Rechercher l’excellence technologique, séduire les talents et savoir passer à l’échelle sont les trois piliers nécessaires à la transformation numérique. Une transformation qui n’est pas une destination mais un voyage qui impose des persévérer dans ces investissements.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior au BCG

Antoine Gourévitch, directeur associé senior BCG

La révolution digitale s’est encore intensifiée en 2019. Dans cette économie disruptive et ultra-compétitive, les leaders poursuivent leur stratégie offensive d’investissements en mettant l’accent sur les technologies des data et sur l’intelligence artificielle. C’est ce que révèle la troisième édition de notre index Digital Acceleration Index réalisé auprès de plus de 1 800 entreprises dans 27 pays, aux États-Unis, en Asie et en Europe.

Si toutes les industries sont engagées dans la transformation digitale, les services financiers et les télécommunications sont les plus avancés. Plus de 25 % des champions (c’est-à-dire les entreprises ayant atteint un score de maturité digitale entre 67 et 100) recensés dans notre étude en sont issus. A contrario, le secteur public et l’énergie comptent 40 % d’entreprises qualifiées comme étant à la traîne. Sans surprise, la géographie de la performance digitale place l’Asie en première ligne dans les services financiers et les assurances : on y trouve de puissants pure-players qui bénéficient d’une réglementation sur la protection des données plus favorable. Mais les entreprises asiatiques obtiennent également de meilleurs scores que leurs concurrentes européennes et américaines dans le commerce et la distribution, grâce au développement d’offres digitales innovantes, et dans les technologies sensibles de l’intelligence artificielle.

Au-delà de ces grandes tendances sectorielles et régionales, l’étude permet d’identifier trois points forts de la stratégie digitale des champions dont peuvent s’inspirer les entreprises les moins avancées.

Le premier levier de la transformation vise l’excellence technologique. Ainsi, 72 % des champions consacrent plus de 5 % de leurs dépenses d’exploitation au digital (parmi les entreprises moins avancées, à peine 50 % le font). Ces investissements ciblés consolident leur leadership et soutiennent le développement d’architectures à la pointe de la cybersécurité, de l’automatisation des process, du DevOps, ou encore de l’Internet des objets.

Deuxième pilier de la maturité digitale, gagner la guerre des talents sur un savoir-faire et des expertises très recherchés. Les champions dédient ainsi plus de 10 % de leurs salariés à plein temps au digital. Mieux, 77 % d’entre eux envisagent de renforcer ces équipes de plus de 20 % dans les trois prochaines années. Cette exigence passe par une politique structurée des ressources humaines autour de programmes de recrutement et de formation. Les champions adressent également la question du déploiement de nouvelles méthodes de travail agiles au sein de leur organisation. Ces investissements constants et ciblés ne suffisent pas.

La troisième clé de leur réussite réside dans leur capacité à développer à grande échelle leurs projets pilotes et à tirer des bénéfices de leurs solutions digitales mises sur le marché. Sur cette question cruciale de l’exécution de la stratégie digitale, toutes les entreprises les moins avancées, quels que soient leur secteur ou leur implantation, se sont clairement laissées distancer.

Notre étude met également en lumière les nouvelles priorités des champions du digital. Ces derniers investissent massivement pour se placer aux avant-postes des technologies des data et de l’intelligence artificielle. Dans ces domaines stratégiques, l’écart se creuse avec les retardataires – de l’ordre de 59 points dans la gouvernance des données et de 55 points dans celle des plateformes digitales. Ces expertises essentielles pour l’intégration digitale du modèle économique conditionnent également le déploiement attendu de l’intelligence artificielle. Sur ce terrain, les champions jouent les premiers de cordée. Ils sont 63 % à avoir adopté les technologies de l’IA et exploité leur potentiel, contre moins de 23 % pour les entreprises les moins avancées. Plus inquiétant, 35 % de ces dernières n’ont pas encore engagé de réflexion sur leurs applications.

À la veille de cette nouvelle vague de disruption, la transformation digitale n’a jamais été aussi urgente à mener. Elle exige une stratégie d’investissements ambitieuse et ciblée.