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Retour sur les grands évènements IT 2025 (partie 2)
Par Laurent Delattre, publié le 01 janvier 2026
Depuis septembre, l’actualité IT a changé de tempo comparée à la première partie de l’année. Moins d’effets d’annonce « IA partout », davantage de mise en production, de piles intégrées, de standardisation et… de rapports de force. L’agentique n’est plus un horizon, c’est un chantier d’industrialisation qui démarre vraiment en 2026 et qui touche autant les clouds, les postes clients, la donnée, que les workflows métiers et créatifs. C’est ce qui ressort des grandes conférences IT qui ont rythmé cette deuxième partie de 2025.
La première partie de 2025 avait acté une bascule : l’IA cesse d’être un simple copilote pour devenir une mécanique agentique qui recompose l’IT « de bout en bout », avec une obsession croissante pour la gouvernance, la traçabilité, la sécurité et la convergence data/IA. Ainsi, toutes les grandes conférences IT du début d’année (cf notre résumé « les grands évènements IT 2025 : partie 1 ») nous ont vendu les promesses des Agents IA et d’un monde à l’automatisation plus intelligente.
Le second semestre aura confirmé cette trajectoire, mais l’aura aussi rendu plus concrète et plus contraignante pour les DSI. D’abord parce que les fournisseurs ne vendent plus des briques isolées : ils poussent des stacks de production « AI built-in », où les modèles, les agents, la donnée, l’observabilité et les garde-fous sont pensés comme un système cohérent, quitte à resserrer le verrouillage technologique. Ensuite parce que la question n’est plus « quel modèle ? », mais « quelle chaîne de fabrication ? » : du stockage vectoriel au runtime d’agents, des CPU/accélérateurs aux couches sémantiques, des politiques de sécurité aux outils de customization, l’ère agentique va nous imposer une modernisation des infrastructures, de nouvelles piles logicielles, et une refonte des processus métiers comme des bonnes pratiques de cybersécurité.
Autre information de cette fin d’année, les LLM frontières que l’on pensait bloqués par un plafond de verre et très sérieusement menacés par des SLM plus agiles, exécutables en local et hautement personnalisables, ont trouvé une nouvelle dynamique, repoussé les frontières et démontré que l’IA continuait de progresser de façon spectaculaire que ce soit dans la capacité à raisonner dans la durée, à coder à grande échelle, à métamorphoser l’ingénierie logicielle ou à générer des images et des vidéos toujours plus spectaculaires de réalisme.
Enfin, 2025 a vu émerger un fil conducteur qui pèsera en 2026 : la bataille des standards et des couches d’orchestration. Le Model Context Protocol (MCP) s’impose déjà comme un candidat incontournable au rôle de connecteur universel entre agents, données et outils, tandis que l’agentique descend au niveau du socle (OS, base de données, stockage, cloud privé). Autrement dit : en 2026, les DSI ne choisiront pas seulement des produits, mais des « plans d’exécution » complets avec des arbitrages plus politiques (souveraineté, dépendances, énergie), plus économiques (coût par token, FinOps de l’IA) et plus opérationnels (gouvernance by design).
Retour sur les grands évènements qui ont rythmé cette seconde partie d’une année IT et IA 2025 qui restera comme un tournant…
VMware Explore 2025 : l’an II de l’ère Broadcom
Broadcom assume un « Cloud Reset » : VMware Cloud Foundation 9.0 devient le socle unique, avec une promesse offensive de cloud privé « nativement IA », intégrant la pile Private AI (catalogue de modèles, runtime, agent builder, base vectorielle, services d’indexation) et musclant la cyber-résilience. Le message aura été reçu haut et clair par les DSI : simplifiez, standardisez, rapatriez une partie des workloads et acceptez, en échange, une intégration très structurante pour l’architecture… comme pour les choix de sortie.
Apple 2025 : les iPhone 17 ne manquent pas d’Air…
Une Keynote sans rupture, mais révélatrice d’une stratégie : itérer fort sur le matériel (dont un iPhone Air) et construire Apple Intelligence sans précipiter de « révolution IA » et au prix d’une attente persistante (et de plus en plus douloureuse pour les fans) sur Siri. Apple met en avant une trajectoire orientée « ingénierie » plutôt que démonstration, avec des priorités qui parlent aux entreprises (stabilité, sécurité, performance durable) et une plateforme IA qui avance à son rythme… petit rythme…
OpenAI DevDay 2025 : ce qu’il faut en retenir…
OpenAI accélère sa mue d’un laboratoire de modèles à un constructeur de systèmes complets, avec une ambition « AI web » mêlant infrastructure (Stargate), outils et usages, et une logique d’écosystème plus frontale face aux plateformes historiques. Côté développeurs, la firme met en avant son AgentKit qui cherche à simplifier la création d’Agents IA mais aussi ses ChatGPT Apps via un Apps SDK s’appuyant sur MCP, tout en cadrant la distribution (déploiement initial hors UE, app store et monétisation à venir), un cocktail qui pose immédiatement des questions de gouvernance, de conformité et de dépendance applicative. Mais un cocktail qui devrait particulièrement animé ChatGPT et l’écosystème IA en 2026…
Dreamforce 2025 : Marc Benioff rend l’IA raisonnable
Salesforce change de ton : moins de messianisme, plus d’adoption, avec AgentForce présenté comme un outil de transformation du travail plutôt qu’un gadget de démo. Les cas d’usage mis en scène (Pandora, PepsiCo, FedEx) insistent sur l’orchestration entre agents, collaboration (Slack) et données, avec un accent très « DSI-compatible » sur la confidentialité, les règles et le contrôle dans des flux métiers concrets.
IBM TechXchange 2025 : l’IA agentique gouvernée
IBM pousse une IA « branchée sur le réel » : création d’agents démocratisée (intégration de Langflow dans watsonx Orchestrate), modernisation logicielle avec Project Bob, et surtout un plan de contrôle unifié de l’infrastructure via Project Infragraph, issu du rachat de HashiCorp. Un fil rouge pour nous rappeler que l’IA agentique ne vaut que si elle est gouvernée, observable, et capable d’opérer de bout en bout sur des environnements hybrides et multi-cloud.
NetApp Insight 2025 : ce qu’il faut en retenir…
NetApp transforme le stockage en infrastructure de données « intelligente » pour l’IA, avec les baies AFX présentées comme des « usines à IA » : ONTAP, design exascale, capacité d’agrégation massive et nœuds de calcul dédiés pour indexer et préparer la donnée sans pénaliser les workloads. Le message est double : la performance ne suffit plus, il faut une donnée prête à l’entraînement, à l’inférence et à la protection mais également un stockage qui devient acteur actif des pipelines IA.
Oracle AI World 2025 : les 10 annonces clés à retenir…
En renommant CloudWorld en AI World, Oracle acte sa thèse : l’IA n’est plus une couche ajoutée, elle doit être « built-in ». Point d’ancrage : la base de données, avec Database 26ai et l’intégration native des AI Vectors pour rapprocher recherche sémantique, workloads IA et données opérationnelles sans replatforming massif. Un positionnement qui vise clairement les DSI en quête de trajectoires pragmatiques : moderniser, vectoriser, gouverner, sans reconstruire tout le SI.
Adobe MAX 2025 : l’IA s’invite partout, la créativité aussi
Adobe fait entrer l’agentique dans les outils : assistants intégrés à Creative Cloud, édition conversationnelle et automatisation de gestes experts, jusqu’à des fonctions qui transforment la production vidéo et image au quotidien. Et surtout, l’éditeur industrialise la « content supply chain » avec GenStudio et Firefly Foundry (modèles propriétaires entraînés sur les assets de marque), signe que l’IA créative devient un sujet de gouvernance, de conformité et de productivité à l’échelle entreprise, pas seulement un sujet de designers.
GTC Fall 2025 : Nvidia fait des USA le cœur battant de l’IA
Nvidia met en scène une colonne vertébrale IA « made in USA » : supercalculateurs géants (Solstice, Equinox) au DOE, GPU Blackwell à grande échelle, et nouvelle génération Infiniband (Quantum-X800) pensée pour relier des dizaines de milliers de GPU comme une usine cohérente. Oui, la chaîne IA se joue aussi sur l’accès au compute, au réseau, et aux écosystèmes nationaux, avec une dimension géopolitique de plus en plus assumée.
OVHcloud Summit 2025 : l’Europe de l’IA prend la parole
OVHcloud remet l’IA (et le quantique) au centre de sa narration, avec un discours très européen et très « efficacité énergétique » : partenariat avec SambaNova pour l’inférence, et mise en avant de choix d’architecture orientés performance/prix/empreinte carbone. Côté usages, l’hébergeur pousse une IA agentique plus « souveraine par conception » avec OmisimO enrichi et SHAI, agent de codage open source exécuté en local, pour aller vers l’idée d’un « jumeau numérique professionnel » par entreprise.
Microsoft Ignite 2025 : l’IA agentique gagne en maturité
Microsoft pousse une stratégie agentique de bout en bout (Azure, Microsoft 365, Windows), avec une volonté claire de passer du « Copilot gadget » à une fabrique d’agents sécurisés et orchestrables à l’échelle.
Dans ce nouvel univers, la donnée devient « carburant continu » des agents : OneLake, mirroring, bases revisitées et surtout Fabric IQ comme couche sémantique métier pour alimenter des agents avec un contexte gouverné, au-delà des bricolages RAG.
Parallèlement, Windows 11 est repositionné comme un OS « AI natif » : l’agentique descend au poste de travail, ce qui promet des gains d’usage… tout en posant frontalement la question du contrôle, de la surface d’attaque et de la gouvernance locale.
AWS re:Invent 2025 : l’IA agentique industrielle
AWS déroule une vision très industrielle : processeurs maison (Graviton5) et sécurité « prouvée » (Nitro Isolation Engine), modèles Nova 2 et Bedrock comme hub, runtime AgentCore, et une pile data qui se « vectorise » directement dans S3 avec S3 Vectors… Bref, tout pour fabriquer et opérer des agents à grande échelle au meilleur coût. L’enjeu devient le coût et la fiabilité du système complet (infra + data + modèles + gouvernance), plus que la course au modèle le plus spectaculaire.
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