Antoine Gourévitch
Directeur associé senior – The Boston Consulting Group Paris
 

Le patrimoine applicatif se construit au fil du temps pour répondre aux différents besoins de l’entreprise. Il résulte d’une demande des métiers pour développer l’activité (faciliter, par exemple, la mise en place d’un nouveau circuit de distribution ou d’une conception plus flexible des produits), d’exigences opérationnelles comme l’automatisation des processus métiers, de contraintes techniques afin, notamment, d’adapter ou de maintenir les systèmes legacy), d’obligations réglementaires (liées à Bâle II dans le secteur bancaire par exemple) et, enfin, de décisions stratégiques prises par l’entreprise (restructurations ou fusions/acquisitions par exemple).

Par conséquent, dans de nombreuses entreprises, l’accumulation de demandes successives des métiers, associée à une gouvernance trop faible pour dire « non » ainsi qu’à l’absence d’objectifs clairement définis, a généré un environnement applicatif complexe, souvent hétéroclite, avec des architectures techniques différentes, des données redondantes et des applications parfois obsolètes.

Pourtant il existe de nombreux leviers pour simplifier le patrimoine. Repérer, rationaliser les applications redondantes et en remplacer certaines par d’autres, plus efficaces ou moins complexes, permet d’optimiser les coûts de façon significative. Dans certaines entreprises établies depuis des décennies, il est ainsi possible de se passer de près de 40% des applications et de réduire de 20% les coûts informatiques. Après une analyse de son patrimoine, une banque européenne a ainsi conclu que plus de 50% de ses 500 applications pouvaient être arrêtées, et que près d’un tiers pouvaient même être supprimées sur le champ.

De plus, rationaliser le patrimoine applicatif ne permet pas seulement de réduire les coûts informatiques récurrents, le « run ». La simplification de l’environnement applicatif peut aussi améliorer la rentabilité de la fonction informatique en jouant sur les coûts liés au « change ». Le « change », qui pèse 20 à 40% de l’activité IT, concerne les projets visant à transformer l’entreprise. Une IT dont le patrimoine applicatif aura été simplifié sera plus rapide et plus agile, et donc plus à même de faciliter l’innovation de l’entreprise et le développement de nouveaux produits.

Pour qu’une stratégie de rationalisation du patrimoine applicatif soit efficace il faut réunir trois conditions sine qua non :
• Une volonté claire et un engagement des dirigeants de l’entreprise ;

• Un financement approprié sous forme de « taxe de simplification », dont chaque projet informatique devra s’acquitter pour favoriser la rationalisation ;

Un suivi attentif du décommissionnement des applications, via un tableau de bord de la simplification permettant de contrôler l’avancement de la simplification et de faciliter la communication des résultats aux dirigeants.