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12 innovations qui redessinent le futur du PC

Par Laurent Delattre, publié le 04 décembre 2023

Visioconférence, télétravail, métavers, IA générative… Les nouveaux usages appellent des innovations techniques et ergonomiques qui remodèlent le futur du PC et le visage du poste de travail. Certaines d’entre elles ouvrent de nouvelles pistes pour couvrir des besoins métiers jusqu’ici insatisfaits…

Au-delà de sa virtualisation, le poste de travail physique évolue lui aussi, influencé par la transformation des usages, à commencer par la généralisation des pratiques du télétravail. Enrichi par les innovations technologiques, il se transforme aussi pour mieux s’adapter aux améliorations logicielles, dont notamment l’arrivée des IA génératives. Afin de couvrir des scénarios métiers originaux et/ou nouveaux, les constructeurs multiplient les trouvailles ergonomiques et les facteurs de forme (taille, forme, agencement des composants, etc.). Ces innovations ne sont pas toujours perçues par les DSI alors qu’elles peuvent débloquer des besoins de transformation restés figés par un manque d’appareils adéquats ou dégager de la valeur en proposant de nouvelles expériences aux collaborateurs. Florilège de douze innovations qui, combinées, offrent un visage au PC du futur bien différent de celui d’avant la pandémie… 

Afin de couvrir des scénarios métiers originaux et/ou nouveaux, les constructeurs multiplient les trouvailles ergonomiques et les facteurs de forme (taille, forme, agencement des composants, etc.)

1 – Des écrans tactiles pour une meilleure expérience collaborateur

Toujours boudés par Apple pour ses Mac, les écrans tactiles sont plutôt bien implantés dans l’univers PC.

Toujours boudés par Apple pour ses Mac, les écrans tactiles sont plutôt bien implantés dans l’univers PC. Même si finalement 80% des PC vendus en sont dépourvus. Même sur les segments supérieurs (PC au-delà de 800 €), les ventes de PC tactiles dépassent difficilement les 29 % de parts de marché, selon IDC. Pourtant, les écrans tactiles métamorphosent les interactions avec les contenus, les rendant plus directes, plus intuitives et plus immersives. À condition que l’appareil s’adapte à un tel usage pour éviter une fatigue excessive du bras ou des épaules. Le succès des Surface Pro, du Surface Studio et des « deux-en-un » de Dell, HP, Lenovo ou Acer en témoignent. Le tactile impose un design de PC un peu différent du format classique pour être aussi convivial que promis. Certes, Microsoft a mis longtemps à adapter Windows à ces gestuelles particulières, mais semble y être enfin parvenu avec les dernières itérations de Windows 11 et de Edge. Un comble pour un constructeur dont 100% des PC « Surface » ont un écran tactile.

« Pour s’adapter aux nouveaux modes de travail hybrides, les entreprises abandonnent les PC fixes au profit de portables légers et bien équipés, avec parfois un chargeur pour le bureau et un autre pour la maison. Parallèlement, elles sont confrontées à des enjeux de green IT et cherchent à réduire le nombre d’équipements par collaborateur. L’équation n’est pas toujours simple à résoudre. »

Thomas Escoffier, consultant senior,
Manel Dachraoui, supervision senior consultant, Columbus Consulting

2 – Interagir autrement avec son PC

Le futur du PC est déjà là : L’écran ProArt Display autonome d’Asus pour afficher, par exemple, les palettes d’options.
L’écran ProArt Display autonome d’Asus pour afficher, par exemple, les palettes d’options.

Les Zenbook Duo d’Asus sont équipés, au-dessus du clavier, d’un écran tactile tout en largeur, le ScreenPad Plus qui accueille des barres d’outils sans réduire le canevas de travail. On peut aussi y placer des fenêtres d’applications en arrière-plan sur lesquelles on veut garder un œil, étendre la surface du bureau, en utiliser une partie pour disposer d’un espace de signature avec un stylet, etc. S’inspirant ouvertement des travaux d’Asus, Lenovo a lancé son ThinkBook Plus G3, un PC 17 pouces dont le clavier dispose d’un écran tactile secondaire vertical de 8 pouces aux usages multiples. Dans le prolongement de son ScreenPad Plus, Asus a également produit un écran externe autonome ProArt Display que l’on peut ajouter à n’importe quel PC mobile. Il joue à la fois le rôle d’écran externe et de panneau tactile pour de nouvelles interactions avec son PC. Cet écran est tout en largeur avec une résolution atypique de 1 920 par 550 pixels. Présenté comme un outil pour créatifs en situation de mobilité, il peut aussi séduire bien des directions métiers ou des DSI en quête de nouveaux systèmes de pilotage et d’interaction afin de satisfaire des besoins métiers spécifiques. Il peut typiquement être utilisé pour afficher en temps réel ses e-mails ou des fils twitter sans empiéter sur l’écran principal, pour afficher les barres d’outils des logiciels Adobe sans masquer une partie du canevas, pour afficher des fenêtres secondaires, ou encore comme une sorte de tablette graphique. L’appareil peut être placé verticalement ou horizontalement, ce qui multiplie les cas d’usage.

Le ThinkBook Plus G3 de Lenovo arbore un écran tactile secondaire.
Le ThinkBook Plus G3 de Lenovo arbore un écran tactile secondaire.

3 – Le PC du futur offrira un nomadisme multi-écrans

Certains constructeurs essayent de réinventer les expériences utilisateur en créant des PC embarquant deux moniteurs, dont un peut servir de clavier tactile comme ici avec le Lenovo Yoga Book 9i.
Certains constructeurs essayent de réinventer les expériences utilisateur en créant des PC embarquant deux moniteurs, dont un peut servir de clavier tactile comme ici avec le Lenovo Yoga Book 9i.

Pour bien des utilisateurs, un écran ne suffit plus pour être productif. Autant les postes fixes sont régulièrement équipés de deux à six écrans, autant les postes mobiles se contentent souvent d’un seul écran. Tout comme Apple avec sa fonctionnalité Sidecar, Windows supporte en standard un affichage distant sur des tablettes, pour transformer ces dernières en second écran. Et il existe aussi des écrans mobiles (alimentés par le port USB ou dotés de batterie) à l’instar de l’Innoview Portable Monitor (16 pouces), de l’Asus ZenScreen (15,6 pouces), ou encore des modèles d’Arzopa. Certains constructeurs essayent de réinventer les expériences utilisateur en créant des PC embarquant deux moniteurs, dont un peut servir de clavier tactile. L’idée avait été initiée par Microsoft avec son projet avorté Surface Neo. Depuis, deux acteurs explorent ce potentiel : Asus avec son Zenbook Fold à écran pliable, et Lenovo avec son Yoga Book 9i. Dans un esprit un peu différent, le fabricant chinois propose aussi le ThinkBook Twist, dont le capot supérieur porte un écran en technologie e-ink très pratique pour prendre des notes. Selon Lenovo, cet écran rend les utilisateurs plus attentifs en réunion et répond à des usages nécessitant saisie au stylet et longue durée d’utilisation.

4 – Et si le futur du PC était un mini-PC ou doté d’écrans extensibles

Le facteur de forme d’un PC influe sur les usages. Quand la place manque, quand l’extrême mobilité s’impose, quand le look joue un rôle essentiel dans le hall d’un building ou sur la caisse d’un magasin, le choix du PC se fait d’abord sur ce facteur de forme.

Le Zotac ZBox PI430AJ, peut se glisser dans la poche.
Le Zotac ZBox PI430AJ, peut se glisser dans la poche.

Du côté des « desktops », la tendance est au mini-PC (qui peut se cacher derrière l’écran par exemple), voire au PC format pocket. Mac Mini, Mac Studio, Dell Optiplex 3000, le Kubb du français Bleu Jour, les Intel NUC… désormais petite taille ne rime plus avec performances réduites. Quant au Zotac ZBox PI430AJ, il peut même se glisser dans la poche.

Côté mobilité, les constructeurs explorent de nouvelles pistes grâce aux écrans extensibles. Pour l’instant, seuls des prototypes ont été dévoilés, les dalles OLED enroulables devant encore être fiabilisées. Mais le concept permettra prochainement de proposer des smartphones qui se transforment en tablettes ou des PC très mobiles dont l’écran s’étend en grand format lorsque la place ne manque pas.

5 – Des « tout-en-un » en quête de modularité

Les tout-en-un ont mauvaise presse. De tous les formats d’ordinateurs, c’est écologiquement celui qui affiche l’empreinte numérique la plus désastreuse. Et pour cause : lorsqu’il tombe en panne, il est souvent plus simple de tout changer. Et aucune évolution de l’électronique n’est possible alors que CPU et GPU évoluent bien plus vite que les technologies d’écran. Alors, pourquoi devoir tout changer sur sa Surface Studio 28 pouces ou son iMac 24 pouces quand on a simplement besoin d’un GPU plus performant ou de plus de mémoire ? Intel a bien mis au point une technologie pour résoudre ce problème : les « Compute Element », des sortes de cartes enfichables contenant CPU et GPU. Le français Bleu Jour a expérimenté le concept avec son « Loop », mais n’a pas rencontré le succès escompté. Avec la pression sur la réduction de l’empreinte numérique et la réparabilité, le concept du tout-en-un évolutif devrait logiquement refaire surface.

Le Compute Element d'Intel propose de renforcer l'évolutilité d'appareils où le CPU/GPU ont besoin d'être changés.
Le Compute Element d’Intel propose de renforcer l’évolutilité d’appareils où le CPU/GPU ont besoin d’être changés.

6 – Des NPU pour des postes plus intelligents

Windows 11 dispose de fonctionnalités connues sous le nom de Windows Studio Effects, uniquement disponibles sur les machines à processeur ARM (Surface Pro X par exemple). Pourquoi ? Parce que, contrairement aux processeurs Intel x86, les chips ARM intègrent en standard un accélérateur d’inférence ou NPU (Neural Processing Unit) qui booste l’exécution des inférences IA.
Désormais, Microsoft veut des NPU partout. Cela pourrait même être un prérequis à Windows 12. Ainsi, tous ses prochains PC Surface en intègreront. L’univers x86 va donc devoir s’y conformer. AMD est le premier à dégainer. Sa nouvelle série de processeurs mobiles Ryzen Pro 7000 embarque un moteur IA dédié, appelé Ryzen AI accélérant un certain nombre de modèles IA. Il a été codéveloppé avec Microsoft.

Microsoft veut des NPU partout. Cela pourrait même être un prérequis à Windows 12.
Microsoft veut des NPU partout. Cela pourrait même être un prérequis à Windows 12.

7 – Des écrans 3D relief pour s’affranchir des casques

Le port d’un casque reste le principal frein à l’extension des usages professionnels de la réalité mixte et des métavers. Asus a lancé cette année deux modèles de PC dotés d’écrans Spatial Vision, des écrans Oled utilisant une technologie d’affichage 3D relief sans lunettes : le ProArt Studiobook 16 3D Oled et le Vivobook Pro 16X 3D Oled. L’effet relief, saisissant, s’active et se désactive d’une touche. La fonction est particulièrement pratique pour les infographistes 3D qui peuvent travailler plusieurs heures sur un modèle 3D avec une vision classique, puis à tout moment activer le mode relief pour contrôler le résultat visuel en vraie 3D.

Asus a lancé cette année deux modèles de PC dotés d’écrans Spatial Vision, des écrans Oled utilisant une technologie d’affichage 3D relief sans lunettes : le ProArt Studiobook 16 3D Oled et le Vivobook Pro 16X 3D Oled.

8 – Essor des casques de réalité mixte ?

En annonçant son Vision Pro, Apple vient de redynamiser le marché somnolant de la réalité mixte, des métavers et du « spatial computing ». Ces technologies ne prennent pas dans le grand public, essentiellement pour des questions de coût et de confort, mais se sont déjà largement imposées en entreprise avec les jumeaux numériques et les besoins de support / intervention à distance (en santé, nucléaire, chantiers, etc.). La sortie du Vision Pro confirme deux tendances : l’intégration de la captation et de la restitution du monde physique pour mixer monde virtuel et physique ; ainsi que la captation des mouvements des doigts pour éviter l’usage de manettes dédiées. Des technologies que l’on retrouve dans le nouveau casque Quest 3 de Meta, le ThinkReality VRX de Lenovo ou encore le Lynx R-1 du français Lynx Mixed Reality.

La réalité mixte (ici avec le Lynx R-1) promet de nouvelles possibilités liées à l’usage des jumeaux numériques.
La réalité mixte (ici avec le Lynx R-1) promet de nouvelles possibilités liées à l’usage des jumeaux numériques.

9 – Le PC du futur doit simplifier la visioconférence

La visioconférence est entrée dans les usages avec la pandémie. Les fabricants veulent simplifier l’expérience. Dell a lancé une nouvelle gamme d’écrans « Video Conferencing Monitor » certifiés Teams avec Webcam 5MP intégrée, haut-parleurs en façade, micros anti-bruits ambiants, boutons d’appel. Des acteurs comme Logitech ou Poly proposent des barres de vidéoconférence avec IA intégrée pour zoomer sur la personne qui s’exprime et la garder cadrée au centre de l’image. En outre, des acteurs comme Dell, Yealink, Crestron, Lenovo ou HP ont aussi développé des appareils dédiés, compatibles avec les solutions pour salles de conférence Teams Rooms, Zoom Rooms, Google Meet Hardware et Cisco Webex Room. Dans un esprit différent, d’autres solutions visent à rendre les réunions plus interactives et efficaces à l’instar de Beekast et Klaxoon.

Yealink comme d'autres travaillent à rendre les systèmes de visioconférence plus performants.
Yealink comme d’autres travaillent à rendre les systèmes de visioconférence plus performants.

10 – ARM Inside, Intel 32 bits outside… la donne sur le CPU change

En basculant son univers Mac vers ses puces maison à architecture ARM, Apple a lancé un pavé dans la mare et désarçonné à la fois Intel, AMD, Qualcomm et Microsoft. Ce dernier fait aujourd’hui le forcing pour imposer ARM sur les PC en s’appuyant sur Qualcomm. Des efforts peu concluants, mais force est de constater que ces derniers mois, le catalogue d’apps Windows en ARM natif s’est bien enrichi. De nouveaux processeurs ARM pensés pour Windows chez Qualcomm, mais aussi chez Mediatek pourraient enfin permettre à ce marché de décoller. De son côté, Intel rêve de se défaire enfin de l’existant 16 et 32 bits qui alourdit ses processeurs actuels et handicapent sa capacité à lutter contre ARM en termes de rapport performance/prix et de basse consommation. Il vient de proposer une nouvelle architecture 64 bits « x86S », débarrassée des composants de compatibilité 16 et 32 bits. De son côté, Microsoft plancherait sur un Windows Core OS également débarrassé de l’historique, avec l’idée d’aller chercher les besoins de compatibilité via le DaaS et le streaming d’applications depuis le cloud. On en saura peut-être plus avec Windows 12 l’an prochain.

De nouveaux processeurs ARM pensés pour Windows chez Qualcomm, mais aussi chez Mediatek pourraient enfin permettre à ce marché de décoller. Le PC du Futur sera ARM ou ne sera pas ?

11 – Une réparabilité encore limitée

Réduire l’empreinte du numérique du PC passe aussi par une extension de sa longévité et l’opportunité de leur donner une seconde vie. Et pour ça, il va falloir des PC mobiles bien plus réparables qu’aujourd’hui. La réparabilité est le nouveau cheval de bataille des fabricants. Si tous font des efforts, Dell travaille depuis plusieurs années sur son concept Luna, un PC mobile modulaire ultra-réparable (et presque sans outil).

Dell travaille depuis plusieurs années sur son concept Luna, un PC mobile modulaire ultra-réparable. L'archétype du PC du futur ?
Dell travaille depuis plusieurs années sur son concept Luna, un PC mobile modulaire ultra-réparable.

12 – L’IA générative sera à tous les étages du PC du futur

L’IA générative n’en est qu’à ses débuts, mais elle impacte déjà très profondément nos façons de travailler. Sa faculté à s’insérer aisément dans tous les processus existants explique en partie son succès. Elle est aujourd’hui présente dans les recherches web, dans les outils bureautiques, dans les outils CRM-ERP-Marketing-RH, dans les outils de création visuelle… Elle s’invite désormais également au sein du système. Lors de la Build 2023, Microsoft a annoncé Windows Copilot pour permettre aux utilisateurs de discuter avec le système et avec leurs documents, voire demander à Windows de réaliser pour eux des tâches utilisant des fonctionnalités qu’ils ne maîtrisent pas.

Le PC du futur sera équipé d'un OS dopé à l'IA générative.
L’IA générative au coeur du système.

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