Pour Amadeus, la décentralisation des données dessine des écosystèmes plus résilients

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Le voyage vers la décentralisation des données pour plus de résilience

Par Charlotte Mauger, publié le 04 août 2026

Plus de contrôle, de compatibilité et moins de vulnérabilité aux pannes : la décentralisation a de très bons atouts pour faciliter et sécuriser les échanges de données. Déjà en cours d’expérimentation entre des acteurs du tourisme, ce modèle pourrait séduire d’autres secteurs d’activités.

La centralisation des données semble atteindre ses limites. Si ce modèle a favorisé leur échange et leur traitement entre de multiples acteurs, il se heurte désormais à des enjeux de souveraineté et de vulnérabilité aux pannes.
C’est dans ce contexte qu’Amadeus, spécialiste des infrastructures technologiques pour le secteur du voyage, et l’Inria collaborent autour du projet Data Exchange Platform (DXP). Son objectif : développer un environnement décentralisé d’échange de données permettant aux différents acteurs de partager certains flux tout en conservant la maîtrise de leurs données. « Car aujourd’hui, certains sont parfois réticents à les partager », souligne Patrick Hebant, directeur de l’ingénierie chez Amadeus.

Le groupe a investi le champ de la décentralisation en 2023. À la suite d’un partenariat avec Microsoft, l’entreprise a remplacé ses data lakes par un data mesh reposant notamment sur le cloud Azure. « Nous sommes repartis du même principe en réfléchissant à la manière dont celui-ci pourrait s’appliquer au partage de données entre les acteurs du voyage », explique Patrick Hebant.

Dans ce modèle, il n’est plus nécessaire de recopier ou de centraliser les données : les acteurs, « assis à la même table virtuelle », y accèdent directement à la source, sans intermédiaire. « Nous cherchons à connecter l’existant ; les acteurs n’ont pas besoin d’adapter leurs technologies de stockage », poursuit-il. Cette approche permet de dépasser l’une des limites des fournisseurs cloud traditionnels, qui imposent souvent l’usage d’une même solution de stockage pour faciliter les échanges.

La sécurisation des échanges constitue toutefois un défi majeur. « Dans un système distribué comme celui que nous développons, nous ne disposons pas nécessairement de relations préexistantes entre les acteurs. Il est pourtant indispensable de garantir l’identité des participants », alerte Patrick Hebant.
Le dispositif envisagé repose sur des mécanismes d’autorisation d’accès à cette table virtuelle, tandis que la certification pourrait s’appuyer, à terme, sur des solutions d’identité numérique d’entreprise, telles que le business wallet actuellement étudié par l’Union européenne.

L’autre enjeu consiste à laisser les participants garder le contrôle de leurs données tout en permettant aux autres acteurs de les découvrir. « Notre technologie permet de définir précisément les règles d’accès : qui peut y accéder, sous quelles conditions et selon quels critères », explique-t-il.

Initié en 2024, le projet DXP a déjà connu une première mise à l’épreuve lors des Jeux Olympiques de Paris. Amadeus a alors contribué avec succès à la coordination d’acteurs impliqués dans le transport, la sécurité ou la logistique pour les athlètes et les médias.

Aujourd’hui, le projet cible principalement les acteurs du tourisme et du transport, coeur d’activité d’Amadeus. La décentralisation y permet des échanges de données en temps réel afin de construire une expérience de voyage fluide et intégrée. « L’objectif dépasse la simple réservation d’un billet de train ou d’avion. Nous cherchons à concevoir un parcours sans couture intégrant également la mobilité locale, l’hébergement, les visites et les activités », indique Patrick Hebant. Cette vision implique l’interconnexion d’acteurs très divers, des grandes entreprises aux structures plus modestes. Un premier data space reposant sur ces briques technologiques est d’ailleurs déjà opérationnel.

La décentralisation pourrait aussi séduire d’autres secteurs. « Plusieurs concepts d’écosystèmes distribués se développent », assure le directeur, citant notamment l’automobile, dont la chaîne de fabrication mobilise de nombreux acteurs. Le projet DXP prévoit de mettre une partie de ses briques technologiques en open source afin de faciliter le développement de futurs écosystèmes décentralisés.

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