Malgré les tendances autoritaires du Kremlin, des expériences de démocratie sur Internet voient le jour en Russie, qui s’inspirent de ce que l’on voit dans les pays les plus avancés en la matière.

Ni blanc ni noir : en Russie, malgré les tendances autoritaires du Kremlin, des expériences de démocratie sur Internet voient le jour, qui s’inspirent de ce que l’on voit dans les pays les plus avancés en la matière. La dernière en date, lancée début avril, est encore en bêtatest. Elle prend modèle sur la rubrique We The People ouverte sur le site Web de la Maison Blanche.

Depuis septembre 2011, les autorités américaines s’engagent à répondre (favorablement ou pas) à toute pétition ayant rassemblé au moins 100 000 signatures en trente jours. Son pendant russe, baptisé Initiative civique russe (www.roi.ru), laisse douze mois aux citoyens pour en totaliser un nombre équivalent. Le gouvernement promet alors de traiter les doléances en vue d’éventuels projets de loi.

L’œil du Kremlin

Parmi les premières pétitions, la plus rassembleuse exige d’interdire aux fonctionnaires d’acquérir des véhicules de plus de 1,5 million de roubles (environ 37 000 euros). Un moyen de lutter contre la corruption, quand peu de Russes croient à l’efficacité des mesures prises par le pouvoir dans ce domaine. L’idée a recueilli plus de 14 000 signatures en moins de vingt-quatre heures.

La deuxième pétition la plus populaire est plus… inattendue. En trois semaines, 10 000 citoyens ont signé pour que soit assouplie la législation actuelle prohibant la moindre goutte d’alcool au volant ! La Webdémocratie à la russe a cependant encore des progrès à faire.

Dès lors qu’Internet et politique s’entremêlent, le Kremlin n’est jamais loin. Ainsi, début avril, un ancien cadre de Vkontakte.ru ? le principal réseau social du pays, loin devant Facebook ? a reconnu publiquement avoir collaboré avec celui-ci, à la suite des révélations de la Novaya Gazeta.

Ce journal d’opposition a publié des mails échangés entre la direction du site (dont son fondateur Pavel Durov) et les services secrets russes. Le FSB, successeur du KGB, a ainsi obtenu des renseignements sur des opposants ayant participé aux manifestations de protestation contre la fraude électorale qui avait entaché les élections législatives de décembre 2011. Le réseau Vkontakte aurait même bloqué l’activité de certains groupes anti-Poutine.

Passage à l’ouest

Les ennuis de Pavel Durov ne faisaient que commencer. Quelques jours après le début du scandale, il a été visé par une enquête policière. Une Mercedes blanche appartenant à Vkontakte a en effet renversé et légèrement blessé un policier dans une ruelle de Saint-Pétersbourg. Or Pavel Durov est soupçonné d’avoir été au volant du véhicule…

Ultime avanie pour le Zuckerberg russe : UCP, un fonds d’investissement russe, a racheté par surprise 48 % des parts de son réseau social. Comme il ne détenait que 12 % du capital, il n’a pu s’y opposer. Depuis, une chaîne de télévision du pays a rapporté que l’homme travaillait aux Etats-Unis sur un nouveau projet de site, baptisé Telegra.ph. Un instrument qui lui permettrait, selon la rumeur, de récupérer les utilisateurs de Vkontakte s’il venait à perdre le contrôle de ce dernier…

Crédit photo : Boris SV