Souveraineté cloud : arrêter de cocher des cases, commencer à piloter

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Souveraineté cloud : dépasser les slogans pour faire des choix éclairés

Par La rédaction, publié le 20 janvier 2026

Le vrai test de la souveraineté cloud arrive quand une API devient indisponible, qu’une roadmap change sans prévenir ou que le support passe en file d’attente. La question n’est pas seulement où résident les données, mais qui contrôle l’orchestration, les mises à jour et les dépendances. Ce qui compte, c’est votre marge de manœuvre pour opérer, migrer et continuer à délivrer.


De Jean-Marie Simonin, Senior Cloud Advisor chez Ippon Technologies


La souveraineté cloud s’est progressivement imposée dans les discours stratégiques des organisations. Elle est devenue un mot-clé omniprésent, souvent associé à la sécurité, à la conformité ou à l’indépendance technologique. Pourtant, derrière ce terme largement utilisé, les réalités opérationnelles sont parfois plus complexes qu’il n’y paraît.
La souveraineté n’est ni un label figé, ni une posture idéologique. Elle relève avant tout d’un choix éclairé, construit dans l’intérêt du Client, en tenant compte des contraintes techniques, économiques et opérationnelles réelles.

Un sujet moins politique que pragmatique

La souveraineté cloud est souvent présentée comme une opposition entre modèles : clouds internationaux versus clouds locaux, législations extraterritoriales versus cadres juridiques européens. Si ces éléments ont leur importance, ils ne suffisent pas à eux seuls à répondre à la question centrale que se posent les organisations :

Que se passe-t-il concrètement pour le Client si un service devient indisponible ou inaccessible ?

Les situations de dépendance technologique ne se manifestent pas par des débats théoriques, mais par des impacts très concrets : indisponibilité d’une API, évolution unilatérale d’une roadmap, priorisation du support, ou difficultés à maintenir un service dans la durée. Ce sont ces réalités opérationnelles qui doivent guider les décisions.

Les limites d’une approche uniquement juridique

Ces dernières années, de nombreux dispositifs ont été mis en avant pour renforcer la confiance : chiffrement des données, hébergement en Europe, entités juridiques locales, cadres contractuels renforcés. Ces éléments constituent des avancées réelles et nécessaires.

Cependant, ils ne répondent pas à toutes les dimensions de la souveraineté. Une question reste déterminante : qui maîtrise réellement les briques logicielles et leur évolution ?

La souveraineté ne se limite pas à la localisation des données. Elle concerne également :
– la capacité à maintenir et faire évoluer les services,
– la dépendance aux cycles de mises à jour,
– la maîtrise des couches d’orchestration et de pilotage.

Disposer de ses données sans pouvoir opérer durablement les services qui les exploitent reste une situation fragile.

Cloud souverain et dépendances : une réalité à assumer

De nombreuses offres dites « souveraines » reposent aujourd’hui sur des technologies non européennes, souvent largement éprouvées et performantes. Ce constat n’est pas problématique en soi. Il devient en revanche sensible lorsqu’il n’est pas clairement explicité.

Toute stratégie cloud implique des dépendances. L’enjeu n’est pas de les nier, mais de les comprendre, mesurer et assumer, notamment dans des contextes de tension géopolitique ou économique où certaines décisions peuvent échapper aux acteurs locaux.

La transparence vis-à-vis du Client est essentielle.

La souveraineté comme démarche graduelle

La souveraineté n’est pas un état binaire. Elle s’inscrit dans un continuum, avec différents niveaux de dépendance, de réversibilité et d’exposition aux risques.

Une approche mature repose généralement sur :
* des architectures réellement portables,
* un usage raisonné du multicloud, pensé pour la résilience et non pour l’affichage,
* des choix open source maîtrisés et soutenables,
* des compétences capables d’opérer les environnements dans la durée,
* des scénarii de sortie réalistes, testés et financés.

Il ne s’agit pas d’opposer souveraineté et hyperscalers, mais de clarifier précisément ce qui est délégué, et,  sous quelles conditions.

Le véritable enjeu : la sincérité des discours

Le principal risque n’est pas technologique. Il réside dans la tentation de simplifier excessivement le discours pour rassurer, au détriment d’une analyse honnête des compromis réels.

Survendre une souveraineté théorique peut apporter un confort immédiat, mais expose le Client à des désillusions lorsque les contraintes apparaissent. Dans ces situations, la responsabilité finale repose toujours sur l’organisation utilisatrice.

Faire de la souveraineté un choix assumé

Parler de souveraineté cloud, ce n’est pas promettre l’absence totale de dépendance. C’est accepter de partager, avec lucidité, ce qui est maîtrisé, ce qui l’est moins, ce qui est réversible et ce qui ne le sera jamais complètement.

La souveraineté devient alors un choix stratégique conscient, construit avec le Client, fondé sur des compromis assumés plutôt que sur des certitudes illusoires.

Et si ce discours invite à la réflexion, c’est sans doute parce qu’il répond à une attente de maturité croissante sur ces sujets.

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