L’avenir du groupe canadien reste incertain. L’arrêt de la production hardware fait partie des éventualités. Mais est-ce suffisant pour donner un avenir au fabricant canadien ?

Vendredi dernier, le plongeon de l’action BlackBerry à la bourse de Toronto a été qualifié de spectaculaire. Avec une chute de 26%, les investisseurs doutent de plus en plus d’une renaissance du fabricant canadien de smartphones. Le nouvel OS était attendu comme un sauveur, mais il faut l’admettre, BlackBerry 10 n’a pas encore rencontré le succès escompté.

De début mars à fin mai, seulement 2,7 millions de smartphones fonctionnant sous le nouveau système d’exploitation maison (essentiellement des Z10) ont été distribués. En ajoutant les anciens modèles, les ventes se sont élevées à 6,8 millions. Des ventes insuffisantes puisqu’elles n’ont pas empêché un repli de 13% par rapport à 2012.

BlackBerry a par ailleurs accusé une perte nette de 84 millions de dollars sur cette période. Et il prévoit de perdre à nouveau de l’argent au cours des trois mois suivants. Pourtant, son pdg Thorsten Heins, reste confiant : « Nous sommes engagés dans la bonne direction. Mais cette transition prend du temps ».

Un démantèlement ou une liquidation ?

Lancé fin janvier, BlackBerry 10 avait pour objectif de renverser la courbe descendante sur laquelle est engagé le groupe de Waterloo. Malgré d’importantes dépenses marketing, ce lancement n’a pas eu les effets escomptés. Au contraire : pour le deuxième trimestre consécutif, le nombre d’utilisateurs a reculé, passant de 76 à 72 millions.

Depuis le week-end dernier, les analystes sont de plus en plus nombreux à prédire des temps encore plus difficiles pour BlackBerry. Certains n’hésitent plus à sérieusement évoquer la question de son avenir. « Le scénario le plus probable est un démantèlement ou une liquidation à bas prix », pronostique ainsi Kevin Smithen, analyste chez Macquarie Capital.

La situation n’est cependant peut-être pas aussi désespérée. BlackBerry dispose notamment d’une importante trésorerie (3,1 milliards de dollars au 31 mai) qui peut lui permettre de supporter ses pertes actuelles, tout en continuant ses investissements en recherche et développement et en marketing. De plus, le groupe n’est pas endetté.

Le syndrome Palm aux aguets

Ensuite, le salut de BlackBerry pourrait bien provenir des smartphones équipés d’un clavier physique, sa marque de fabrique. Le Z10, le premier modèle embarquant BB10, était en effet entièrement tactile. La commercialisation du Q10, avec clavier, vient tout juste de débuter.

Et le Q5, attendu dans les prochains mois, sera destiné aux marchés émergents. « Pour survivre, BlackBerry doit se concentrer sur des modèles bon marché à clavier », estime Brian Blair, analyste chez Wedge Partners.

Si la situation ne s’améliore pas, BlackBerry pourrait opter pour une solution plus radicale : ne plus produire de smartphones, comme il s’apprête à le faire avec les tablettes suite à l’échec retentissant de sa première tentative, le PlayBook (seulement 100 000 exemplaires vendus sur les trois derniers mois). La société se recentrerait alors sur la fourniture de services aux entreprises. Elle vient d’ailleurs d’étendre ses solutions aux terminaux iOS et Android.

La dernière solution pourrait être une vente. Microsoft pourrait être sur les rangs, après avoir tenté de racheter les activités mobiles de Nokia. Lenovo, qui souhaite investir le marché des smartphones, pourrait aussi être intéressé. En espérant alors que BlackBerry ne connaisse pas le même destin que Palm, acquis en 2010 par Hewlett-Packard avant de définitivement disparaître un an plus tard.