Apple, Google, Motorola et même Lenovo. Les géants des high-tech produisent à nouveau aux Etats-Unis. Explications d’un phénomène inattendu.

« Le premier smartphone conçu et assemblé aux États-Unis ». Pour signer son retour (espéré) au premier plan, Motorola soigne déjà son image. Le groupe américain, devenu une filiale de Google, a surpris la semaine passée en annonçant que son nouveau smartphone, le Moto X, sera fabriqué dans une usine du Texas. Celle-là même qui, par le passé, assemblait des téléphones portables pour Nokia. Conséquence : 2.000 emplois devraient ainsi être créés.

Motorola n’est pas la seule société high-tech à rapatrier une partie de sa production aux États-Unis, où 5,5 millions d’emplois industriels ont été détruits entre 2000 et 2009. Il y a deux semaines, Apple officialisait aussi la production de Mac dans le Texas. « Nous allons investir 100 millions de dollars », avait promis Tim Cook, le PDG du groupe à la pomme.

Les Google Glass seront-elles fabriquées (au moins au début) en Californie ? L’an passé, la firme de Mountain View avait déjà localisé la production (depuis stoppée) du Nexus Q aux Etats-Unis. Et le Chinois Lenovo (qui avait racheté l’activité PC d’IBM) est aussi de la partie : il assemblera des ordinateurs et des tablettes en Caroline du Nord.

Ce mouvement de retour repose d’abord sur une volonté marketing. La campagne de communication qui accompagnera le lancement du Moto X cet été devrait ainsi lourdement insister sur ce point. Selon un sondage réalisé par l’institut Gallup, près de deux tiers des Américains privilégieraient un produit fabriqué aux Etats-Unis. Cependant, ces bonnes intentions ne se traduisent pas toujours en acte d’achat.

Amadouer les politiques et la population

Il est aussi question d’image : quoi de mieux pour Apple qu’une usine modèle aux États unis pour contrebalancer les images et les témoignages souvent accablants des usines de Foxconn, son principal sous-traitant, en Chine ?

Motorola évoque par ailleurs des raisons industrielles : le site texan sera plus proche de ses bureaux de Chicago ce qui va permettre de « corriger et d’innover plus rapidement », explique son PDG Dennis Woodside.

Dans le même temps, l’impact à la hausse sur les coûts de production est plus faible qu’il n’y paraît. D’abord parce qu’une partie des composants de ces smartphones, PC et tablettes proviendront toujours d’Asie. Ensuite, parce que les salaires ont stagné aux États-Unis quand ils ont eu tendance à augmenter en Asie, même si l’écart demeure considérable. S’y ajoute une très forte baisse des coûts de l’énergie grâce à l’émergence des gaz de schiste. Et parfois aussi des incitations fiscales des collectivités locales.

Malgré tout, la principale raison pourrait bien être ailleurs : en décidant de rapatrier la production, les géants de la high-tech espèrent amadouer les politiques américains. Ce n’est ainsi pas un hasard si la confirmation officielle d’Apple est intervenue au cours de son audition devant une Commission du Congrès américain l’interrogeant sur ses pratiques fiscales. Google doit lui faire face à des procédures pour abus de position dominante.

Ces grands groupes n’hésitent jamais à mettre en avant le nombre d’emplois qu’ils ont créés « au pays », comme une excuse justifiant le reste. Des investissements limités et quelques milliers d’emplois ne sont finalement qu’un faible prix à payer par rapport aux potentielles retombées.