Aujourd’hui, migrer vers le cloud s’est imposé aux entreprises comme un levier stratégique d’innovation et de développement digital. Le marché du cloud computing, en croissance de 25 % par an, atteint 100 Md$, proposant une offre large et diversifiée d’environnements, privés, publics ou hybrides. Face au foisonnement de solutions en constante évolution et à l’accélération de la transformation digitale, l’élaboration d’une stratégie multi-cloud garantissant performance, sécurité et indépendance se pose avec acuité aux responsables informatiques.

Par Antoine Gourévitch, Directeur Associé Senior, BCG

Jusqu’ici, les migrations vers le cloud se sont déployées de façon pragmatique, parfois erratique, à l’initiative de développeurs, de fournisseurs ou des business units et, plus rarement, se sont structurées autour de décisions stratégiques prises au plus haut niveau. Quel que soit le chemin emprunté, les entreprises ont massivement adopté des environnements hybrides. C’est le cas de près de 95 % des 250 décideurs interrogés dans une de nos enquêtes. Deux tiers s’appuient sur de multiples fournisseurs de cloud public.

Il faut dire que la plupart des activités digitales peuvent désormais s’opérer sur Internet, des applications aux systèmes de transactions, en passant par les analyses avancées du big data. Résultat, les dépenses des entreprises en matière de cloud computing devraient doubler d’ici deux à trois ans. Les plus grandes d’entre elles utilisent souvent plus de quatre plateformes, combinant du cloud public et du cloud privé.

Cette approche multi-cloud, on le comprend, offre de nombreux avantages en termes d’agilité, d’acquisition de technologies de pointe mais aussi, bien-sûr, de gestion des coûts et de marges de manœuvre dans les négociations avec les fournisseurs.

Cette adoption du cloud à grande échelle et à un rythme soutenu atteint aujourd’hui ses limites. Autant d’environnements hétérogènes et interdépendants font émerger des enjeux critiques. Le cloud challenge les modèles d’exploitation existants. Rares sont les entreprises qui ont mis en place un management capable de contrôler et de mettre en cohérence l’ensemble de leurs solutions de cloud computing posant, à terme, des questions de sécurité, d’alignement avec les besoins business et d’interopérabilité.
Plus de la moitié des décideurs que nous avons interrogés ne se sentent pas armés face à ces nouveaux défis. Impossible pour autant de ralentir le déploiement de ces migrations, devenues une pièce maîtresse de la transformation digitale. Reste donc pour les entreprises à développer une stratégie solide.

Le choix d’un modèle multi-cloud efficace et sécurisé repose sur un compromis entre l’optimisation de ses usages et la nécessité de contrôler les risques inhérents à la complexité et à la multiplication de ces environnements.
L’arbitrage est aussi stratégique que complexe.
Certaines entreprises cherchent à se doter pour chacune de leurs activités de la meilleure et de la plus performante des solutions du cloud. D’autres, privilégiant la simplicité et la lisibilité, préfèrent investir dans un unique environnement de pointe dédié à des cas d’usage très ciblés jugés prioritaires acceptant, ailleurs, de migrer vers des solutions moins performantes. Ces arbitrages se font dans un cadre contraint. En effet, les responsables informatiques ont besoin de standardisation pour sécuriser le déploiement à l’échelle du cloud et respecter la politique de gestion des risques de l’entreprise. À ces exigences s’ajoutent celles du cadre réglementaire posé par les régulateurs.

C’est à partir de ces enjeux en tension que se pensent les modèles d’adoption du cloud. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’agilité, l’innovation, la capacité à répondre aux projets digitaux d’un côté et le contrôle, la cohérence et l’optimisation des coûts, de l’autre.
Une stratégie multi-cloud se construit sur cette frontière en adéquation avec le profil risque de l’entreprise, ses infrastructures existantes, son organisation et ses ambitions digitales. Son élaboration et son déploiement à l’échelle mobilisent des ressources qui dépassent les seules compétences technologiques.