Dépendances technologiques, le vrai test de souveraineté

Secu

Dépendances numériques : la souveraineté à l’épreuve du réel

Par La rédaction, publié le 30 mars 2026

La souveraineté numérique n’avance plus masquée derrière les slogans. Elle se joue dans les dépendances technologiques, les flux critiques, la disponibilité des services et la capacité à reprendre la main là où s’exercent déjà les rapports de force.


Par Guillaume Tissier, Directeur général du Forum InCyber


Jamais nous n’avons autant entendu parler de souveraineté numérique. Et le Forum InCyber, dont l’édition 2013 s’intitulait « Le cyberespace, enjeu de souveraineté et de sécurité », y a, modestement, contribué. Aujourd’hui, le thème structure les discours politiques, irrigue les stratégies industrielles et s’impose comme un marqueur de volontarisme stratégique, en France comme en Europe.

Mais à force d’être invoquée, elle en est presque devenue consensuelle, et paradoxalement inefficace, tant elle peut aussi servir à fuir le réel. Les débats sur la souveraineté numérique restent en effet trop souvent théoriques, incantatoires voire instrumentalisés à des fins politiques. On parle de valeurs, rarement d’intérêts. De principes, plus que de capacités. D’observatoires davantage que de programmes d’action. La souveraineté est convoquée comme un horizon stratégique, rarement interrogée comme une contrainte opérationnelle. Elle devient un mot-valise, un label rassurant, parfois un slogan, mais trop rarement un objet de pilotage concret.

Ces débats « en chambre » masquent une réalité plus inconfortable qui demeure largement évacuée du débat public : celle de nos dépendances technologiques et numériques. Or c’est précisément là que la souveraineté cesse d’être un principe pour devenir une contrainte opérationnelle. Et c’est bien pour cette raison que nous avons fait le choix de consacrer l’édition 2026 du Forum aux dépendances technologiques et numériques.

Ces dépendances se situent précisément à l’intersection du continuum sécurité-souveraineté, là où ces deux notions convergent – sans pour autant se confondre – pour produire de la résilience. C’est également à cet endroit que les dépendances peuvent donc avoir un impact direct sur la disponibilité, le D des critères DICT, trop souvent relégué derrière la confidentialité et l’intégrité, alors qu’il conditionne pourtant l’ensemble du système. Car la confidentialité ou l’intégrité perdent largement de leur sens lorsque le service lui-même n’est plus disponible.

Les dépendances constituent ainsi la face la plus tangible de notre non-souveraineté – ou, plus exactement, de notre souveraineté imparfaite. Car malgré les soubresauts de la mondialisation et la fragmentation géopolitique à l’oeuvre, l’économie demeure largement globalisée.

Soyons clairs : la dépendance n’est pas en soi un problème. L’interdépendance – la dépendance mutuelle – est même un moteur de stabilité, en même temps qu’un puissant facteur de prospérité. Le problème surgit lorsque l’équilibre se rompt. Lorsque les flux deviennent asymétriques. Lorsque la dépendance devient excessive. Lorsqu’elle peut être mobilisée comme un levier de puissance ou de contrainte. À l’ère des conflits hybrides, la maîtrise des flux – énergétiques, financiers, logistiques, numériques – est devenue un enjeu d’affrontement majeur.

Cette guerre des flux se double d’une guerre juridique (lawfare), qui se manifeste par la multiplication des sanctions internationales et des réglementations extraterritoriales. Celles-ci traduisent une re-territorialisation par le droit d’un monde que l’on avait cru global, fluide et sans frontières : si les flux ignorent les frontières, alors le droit les poursuivra au-delà des frontières… Ce mécanisme permet aux États de reprendre la main sur des chaînes de valeur mondialisées, de projeter leur souveraineté là où ils ont perdu le contrôle direct, et d’exploiter des points de passage obligés – ou des goulots d’étranglement.

Dans ce contexte, parler de souveraineté numérique sans cartographier, hiérarchiser et surtout piloter nos dépendances revient à entretenir une illusion stratégique. La souveraineté, dans un monde profondément interconnecté, ne peut être que relative, imparfaite – mais elle peut être lucide, organisée et résiliente.

C’est à cette lucidité opérationnelle qu’il faut désormais s’atteler. Moins de slogans, plus de cartographies. Moins d’incantations, plus de choix. Moins de débats théoriques, plus d’actions en mobilisant les différents instruments à notre disposition, tant au niveau opérationnel que stratégique : architecture, achat, compétences, réversibilité, contrat, politique industrielle, etc. Autant de leviers qui seront au cœur de l’édition 2026 du Forum InCyber !


Le Forum InCyber 2026 ouvre ses portes demain, le 31 mars, au Grand Palais de Lille. Pour en savoir plus, consultez notre agenda. IT for Business sera présent sur le Show, notamment au travers de 5 émissions Live à ne pas manquer !


À LIRE AUSSI :

Dans l'actualité

Verified by MonsterInsights