourtant aucun rôle. Son conseil : « Les organisations devront renforcer leur capacité à annuler rapidement les correctifs peu fiables de leurs éditeurs », écrit-il.

L’exemple le plus proche vient d’Amazon. Selon le Financial Times, une interruption de treize heures d’un service AWS en Chine continentale, en décembre 2025, serait survenue après que des ingénieurs ont laissé Kiro, l’agent de codage maison, « supprimer et recréer l’environnement ». Notez qu’Amazon récuse l’information et parle de droits d’accès mal configurés.

Reste une question simple : le jour où une panne mondiale surviendra, comment saura-t-on si la faute vient de l’IA ou de l’humain qui a validé son code trop vite ? Forrester ne le dit pas. Et il y a fort à parier que l’enquête accusera plutôt des droits d’accès mal réglés que l’IA elle-même.

En définitive, ces 5 paris sur l’avenir du Forrester ne sont pas aussi technologiques qu’ils le prétendent : ils misent presque tous sur le fait que les DSI continueront à payer pour une IA dont les bénéfices se feront encore attendre. Probable, effectivement, que sur ce point il ait raison…

Photo : Artim / Pixabay

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