Attaqué pour avoir arrêté ses logiciels sur Itanium, Oracle rétorque que ces serveurs sont condamnées et que HP paye Intel pour faire croire le contraire.

Et maintenant, les coups bas. Oracle vient de prétendre que HP donne des dessous-de-table à Intel pour qu’il maintienne au catalogue le processeur Itanium. Oracle s’en offusque car, selon ses avocats, HP entretiendrait ainsi l’illusion que ses serveurs Itanium ont encore de l’avenir, ce qui découragerait les utilisateurs de migrer vers des serveurs plus modernes. Dont ceux d’Oracle, qui a fait une déclaration dans ce sens lors d’une audition du procès que HP lui intente depuis cet été.

HP reproche à Oracle d’avoir brutalement arrêté le développement de logiciels pour Itanium en mars dernier. Selon HP, ce serait dans le but d’inciter les clients à quitter les serveurs HP Itanium pour passer à des serveurs Oracle.

Oracle, qui pourrait être condamné à payer de lourdes indemnités pour rupture de contrat, défend la position selon laquelle les serveurs Itanium étaient, en mars, sur le point de disparaître. Et que le développement de logiciels pour cette plate-forme aurait été par conséquent un investissement à perte. Le fait qu’Intel ait, entretemps, annoncé que, au contraire, deux nouvelles générations d’Itanium étaient en préparation serait, selon Oracle, un mensonge financé par HP.

Prétexte technologique pour batailles commerciales

Dans les faits, l’abandon programmé par Intel de son processeur Itanium est crédible. Ce processeur avait été lancé en 2001 dans le but d’équiper les serveurs haut de gamme, jusque là dotés de processeurs RISC. Dix ans plus tard, le but n’est pas atteint. Les serveurs haut de gamme sont désormais équipés, comme les autres, de puces x86 d’Intel. Ce dernier s’est aperçu en cours de route qu’il était plus simple d’améliorer sa technologie historique que d’investir dans l’Itanium. Néanmoins, Intel n’a pas besoin d’arrêter l’Itanium si HP continue de lui en acheter. Et HP n’a, a priori, pas l’intention de renoncer à ses serveurs Itanium, puisque ceux-ci lui rapportent 8 milliards de dollars par an.

L’Itanium et les processeurs RISC n’équipent plus aujourd’hui que les serveurs dits critiques. C’est-à-dire, en majorité, des machines qui exécutent de grosses bases de données. Or, le logiciel de bases de données le plus répandu est celui d’Oracle. Ce dernier ayant racheté le fabricant de serveurs Sun l’année dernière, il se pose aujourd’hui en concurrent de ses partenaires d’hier, entre autres de HP.

Reste à savoir pourquoi Oracle a décidé d’arrêter le développement de ses logiciels pour les serveurs Itanium et pas pour les serveurs critiques pSeries d’IBM, à base de processeur Risc Power. Parce qu’il fallait bien commencer par quelqu’un et autant que ce soit HP, le numéro un du marché ? C’est le plus probable. Ou bien parce qu’il avait eu vent de l’arrêt prochain de l’Itanium chez Intel ? C’est difficilement défendable, dans le sens où tous les risques financiers sont pris par HP.

Ou tout simplement parce que le bouillonnant Mark Hurd, le nouveau numéro deux d’Oracle, n’a jamais encaissé de s’être fait licencier du poste de PDG de HP l’année dernière ?