La crise de la Covid 19 accélère le rythme de la révolution digitale. Au cœur des innovations technologiques, le marché européen de la deep tech passe à la vitesse supérieure.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé sénior, BCG
et Amine Benayad, Directeur associé, BCG

En partenariat avec la banque Natixis, nous avons mené une enquête auprès de 204 grandes entreprises dans une dizaine de secteurs. 90% d’entre elles investissent dans ces technologies nées de la recherche fondamentale, et 78% ont maintenu ou intensifié leurs efforts pendant la pandémie.

La vitesse exponentielle des avancées de la deep tech, la structuration en cours des écosystèmes et l’urgence environnementale imposent leur tempo aux entreprises. S’exclure de ces innovations risque d’hypothéquer leur croissance future tant il est difficile, à l’ère digitale, de rattraper son retard.

Le potentiel disruptif des deep tech pousse les entreprises interrogées à se positionner dès maintenant. Pour 44% d’entre elles, l’objectif numéro 1 de leurs investissements est la quête d’un avantage concurrentiel à long terme. Près de la moitié d’entre elles (47%) suivent de très près les dernières tendances alors même qu’elles n’ont encore aucun débouché commercial. Dans le même temps, une grande majorité d’entreprises (65%) s’engage davantage en travaillant sur des cas d’usage, des preuves de concept ou des projets concrets afin d’évaluer les applications de ces technologies de pointe.

La crise née de la Covid 19 a considérablement amplifié cette dynamique. La deep tech promet, en effet, de répondre à de nombreux défis mis en lumière durant cette période inédite. Plus de la moitié des répondants (54%) y voient des solutions pour lutter contre les dérèglements climatiques notamment dans les secteurs du transport, de l’énergie et dans toutes les industries soucieuses de se décarboner. La généralisation des activités à distance et l’accélération de la transformation digitale au plus fort de la pandémie exigent des efforts en matière de traçabilité et de confiance, d’amélioration des relations clients ou encore de productivité. Autant d’enjeux auxquels l’intelligence artificielle ‒ considérée par 60% des entreprises comme la plus pertinente des deep tech ‒ mais aussi la blockchain, la réalité augmentée ou virtuelle peuvent apporter des solutions.

Se doter de ces innovations éminemment stratégiques ne fait donc pas de doute dans l’esprit des dirigeants. La plupart des entreprises (80%) misent sur les investissements directs ; 34% privilégient le Corporate venture capital (CVC) dans des start-up de la deep tech, et 25% passent par des fonds d’investissement extérieurs.
Ces deux alternatives à l’investissement direct leur offrent davantage de flexibilité pour avancer sur des cas d’usage et développer leur écosystème. En prévision d’un déploiement à l’échelle, beaucoup d’entreprises priorisent leurs investissements dans des champs d’application en lien avec leur marché et en relation constante avec les équipes opérationnelles. Ce point est crucial. En effet, réussir à implémenter ces innovations pour développer de nouveaux services ou produits ne se limite pas aux actifs technologiques.

Les révolutions technologiques exigent également des révolutions culturelles dans le pilotage des stratégies qui doit combiner une vision à long terme et le cycle court des innovations, la conduite du changement et l’adaptation des compétences.
Les deep tech n’échappent pas, loin de là, à cette règle. La conduite du changement et l’attractivité des talents représentent les deux principaux freins à leur adoption (pour respectivement 72% et 55% des entreprises). Dans certains secteurs sensibles comme la pharma et la santé, des questions de conformité à la réglementation se posent avec acuité.
Pour la grande majorité des entreprises (près de 90%), le moyen d’accroître son expertise et son savoir-faire tout en expérimentant des projets concrets réside dans le développement de partenariats avec d’autres parties prenantes du marché.

Nous entrons à grands pas dans la nouvelle ère des deep tech. Le plan de relance européen devrait encore accélérer son avènement. Les entreprises doivent dès maintenant interroger leur stratégie en la matière.