Ce serait a priori un affaire américano-américaine, touchant seulement au milieu du renseignement. Mais la chasse aux fuites lancées par l’Administration Obama pourrait avoir des répercussions sur les libertés et la transparence dont le net a besoin.

Le Washington Post, qui est, avec le New York Times, à l’origine de la révélation sur le lien entre les Etats-Unis, Israël et le virus Stuxnet, indique que l’enquête menée par le FBI prend des proportions impressionnantes.

La pression mise sur les hauts responsables gouvernementaux présents et passés croît sans cesse, confie au quotidien américain des personnes proches de l’enquête, sous couvert d’anonymat. Les enquêteurs du FBI s’intéressent à tous les profils, civils et issus du renseignement.

La chasse aux fuites est ouverte

Certains se sont vus opposer des preuves, des courriers électroniques notamment, prouvant leurs contacts avec des journalistes. Jusqu’à présent l’Administration Obama a poursuivi en justice six « officiels pour avoir communiqué des informations classifiées », ce qui est plus que toutes les autres Administrations précédentes réunies, précise le Washington Post.

Les nouveaux outils de recherche numérique permettent d’analyser une grande quantité de courriels ou de données, et facilitent grandement la tâche du FBI. Ces outils ont également fait des victimes collatérales. Ainsi, débusquez dans le cadre de cette enquête, un ancien agent de la CIA a été condamné à trente mois de prison pour avoir communiqué le nom d’un agent infiltré à un journaliste.

Contexte de tensions

Cette chasse aux fuites est particulièrement frappante et accompagne une volonté de plus en plus clairement affichée des Etats-Unis d’associer « warfare » et « cyberwarfare ». L’arme cybernétique devient donc encore plus stratégique qu’elle a pu l’être par le passé. Le secret doit donc être total.

Outre que le Pentagone va multiplier par cinq le nombre de personnes travaillant dans le domaine de la cyberdéfense/offense, les grandes manœuvres ont commencé au plus haut de l’armée pour intégrer les nouvelles unités cyber au haut commandement. Les Etats-Unis sur le point de perdre le titre de plus grande puissance économique au profit de la Chine n’entendent par céder le titre de première puissance militaire aussi facilement.

L’enjeu est de taille pour le gouvernement américain et il l’est donc tout autant pour les défenseurs du droit à l’information et à la transparence. Un danger particulièrement bien mis en perspective par le spécialiste des questions de sécurité et de liberté du quotidien britannique The Guardian. Dans un article très intéressant, Glenn Greenwalk donne clairement à réfléchir sur l’opération Olympic Games, nom de code de l’opération derrière Stuxnet, et sur son traitement. « Le seul officiel puni pour ce programme illégal de la NSA est celui qui en a parlé », écrit-il. Liberté de parole ? Quel amendement ?

Sources :
Article du Washington Post
Article originel du New York Times
Article du Guardian