Au premier jour de sa conférence annuelle, Huawei Connect, l’équipementier chinois a précisé sa stratégie. À côté de son activité traditionnelle de fourniture d’infrastructures réseaux et télécoms, il entend être à la pointe des services de puissance de calcul dédiés à l’IA.

Par notre envoyé spécial en Chine, Xavier Biseul

« Nous avons vécu six mois difficiles ». Lors de la conférence d’ouverture de Huawei Connect, la conférence annuelle l’équipementier chinois qui se tient jusqu’au 20 septembre à Shanghai, Ken Hu, son vice-président, a fait une rapide allusion aux turbulences que traverse son groupe, avec le bannissement dont il fait l’objet par les États-Unis. « Mais aujourd’hui, tout va bien, votre soutien nous a apporté de la force », a-t-il assuré devant un parterre de journalistes et de partenaires.

Sitôt cette confession faite, le dirigeant a déroulé la nouvelle stratégie de Huawei qui entend marcher sur deux jambes. Fondé en 1987, le groupe chinois s’est avant tout fait connaître comme un fournisseur d’infrastructures télécoms et réseaux. Il entend aujourd’hui mettre l’accent sur le calcul haute performance (HPC), un domaine dans lequel il investit depuis une dizaine d’années. « À nos yeux, la connexion et le calcul sont des technologies indissociables, comme des jumeaux inséparables », estime Ken Hu.

Tout pour l’IA

Huawei entend dans ce domaine accompagner l’essor de l’intelligence artificielle. Opposant le calcul selon des règles préétablies et le calcul statistique, le dirigeant de Huawei estime que, d’ici cinq ans, ce dernier utilisera 80 % de la puissance de calcul dans le monde avec l’essor de l’intelligence artificielle. « La capacité de calcul est devenue le nouveau goulet d’étranglement dans de nombreux projets d’IA », estime Ken Hu.

Pour faire sa place dans ce calcul à « l’ère intelligente », Huawei assemble les différentes pièces du puzzle. Alors que la Loi de Moore peine à suivre le mouvement, selon Ken Hu, le groupe chinois a tout d’abord lancé, l’an dernier, Da Vinci, une architecture de processeur conçue pour répondre aux différents scénarios de l’IA. Il a aussi développé une gamme complète de processeurs maison avec Kunpeng pour un usage informatique générique, Kirin pour les terminaux mobiles, Honghu pour les écrans intelligents (qui équipe notamment le premier téléviseur Honor Vision sous HarmonyOS) et surtout Ascend pour l’IA.

Cette stratégie permet à Huawei de réduire sa dépendance aux fondeurs anglo-saxons Intel et AMD comme il l’a fait dans un autre domaine en publiant récemment son OS mobile, HarmonyOS, alternative à Android. À la différence de ses concurrents, le géant Chinois ne vendra pas ses processeurs en direct. Il les fournira sous la forme de services cloud à ses clients finaux et de composants intégrés à ses partenaires.

Pour favoriser l’éclosion d’applications et de solutions intelligentes autour de son offre, Huawei investira au cours des cinq prochaines années 1,5 milliard de dollars supplémentaires dans son programme de développement initié en 2015. Objectif : soutenir cinq millions de développeurs de par le monde.

Le cluster de formation à l’IA « le plus rapide du monde »

La véritable annonce de l’édition 2019 de Huawei Connect porte sur le lancement d’Atlas 900, un cluster de serveurs dédié à la formation de modèles d’IA. Tirant sa puissance de la présence de milliers de processeurs Ascend 910, il serait « le plus rapide du monde ». Il n’aurait fallu que 59,8 secondes à Atlas 900 pour entraîner le réseau neuronal ResNet-50, sorte d’étalon-or pour mesurer la performance de la formation en IA. Soit dix secondes de moins que le précédent record.

Atlas 900 s’adresse avant tout aux cas d’usage d’IA nécessitant une forte puissance de calcul comme l’exploration spatiale, les prévisions météorologiques ou la voiture autonome. La santé connectée, les transports intelligents, la smart city ou le monde de la finance sont également dans son viseur. Accessible à tout type d’industrie, Atlas 900 est proposé comme service cloud sur Huawei Cloud.
À l’occasion de Huawei Connect, le géant chinois présente également la version 2 de ModelArts, un workflow qui gère tout le cycle de vie d’un projet d’IA.