Les tensions sur le marché de l’emploi IT ne sont pas près de retomber, selon une note de PageGroup. La demande de talents est particulièrement vive dans les domaines de l’analytique et de la cybersécurité. Et leurs attentes en matière de QVT ne facilitent pas le recrutement « traditionnel », séduits qu’ils sont par l’idée de devenir ou de rester freelances.

L’ accident de 2020, qui avait vu une baisse du nombre de recrutements de l’ordre de 34 % selon l’Apec, est bel et bien effacé dans les filières IT. « Nous assistons ces premières semaines de 2022 à une véritable explosion du nombre d’offres publiées », explique même Isabelle Bastide, présidente de PageGroup pour la France, l’Espagne et le Portugal, dans un communiqué accompagnant une note de conjoncture trimestrielle.

Cette croissance confirme l’embellie déjà constatée en 2021. L’exercice avait enregistré près de 350  000 offres d’emplois, en croissance de 44 % par rapport à 2020 et de 14 % par rapport à 2019, dernière année de référence avant la pandémie.

Cette chasse effrénée aux perles rares s’exerce tout particulièrement dans le domaine des applications analytiques et de la cybersécurité, avec des progressions de respectivement 33 % et 20 % du nombre d’offres par rapport à 2019. Sur le plan des compétences en développement, les besoins se cristallisent sur la maîtrise de Python (+27 %), de R (+24 %), de Docker (+22 %), de Git (+20 %) et tout de même encore du langage C (+15 %).

IL N’Y EN AURA PAS POUR TOUT LE MONDE !

Le spécialiste du recrutement annonce clairement la couleur : les compétences IT disponibles ne sauraient satisfaire l’appétit des entreprises.
Avec une double conséquence : D’une part l’impossibilité de procéder à certaines embauches, d’autre part la quasi-obligation de rehausser les rémunérations, aussi bien pour les candidats que pour les collaborateurs déjà en place. « On doit s’attendre à ce qu’elles dépassent l’inflation en ce début d’année. »

Et ce d’autant qu’un phénomène inédit complexifie encore la tâche des recruteurs et des DSI : un fossé semble en effet bel et bien se creuser entre les attentes des candidats en matière de QVT (qualité de vie au travail) et ce que les entreprises sont prêtes à, ou sont capables de leur offrir.
Selon le cabinet, les demandes concernant le télétravail, la flexibilité et plus généralement l’équilibre entre « le pro et le perso » deviennent récurrentes.

Une bonne raison pour envisager de se lancer en indépendant ? C’est en tous cas ce que semble mesurer la plateforme Malt qui, dans son étude « Freelancing in Europe », observe l’attrait de ce statut sur les professionnels expérimentés. La marketplace, qui se propose d’accompagner les freelances du numérique, en recense aujourd’hui plus de 320  000. Ce qui correspond à une augmentation moyenne de 39 % par rapport à l’année précédente, et même de 63 % sur des profils réputés jusqu’alors réticents comme celui de chef de projet.

Les DSI en mal de collaborateurs en CDI noteront avec regret que ces freelances souhaitent peu (re)devenir salariés. Rien que de très normal quand on sait que c’est leur volonté d’indépendance qui les a poussés dans cette voie et les rend heureux (pour 95 % d’entre eux en France). Suivent la liberté d’organiser eux-mêmes leur emploi du temps et de choisir le lieu où ils exercent, et enfin celle de choisir les missions qui les intéressent le plus, éventuellement chez plusieurs clients en même temps. Ce qui ne les empêche pas d’envisager de plus en plus un mode de travail hybride, avec une présence régulière chez leurs clients.

Cette dernière évolution les rapproche de fait de la situation de nombre de salariés de DSI ou d’ESN pour lesquels les entreprises ont bien été obligées, ces derniers mois, de lâcher du lest en matière de télétravail. Et il s’agit de fait d’une piste à explorer, surtout que, selon Malt, un recrutement de freelance ne prend en moyenne que six jours sur sa plateforme ! Pour l’instant, contrairement aux PME, les grands comptes ont négligé ce gisement de talents (ils sont 14% seulement à recourir à leurs services). Le pourront-ils encore longtemps ?

Talents & Freelances : la pénurie s'aggrave


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