En 2020, 620 startups françaises ont réussi des levées de fonds malgré la crise pandémique. L’écosystème est vivace… pour l’instant. Pour Forrester, il va vite falloir corriger certains défauts intrinsèques et très européens si la France veut conserver ce dynamisme.

« Si les dirigeants politiques et les chefs d’entreprise n’agissent pas avec audace dans les cinq prochaines années, l’économie numérique européenne va mourir lentement… ». Thomas Husson, Principal Analyst chez Forrester reconnaît que l’écosystème de la French Tech est étonnamment florissant. Mais il se montre cependant sceptique sur sa capacité à le rester dans la durée et à conserver son indépendance.

Malgré la crise pandémique, l’écosystème French Tech s’est montré étonnamment résilient et dynamique. Si l’on en croit la dernière étude EY, quelque 620 startups françaises ont réussi en 2020 leurs tours de table et levé 5,4 milliards d’euros au total. Une vitalité salutaire autant qu’à saluer mais qui ne doit pas, non plus, masquer notre retard face au champion européen : les startups britanniques sont près de deux fois plus nombreuses à avoir levé plus de deux fois la manne française (soit 1136 startups ayant levé au total 12,7 milliards de dollars).

Forrester note que plusieurs d’entre elles ont levé plus de 100 millions d’euros à commencer par les 400 M€ de Voodoo (éditeur de jeux mobiles qui compte plus de 300 millions de joueurs par mois), les 256 M€ de Mirakl (et sa plateforme de marketplaces en marque blanche), les 224 M€ de Ynsect (leader mondial d’élevage d’insectes et de leur transformation en produits nutritifs), les 182 M€ d’EcoVadis (solution d’évaluation et gestion RSE) ou encore les 112 M€ de Lydia (Fintech spécialisée dans le paiement mobile).

La France compte ainsi désormais 11 licornes (startups évaluées à plus d’un milliard de dollars) : BlaBlaCar, ContentSquare, Dataiku, Deezer, Doctolib, Ivalua, Veepee, Meero, Mirakl, OVHcloud, Voodoo.
À noter que Kyriba qui a déménagé son siège à New York n’est plus considérée comme une licorne française.

L’écosystème est florissant mais la réaction du Forrester s’inscrit dans la lignée de la publication du nouveau Next40 « 2021 ». Cet indice regroupe les 40 startups les plus performantes parmi les 120 startups du programme « French Tech 120 ».
L’indice 2021 a ceci d’inquiétant qu’il enregistre 33 entrants : autrement dit 33 startups sont sorties du Next40. L’indice a certes une nature changeante (les entreprises qualifiables de startups ne le restent pas indéfiniment et les startups vont et viennent). Mais un tel renouvellement peut être comme une preuve de dynamisme ou comme une preuve de fragilité de l’écosystème. Des acteurs de la Tech comme Shadow (PC de Gaming dans le cloud), Devialet (Hifi), Ledger (clé de cryptomonnaie), Vade Secure (protection des emails) ou Finalcad (suivi de chantier) ont quitté le Next40 et rétrogradé dans le classement French Tech 120.
Les nouveaux entrants comme AB Tasty (expérience utilisateur), LumApps (collaboration), Yubo (réseau social vidéo), Heetch (plateforme VTC), Akeneo (expérience produit) ou Kineis (nano satellites) devront donc se battre durement pour conserver leur place dans l’indice en 2022.

Pour Thomas Husson, cet écosystème reste menacé par trois travers européens essentiellement politiques et culturels :

* Les startups françaises et européennes dépendent encore trop souvent des investisseurs américains ou finissent par être acquises par des entreprises américaines. Même si Forrester note que les investisseurs français comme Partech ou Idinvest ont gagné en carrure, il constate que trop d’entrepreneurs européens considèrent que leur startup ne peut exister à l’international sans partir à la conquête des USA et sans l’aide du goût du risque des investisseurs américains.

* Les entrepreneurs européens doivent être plus audacieux — prendre plus de risques et chercher à atteindre un leadership mondial. Mais ils sont freinés par la nature même de l’Europe avec ses cultures différentes, ses langues différentes, et ses règlements complexes. Mais savoir accepter cette nature protéiforme peut aussi être un atout.

* Les dirigeants européens des grandes entreprises ont du mal à conduire une transformation à l’échelle de l’entreprise. Et c’est particulièrement vrai en France estime le Forrester où seulement 32% des employés pensent que leur entreprise explorera de nouveaux Business Models.

Espérons que les startups, entrepreneurs et investisseurs français sauront rapidement contredire les inquiétudes du Forrester…


Source : Forrester – The French Tech Ecosystem Is Booming, But…