Dans une note aux ministères, la DINUM rappelle que la modernisation des services collaboratifs dans le cadre de la stratégie « Cloud au Centre » ne pourra se faire avec Office 365… En attendant Bleu…

La stratégie « Cloud au Centre » publiée par l’état encourage toutes les administrations à migrer vers le cloud mais pas dans n’importe quel cloud. En l’occurrence, ce cloud peut être soit un « cloud interne » maîtrisé par l’État pour les applications sensibles et les données à diffusion restreinte, soit un « cloud de confiance » (cloud certifié SecNumCloud et opéré par une entité européenne).

Sur le papier, les offres cloud génériques des hyperscalers ne sont pas interdites mais leur usage est restreint « à l’hébergement de données non sensibles et aux services non essentiels au fonctionnement des administrations… ». Autrement dit à pas grand-chose…

Dans ce cadre, le directeur interministériel du numérique, Nadi Bou Hanna, a écrit la semaine dernière à tous les secrétaires généraux des ministères pour rappeler qu’ « Office 365 de Microsoft n’est pas conforme à la doctrine Cloud au Centre ». Logique puisque les services Office 365/Microsoft 365 sont opérés sur des datacenters Microsoft, certes situés en France, mais non immunisés contre les réglementations extracommunautaires.

Ce rappel intervient alors que nombre de services informatiques ministériels entament une modernisation de leur infrastructure dans le cadre de la stratégie Cloud française et abandonne leurs infrastructures MS Exchange.

Une dérogation peut être octroyée par la DINUM à certains ministères jusqu’à la fin 2022 mais elle est limitée aux seuls services de messagerie et de « drive personnel ». Elle ne pourra en aucun concerner les services documentaires, collaboratifs, de messagerie instantanée, d’audioconférence, de visioconférence et de webinaire qui sont déjà couverts par l’offre SNAP (Sac à dos Numérique de l’Agent Public).
Autre alternative, la DINUM invite les ministères à suspendre la transformation pendant un an en attendant l’arrivée du cloud du consortium Bleu créé, géré et opéré par Orange et Capgemini mais bâti sur les technologies cloud Microsoft (Azure et Office 365). Car l’Office 365 qui sera proposé par Bleu sera, lui, « conforme à la doctrine Cloud au Centre », ou tout au moins devrait l’être s’il obtient bien en temps et en heure la certification SecNumCloud.

Reste que cette note a dû mettre dans l’embarras bien du monde.

D’abord, parce que l’offre SNAP n’est pas encore totalement formalisée et qu’à notre connaissance elle ne comporte pas encore d’outils bureautiques (même si la liste Tech.Gouv en préconise) pour remplacer ceux de Microsoft.

Ensuite, parce qu’attendre « Bleu » est un peu aléatoire puisque rien n’existe pour le moment et qu’obtenir une certification SecNumCLoud est à priori un processus très long et de plus d’un an.

Enfin, parce que la note se focalise sur Office 365 sans même évoquer les autres produits susceptibles d’être envisagés (Google Workspace, Salesforce, Zoom, Box, etc.) qui sont tout autant « non conforme » à la doctrine cloud au centre ! Un oubli qui donne une étrange – mais involontaire ? – tonalité « anti-microsoft » à la note de Nadi Bou Hanna.

Bref, la DINUM semble avoir voulu ici remettre très tôt dans le droit chemin certains ministères partis un peu rapidement vers Office 365 en remplacement d’Exchange quitte à ne pas avoir d’alternatives 100% opérationnelles à proposer. Une note qui semble donc davantage inviter les administrations à ne pas se précipiter et à attendre 2022, date de grands rendez-vous cloud et électoraux…