Alors que les entreprises ont déjà massivement adopté, certes à des échelles diverses, le cloud public, les grands opérateurs assistent à un tassement de leur croissance. L’objectif n’est plus uniquement de conquérir de nouveaux clients mais également de chiper ceux du concurrent. De quoi déclencher une guerre des prix.

Pour IDC, du milieu des années 2000 au début des années 2010, l’adoption du cloud public par les entreprises a surtout été poussée par une proposition « coût-efficacité » radicalement nouvelle. En éliminant les coûts initiaux d’acquisition de matériels et en adoptant une approche Opex, l’idée d’une IT « centre de coût » s’en trouvait bouleversée d’autant que l’IT gagnait par la même occasion une réactivité et une agilité permettant de lancer de nouveaux projets et de renouer avec l’innovation. Et pour enfoncer le clou, AWS annonçait régulièrement des baisses de coûts de ses services pour satisfaire cette focalisation sur les gains.

Les discours ont ensuite changé. Dès le milieu des années 2010, d’autres propositions de valeurs du cloud public ont pris le dessus sur les coûts. Les entreprises ont compris que le cloud avait quand même un coût, que ce qui n’était pas « cloud natif » se révélait coûteux, et l’attrait du cloud public se situait ailleurs notamment dans la richesse des services proposés, dans l’agilité procurée, dans la capacité à tester rapidement des innovations (IA, edge computing, RPA et automatisation) ainsi que dans la possibilité d’y trouver des réponses simples à des problèmes jusqu’ici complexes notamment en matière de collaboration, de sécurité et de PRA/PCA. D’ailleurs, l’étude IaaSView 2019 d’IDC montre que moins de la moitié des personnes interrogées ont utilisé « le coût total de possession » comme facteur principal dans l’évaluation de leurs fournisseurs de cloud.

Les grands clouds se sont ainsi focalisés ces dernières années à proposer toujours plus de nouveaux services et les concurrents d’AWS, partis bien après, ont petit à petit comblé une grande partie de leur retard au point même de proposer désormais des services nouveaux non disponibles ailleurs.
Reste que, si le marché est bien loin de saturer, il n’affiche plus depuis près d’un an les croissances phénoménales de ces dernières années. Les entreprises ont massivement adopté le cloud public, pas pour l’intégralité de leur IT, mais à chaque fois qu’elles y voyaient du sens et un avantage. Elles ont aussi appris à ne pas mettre tous leurs œufs dans un même panier et ont découvert les avantages du multicloud ainsi que ses inconvénients. En manque de visibilité et de prédictibilité des coûts du cloud, les entreprises ont cherché ces derniers mois à retrouver un plus grand contrôle de leurs assets dans le cloud et de leurs dépenses.

Pour Deepak Mohan, directeur de recherche chez IDC, la crise économique aidant, « la notion de rentabilité des investissements cloud redevient l’une des grandes priorités des entreprises. La proportion croissante du budget IT alloué au cloud impose désormais de remettre l’accent sur les coûts des nuages publics. Les entreprises se refocalisent sur l’efficience et le ROI dans leurs décisions Cloud ».

Les entreprises vont commencer à faire davantage pression sur les clouds pour obtenir des rabais et faire des économies.

Parallèlement, la concurrence des clouds se fait de plus en forte. Et la tentation de démarrer une guerre des prix pour chiper les entreprises à la concurrence croit mois après mois.

Toutefois, comme le rappelle IDC, la nouvelle guerre des prix qui s’annonce sera très différente de celle que l’on a pu connaître au démarrage des premières offres clouds.

Car les économies d’échelle des grands fournisseurs de cloud ralentissent mécaniquement avec la maturité du marché. « Les leviers d’optimisation des coûts approchent de la saturation en termes de rentabilité » explique Deepak Mohan. « Et la plupart des principaux fournisseurs de cloud ont désormais des investissements substantiels dans les systèmes logiciels et matériels sous-jacents utilisés pour fournir leurs services, et ce levier est lui aussi proche de la saturation ».

Ces phénomènes de saturation imposent désormais aux fournisseurs de cloud public d’imaginer de nouveaux leviers pour relancer une guerre des prix. IDC a observé trois grandes tendances :
– L’amélioration du coût global des opérations grâce à des partenariats logiciels, des intégrations et des offres groupées : selon IDC, près de la moitié des Workloads déployés dans le cloud public sont des progiciels commerciaux standard. Une opportunité pour les fournisseurs de cloud qui vont pouvoir jouer sur des effets « bundle » et proposer aux clients des offres traduisant une réelle amélioration des coûts de possession et d’opérations de ces workloads.

– Une focalisation sur les cas d’usage qui offrent le plus d’optimisations possible : les fournisseurs de cloud sont en mesure d’identifier les cas d’usage spécifiques sur lesquels l’entreprise cliente a le plus à gagner et dès lors lui proposer des tarifs spécifiques.

– Continuer d’améliorer les économies d’échelle en allant plus loin dans la personnalisation de la chaîne d’approvisionnement et en éliminant les intervenants. On voit par exemple AWS développer ses propres processeurs ou encore Azure déployer ses propres FCPA. Cela devrait permettre aux fournisseurs de se démarquer les uns des autres et de réduire encore les tarifs des services.

Autrement dit, une nouvelle guerre des prix s’annonce entre les fournisseurs de cloud public. Mais ces derniers vont devoir jouer sur de nouveaux leviers pour conserver leur rentabilité. Aux entreprises de savoir en tirer profit et mettre la pression sur leurs prestataires… Elles en auront d’autant plus de facilité qu’elles auront connaissance des leviers sur lesquels les fournisseurs peuvent encore agir.


Source : A New Cloud Price War Unfolds