Laurent Ribardière semble bien avoir la réponse. Aux commandes de son entreprise depuis 1984, le PDG de 4D écrit depuis plus de 30 ans une success story à la française. Un parcours fait de rencontres, de talent et de petits hasards.

C’est une histoire qui commence sur les bancs du lycée. Laurent Ribardière a 15 ans lorsqu’il entre en classe de seconde. Cette année-là, son professeur de mathématiques, passionné d’informatique, invite ses élèves à se rendre au Palais de la Découverte pour y approcher le monde des ordinateurs. Un vieil IBM 36, un Commodore… Laurent Ribardière est séduit et se lance dans l’informatique. Avec son professeur, il passe ses dimanches à coder. Les progrès du jeune prodige sont tels qu’à l’âge de 16 ans, il se fait embaucher dans une petite entreprise de développement. Il associe alors ses études au travail et touche ses premières rétributions. « À l’époque, j’étais trop jeune pour toucher un salaire, alors ils me payaient en matériel », s’amuse Laurent Ribardière. Ce train de vie ne l’empêchera pas de décrocher son bac scientifique à 18 ans et de s’engager sur un parcours résolument matheux : maths sup / maths spé. Son avenir semble tout tracé.

L’élément déclencheur. Alors qu’il étudie les mathématiques au lycée Janson de Sailly, Laurent Ribardière n’abandonne pas son poste de développeur. Pour tenir le choc, il s’est organisé. « Le hasard m’avait placé dans une séance de TD [travaux dirigés, NDLR] qui se déroulait l’après-midi. Or, à ce moment-là je travaillais. Sans rien dire à personne, je me suis donc mis dans le TD du matin », se souvient-il. Mais en avril 1984, un professeur se rend compte du subterfuge et lui ordonne de changer de groupe, ou de ne plus jamais revenir. Laurent Ribardière claque la porte de la salle : il n’y remettra plus les pieds. Des idées plein la tête, il profite alors de l’opportunité offerte par la sortie du Mac 2 et monte son entreprise. 4D est née et très vite, elle rencontre le succès. Laurent Ribardière parle de ses débuts avec les yeux qui brillent. Se remémorant les soirées passées au restaurant Del Papa, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, à discuter des stratégies à adopter avec ses associés ou encore de ses heures passées au téléphone à officier en tant que conseiller technique. « Je changeais de voix, de prénom à chaque appel… Il fallait donner l’apparence d’une compagnie importante », avoue Laurent Ribardière.

Succès. Depuis, les choses ont bien évolué. Début 1985, Jean-Louis Gassée, alors à la tête d’Apple France, remarque la jeune entreprise. Après en avoir touché deux mots à Steve Jobs, la firme de Cupertino signe avec la petite équipe avec l’idée de les éditer partout dans le monde. C’est la consécration. Pourtant, rien ne se passera comme prévu. En 1987, alors que Steve Jobs a déjà quitté la compagnie, John Sculley, nouveau patron, annule tout. « C’était une terrible nouvelle sur le moment, reconnaît aujourd’hui Laurent Ribardière. Le contrat a été rompu alors que tout était prêt et déjà produit ». Tellement prêt que les préversions des programmes sont déjà entre les mains des testeurs et des journalistes… « Lorsque les personnes qui avaient reçu les préversions ont appris que les applications ne sortiraient pas, ça a été le scandale et on a beaucoup parlé de nous en bien », indique-t-il. 4D en profite pour lancer sa propre filière aux États-Unis. Un succès grandissant qui s’étendra encore avec l’arrivée de Windows 95. « Cet OS a été un grand choc car Windows commençait à devenir dangereux pour Apple. Nous nous sommes donc attaqués à Windows juste à temps ».

Inventeur. Lorsqu’il était enfant, Laurent Ribardière rêvait de devenir inventeur. Il était loin de se douter que ce rêve se réaliserait par le biais de l’informatique. Aujourd’hui il s’émerveille devant le nombre de domaines qui utilisent ses systèmes : « Quand je vois que les circuits du Nascar utilisent du 4D pour les statistiques en course, je ne sais pas quoi dire ! ». Maintenant, ce passionné de jeu, adepte de Mindcraft, se plaît à rester simple et garde un appétit certain pour les mathématiques. « J’aime bien lire un livre de maths, suivre la chaîne YouTube Numberfile qui propose de petits principes mathématiques. Mais rien de tel qu’une sortie à vélo avec ma femme », nous confie-t-il en souriant.

 

Adrien Geneste