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Avec WinApp CLI, Microsoft réconcilie Windows avec les workflows de développement modernes
Par Laurent Delattre, publié le 23 janvier 2026
Longtemps, le développement sous Windows s’est révélé aux antipodes des méthodes et frameworks modernes de développement Web et mobile. Et cela a profondément impacté la popularité de la plateforme chez les Devs et la richesse du Windows Store. Depuis, Microsoft a cherché à réconcilier « devs traditionnels Visual Studio » et « devs modernes VS Code ». Son dernier outil WinApp révolutionne l’accessibilité au développement sous Windows pour les seconds…
Windows reste une cible incontournable, mais le développement d’applications pour ce système d’exploitation n’a cessé de se complexifier au fil des changements de stratégies de Microsoft et au grès des diversifications des équipes Windows. Néanmoins, on distingue deux grandes familles de développeurs Windows. D’un côté, l’écosystème historique très intégré autour de Visual Studio et de MSBuild. De l’autre, une réalité moderne faite de frameworks et toolchains hétérogènes, Electron, CMake, Rust, Dart, .NET (le nouveau, celui cross plateforme et open source), qui n’ont pas tous la même “gravité” naturelle vers les outils Windows.
Le résultat, c’est que la diversité des outils, la multiplication des SDK, les créations et validations de manifests, la génération des certificats pour les applications, la multiplicité des étapes de packaging MSIX ont rendu le développement d’apps Windows complexe, fastidieux, et particulièrement déroutant pour ceux qui débutent. C’est un comble, mais il était honnêtement bien plus simple de développer sous Windows à l’ère du premier Visual Basic et Visual C dans les années 90 que ça ne l’est en 2026. Développer pour Windows est devenu un parcours d’obstacles qui explique aussi pourquoi le contenu du Windows Store n’est pas très sexy et pourquoi bien des devs sont plus intéressés par la création d’apps mobiles que la création d’apps Windows.
Mais Microsoft a décidé de simplifier ce parcours en prenant le contre-point de ses décisions des années 90 en réalisant un étonnant volte-face vers les outils en ligne de commandes.
WinApp, un “couteau suisse” en ligne de commande
WinApp, pour Windows App Development CLI, arrive précisément pour réduire les frictions évoquées plus haut et fluidifier la création d’Apps Windows. Selon Microsoft, ce nouvel outil open source, en préversion publique, est pensé pour “simplifier le cycle de vie” d’une application Windows, quel que soit le framework ou la chaîne de build.

Le point saillant n’est pas qu’il s’agisse d’une interface CLI. C’est bien plus tout ce que cette interface en ligne de commandes unifie. La promesse est de rassembler dans une interface unique des tâches jusque-là éclatées, gestion des SDK, génération d’identité applicative, manifests, certificats, packaging MSIX, et intégration aux outils de build. En clair, WinApp vise à « laisser les développeurs se concentrer sur l’application plutôt que sur la configuration », selon les termes employés par le chef de produit Nikola Metulev.
Bien sûr WinApp se destine bien plus à la seconde génération de développeurs évoquée plus haut, autrement dit à ceux qui travaillent « en dehors de Visual Studio ou de MSBuild ». L’idée est de rendre l’accès aux API Windows modernes (la plupart des app actuelles sont écrites en Electron, React Native ou WinUI/MAUI sous .NET) beaucoup plus direct depuis n’importe quelle toolchain, y compris des briques très actuelles autour de l’IA, de la sécurité ou de l’intégration au shell.
Ce que WinApp change dans la pratique
WinApp est structuré autour de commandes qui encapsulent des séquences réputées pénibles. Le démarrage, d’abord. Avec la commande « winapp init », l’outil crée en une seule ligne tout l’espace de travail utile en téléchargeant les SDK nécessaires, en générant des projections (C++/WinRT au départ) et en préparant manifests, assets et certificats. Selon Microsoft, cette unique commande minimaliste remplace « plusieurs étapes manuelles et sujettes aux erreurs » par un seul geste.

Ensuite, la reproductibilité. Pour les projets partagés ou les environnements CI/CD, la commande « winapp restore » est présentée comme le moyen de reconstruire l’état exact d’environnement défini par la configuration, avec en complément des briques d’automatisation côté GitHub Actions et Azure DevOp.
Enfin, la livraison. Là encore, une seule commande (winapp pack) réalise le packaging MSIX et la signature du binaire, avec production d’un package prêt pour le Store ou pour le sideloading.
WinApp fait sauter l’un des verrous les plus exaspérants
Ces dernières années, Microsoft a cherché à profondément sécuriser Windows et interdire l’accès aux fonctions profondes du système à des applications non signées. Dans l’écosystème Windows moderne, de nombreuses API – en particulier les plus récentes et les plus sensibles, comme les Windows AI APIs, les fonctionnalités de sécurité, les notifications système ou encore les MCP Hosts – ne peuvent être utilisées que par des applications disposant d’une Package Identity. Une Package Identity est l’identité officielle d’une application Windows, définie dans un package MSIX ou un appxmanifest.xml. Elle permet au système d’identifier l’application de manière fiable, de lui attribuer des permissions, d’assurer sa sécurité et d’activer certaines intégrations profondes avec Windows. Sans cette identité, Windows considère votre exécutable comme une simple application « classique » non packagée, ce qui bloque l’accès à de nombreuses API modernes.

Dit autrement, de plus en plus d’API Windows modernes exigent que l’application soit identifiée comme package, ce qui, historiquement, poussait les développeurs à complètement « emballer » et installer l’application simplement pour tester une nouvelle fonctionnalité, au prix d’étapes de configuration longues et minutieuses. Microsoft reconnaît que cela « ralentissait fortement la boucle interne » de test et débogage.
WinApp introduit ici un raccourci très parlant. La commande « winapp create-debug-identity » permet d’ajouter une identité de package à un exécutable pour déboguer sans basculer immédiatement dans un cycle de packaging complet. Autrement dit, l’outil cherche à réconcilier API modernes et flux de travail rapides, en évitant que l’accès à l’IA Windows, à certaines fonctions de sécurité, ou aux notifications ne se traduise systématiquement par un long détour d’étapes fastidieuses et purement “administratives”.
Microsoft va chercher les développeurs là où ils sont aujourd’hui
WinApp est un outil qui vise à réduire drastiquement le nombre d’étapes nécessaires pour configurer correctement une app Windows et la “sortir plus facilement”. L’outil s’avère particulièrement utile dans toutes chaînes DevOps Windows. Il s’inscrit aussi dans des logiques modernes de développement où la part laissée au Vibe Coding et à des IA agentiques comme Claude Code va croissante. WinApp simplifie tout le processus de test, de débogage et de production de package prêt à être publiés sous Windows Store.
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On notera également une attention particulière de Microsoft pour les amateurs du framework « Electron ». Ce dernier permet de fabriquer une application de bureau avec des technologies Web. On prend une interface écrite en HTML/CSS/JavaScript, on l’exécute dans un “mini-navigateur” embarqué, et on lui donne accès au système grâce à Node.js. Résultat, une même base de code peut viser Windows, macOS et Linux, avec un rythme de livraison très proche de celui du Web. Avant même que l’on découvre à quel point les IA étaient compétentes sur ces technologies Web, cette universalité est précisément ce qui a fait d’Electron un choix populaire en entreprise dès qu’une application doit exister sur plusieurs OS sans maintenir trois équipes et trois piles techniques.
Non seulement WinApp est aussi distribué sous forme de package npm mais il propose aussi des commandes pour combler le fossé entre Node.js et le code natif Windows. L’éditeur parle de génération d’addons natifs C++ ou C#, configurés pour exploiter Windows App SDK et Windows SDK, et met même en avant l’intégration de capacités IA comme Phi Silica dans des applications Electron. Windows dispose d’un riche catalogue de capacités natives, notifications, identité d’application, packaging, intégration OS, API de sécurité, et désormais des briques IA. Le problème, historiquement, est que le pont entre le monde Node/Electron et ces capacités Windows demandait souvent des modules natifs, du packaging et de la configuration complexe. WinApp vient simplifier ce pont. Il peut générer des “addons” natifs en C++ ou C#, déjà entièrement préparés pour appeler le Windows App SDK et le Windows SDK, afin d’intégrer plus facilement des fonctions Windows et même des capacités IA comme l’utilisation du modèle local « Phi Silica » dans une application Electron.
WinApp acte enfin que, sur Windows, l’enjeu n’est plus de choisir entre “natif” et “Web”, mais de rendre l’accès aux capacités Windows beaucoup plus simple, y compris quand l’app est construite avec Electron.
Une brique open source, mais encore en préversion
WinApp est publié en open source sous licence MIT et Microsoft prévient qu’il s’agit d’une préversion “expérimentale” et en développement actif, avec un appel explicite aux retours via les mécanismes GitHub.
Et si nous en parlons, c’est parce que nous sommes convaincus que cet outil va rapidement devenir central pour les développeurs Windows en entreprise même si Visual Studio reste l’environnement de prédilection. Car WinApp formalise une inflexion de Microsoft assez nette. Le développement Windows ne se pense plus seulement comme une expérience “IDE-centric”, mais comme une plateforme qui doit offrir, au niveau CLI, des primitives standardisées pour l’identité, le packaging et l’accès aux API modernes. L’outil s’attaque à des irritants très concrets et très coûteux en temps dès qu’on sort de la voie royale Visual Studio. Surtout, il s’inscrit parfaitement dans un monde où l’appel aux fonctions IA locales va aller croissant et où les développements Windows se feront de plus en plus via les assistants IA agentiques.
Pour l’expérimenter, vous pouvez directement l’installer via la commande « winget » (winget install microsoft.winappcli) ou explorer son repository GitHub (GitHub – microsoft/winappCli).
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