Cloud computing et big data ouvrent de nouveaux horizons en termes de pratiques médicales. A l’image du projet Région sans film, un cloud français pour l’imagerie médicale.

Ne plus imprimer ni radio, ni échographie, ni imagerie scanner, et ne travailler qu’en numérique pour réaliser des économies et améliorer le diagnostic. C’est le pari du projet Région sans film (RSF). Lancé en 2008 par l’Agence régionale d’hospitalisation d’Ile-de-France, et opérationnel depuis mars 2011, le concept visait à mettre à disposition des établissements de santé de la région Ile-de-France un grand service cloud computing où stocker leur imagerie numérique.

Après une année de consultation et d’élaboration du dossier, celui-ci a été attribué à Oracle Healthcare, General Electric et EDL pour un montant de 50 millions d’euros. « C’est un chantier monstrueux en termes de volumétrie, mais qui doit offrir une grande souplesse dans l’accès aux données », explique Philippe Bourhis, vice-président exécutif du Business Development et cloud computing chez Orange Business Services, l’opérateur qui a déployé le projet. « En une semaine, dans les gros hôpitaux, 16 500 IRM (images par résonance magnétique) sont réalisées en France. Une IRM du cerveau représente environ quatre gigaoctets de données. Sept cents pétaoctets sont donc potentiellement à stocker par semaine. Sachez qu’une IRM 3D pèse quatre fois plus ! »

L’archivage est la clé dans ce projet, puisque ces données doivent être conservées entre quinze et vingt ans, selon la réglementation. La mutualisation des ressources de stockage via le cloud est le moyen privilégié pour répondre à la dématérialisation en masse de l’imagerie médicale.

Le projet RSF englobe à la fois le service cloud d’hébergement, mais également le volet collaboration et partage de ces images. L’opérateur a ainsi mis à disposition un portail de consultation pour les médecins et s’est chargé dans le même temps du volet accès en haut débit. « La plate-forme est en production depuis un an, et les cinq établissements qui font aujourd’hui partie du projet ont connecté entre 50 et 60 appareils de messagerie médicale au système », se félicite Valère Dussaux, le directeur du programme RSF. « Il s’agit de toutes sortes d’appareils, comme les IRM, les scanners, les appareils de radiologie… »

L’architecture mise en place est de type machine to machine. Ce sont les équipements d’imagerie eux-mêmes qui transmettent les images directement au service cloud sans passer par un serveur. Résultat, les divers intervenants, qu’ils soient dans l’hôpital, dans d’autres établissements ou en cabinet de ville, peuvent y accéder. La norme d’imagerie Dicom ayant facilité l’interconnexion. RSF ne change pas fondamentalement les pratiques des médecins qui consultent déjà des écrans homologués pour lire les clichés via les Pacs (système de communication et d’archivage pour l’imagerie médicale). Pour l’heure, les services d’urgence sont les principaux moteurs du déploiement, car ce sont eux qui réalisent les premiers clichés du patient. « Avec RSF, un radiologue interprète toujours les clichés sur écran. Mais c’est au niveau de leur diffusion dans les différents services cliniques que l’on va gagner aussi bien en termes de retour sur investissement que de qualité du diagnostic. Plutôt que d’échanger des tirages, les médecins doivent s’habituer à ne plus réclamer de clichés, mais à les consulter sur écran. »

Depuis 2011, la Food and Drug Administration a homologué plusieurs applications pour iPhone et iPad en tant qu’outils de postdiagnostic.