Jérôme Notin : « La cybersécurité touche tout le monde, mais elle reste encore trop absente du débat politique »

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Jérôme Notin : « Chaque euro investi dans Cybermalveillance.gouv.fr peut limiter fortement l’impact de la cybercriminalité »

Par Laurent Delattre, publié le 15 septembre 2026

Aux UECC 2026, Jérôme Notin, directeur général de Cybermalveillance.gouv.fr, est venu rappeler une évidence parfois perdue au milieu des discours sur l’IA, les attaques sophistiquées et la souveraineté : la cybersécurité reste aussi une affaire de sensibilisation, de proximité et de réflexes élémentaires. Et pour cela, il faut mobiliser tout le monde… mais aussi quelques moyens supplémentaires.

Au milieu des experts, des RSSI et des débats très « cyber », Jérôme Notin commence par ramener la sécurité numérique sur le terrain. À quelques semaines du Cybermois, Cybermalveillance.gouv.fr prépare une nouvelle campagne de sensibilisation qui entend, cette année, prendre les choses avec un peu d’humour.

« Depuis deux ans, on faisait des histoires par rapport à des œuvres d’art ou des faits historiques. Cette année, ce sont des animaux qui sont mis en situation, avec, on l’espère, un ton un peu humoristique. Il faut être créatif… reprendre des expressions et des phrases liées au monde animal et les transposer dans le monde cyber. »

Mais derrière le ton léger, la mécanique est très sérieuse. L’an dernier, le dispositif a mobilisé environ 1 200 à 1 300 structures. Et Jérôme Notin insiste : Cybermalveillance.gouv.fr n’entend surtout pas transformer cette campagne en opération institutionnelle descendante.

« Même si c’est nous qui organisons et qui pilotons, le Cybermois ne nous appartient pas. C’est un bien collectif. L’idée, c’est vraiment de parler de cybersécurité. Nous, on propose des choses et chacun peut les reprendre, les “forker”, comme on dit en informatique, faire ses propres contenus ou les améliorer. »

Associations, entreprises, collectivités, France Services… chacun peut donc apporter sa pierre à l’édifice. Avec une priorité : toucher aussi ceux qui restent éloignés du numérique.

« Faire des actions cyber permet de faire que, potentiellement, ils ne soient pas victimes, de redonner les réflexes de base que nous nous connaissons mais que tout le monde ne connaît pas. Leur expliquer, par exemple, que ce n’est pas parce que vous recevez un mail avec une Marianne que c’est forcément l’État qui vous parle. »

Après l’été des cyberattaques, la politique va-t-elle enfin s’en mêler ?

Les attaques qui ont marqué l’été 2026 ont forcément laissé des traces. Jérôme Notin glisse d’ailleurs qu’un contenu du prochain Cybermois, conçu avec la CNIL, sera « très lié à l’actualité ». Pas davantage de spoiler.

Mais l’autre échéance se profile déjà : la présidentielle de 2027. Et sur ce terrain, le patron de Cybermalveillance.gouv.fr attend encore de voir la cybersécurité réellement entrer dans les programmes.

« On a la chance, ou la malchance parfois, que la cybersécurité ne soit pas vue comme un sujet politique. Ça touche absolument tout le monde parce que tout le monde est utilisateur d’outils numériques…
Reste que je n’ai pas encore bien vu, dans les programmes de ceux qui sont déclarés, beaucoup de choses sur la cybersécurité.
»

Il veut néanmoins croire que les attaques récentes feront bouger les lignes :

« Vu ce qui s’est passé cet été, vu que c’est monté au plus haut niveau du gouvernement, je pense que c’est un sujet que, en tout cas je l’espère, l’ensemble des partis vont s’approprier. »

Et puisque les futures équipes de campagne peuvent regarder IT for Business, Jérôme Notin leur adresse au passage un message très direct :

« S’ils nous écoutent, si leurs plumes nous écoutent, ne pas oublier notre petit dispositif Cybermalveillance.gouv.fr, qui a encore besoin de moyens, de moyens financiers. On ne coûte pas cher à l’État : on coûte 800 000 euros, la même somme depuis 2017. […] Je pense que chaque euro supplémentaire investi chez Cybermalveillance.gouv.fr pourra limiter l’impact de la cybercriminalité d’un facteur très important. »

Le message est passé. En cyber comme ailleurs, la prévention coûte toujours moins cher que la réparation.

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