À la tête de la filiale française du nº 1 européen des datacenters, Stéphane Duproz mène sa carrière comme sa vie, avec instinct, engagement et humanité. 

En 1986, Stéphane Duproz n’arrive pas à imaginer la suite de son aventure après son passage à l’IEP de Strasbourg. Il sait seulement qu’il aime les responsabilités humaines et voit dans la politique la possibilité d’une voie. Mais voilà, après Science Po, la perspective de se fondre dans le moule d’un énarque ne l’enchante pas vraiment. Rien de surprenant fi nalement pour quelqu’un qui a été plongé dans la diversité dès son plus jeune âge, naviguant de la Martinique à Madagascar. C’est le temps de la réfl exion, et d’un service national de la coopération qui le propulse attaché culturel au consulat général de France à Sydney. Il y découvre les responsabilités, les réseaux de la diplomatie et surtout le monde anglosaxon, côté chefs d’entreprises et autorités locales. Ainsi, une mission officieuse est confiée au jeune Français : créer un musée dédié à l’action des marins français dans le Pacifi que au XVIIIe siècle, et en particulier au comte de La Pérouse. Ce musée fut off ert en 1988 en cadeau offi ciel de la France à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’Australie. « Ce fut une expérience aussi extraordinaire qu’enrichissante, j’avais 25 ans, j’ai appris le relationnel, mais aussi une certaine forme d’humilité dans ces relations », se souvient Stéphane Duproz.
 
De retour en France, il devient consultant en stratégie commerciale et financière. Cette période se révèle alors être « une extraordinaire école de mé- thodes », dont il applique encore aujourd’hui les fondements. À l’aube des années 90, la fenêtre des opportunités reste grande ouverte pour Stéphane Duproz, qui va même renouer avec sa passion artistique en devenant le directeur commercial d’un studio de cinéma. Le déclic qui oriente durablement sa carrière se situe en 1996 et se nomme Internet. Le réseau mondial n’en est qu’à ses balbutiements, la France ne compte que quelques dizaines de sites web d’envergure, mais Stéphane Duproz est convaincu d’assister aux prémices d’une grande révolution. Il abandonne ses activités et part à l’assaut d’un secteur quasi vierge, guidé par l’intuition que son avenir s’écrira dans le Net.
 
Calvacom, l’un des rares FAI français de l’époque, donne sa chance à ce trentenaire sans expérience en informatique, mais redoutablement convaincant. Après avoir réussi à vendre aux entreprises des prestations qui n’existent pas sur le marché, Stéphane Duproz est nommé directeur commercial de Calvacom, le temps que le fournisseur d’accès soit avalé par PSINet, opérateur d’envergure mondiale. Il est maintenu à son poste et prend aussi en charge le marketing. Tout s’accélère alors dans un business où il faut à la fois inventer les services, persuader les grands patrons du potentiel d’Internet et satisfaire aux demandes de croissance de la maison-mère américaine. Du miel pour Stéphane Duproz qui prend la direction générale de PSINet, puis la direction européenne des acquisitions pour porter la logique multinationale du groupe. « À ce moment, j’ai été réellement convaincu que tout repose sur les hommes ». En 2000, il goûte à l’aventure start-up, mais la bulle Internet éclate et douche ses ambitions. Il rejoint plus tard la stabilité et prend en France les rênes de Redbus Interhouse, spécialiste anglais des datacenters. Il les gardera en main en 2005 lors de la fusion avec Telecity qui forme aujourd’hui TelecityGroup
 
Depuis, il dirige la filiale française de l’opérateur pan-européen sans se lasser d’être aux avant-postes d’une activité au cœur de l’IT d’aujourd’hui et de demain, et qui « voit se modifier la société ». Avec son expertise reconnue, il devient en 2011 vice-pré- sident du Cesit (Comité des exploitants de salles informatiques et télécom). En 2013, il est également nommé vice-président de l’EUDCA, l’association européenne des datacenters. Son plaisir ? La responsabilité, qu’il insuffle à chacun de ses collaborateurs. Son crédo ? Ne jamais être indispensable et toujours se préparer à un futur job encore inconnu.
 
• Frédéric Bergonzoli