Samir Amellal (France Travail) : « Nous concevons désormais des outils utilisés à la fois par des humains et des IA »

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Samir Amellal (France Travail) : « On conçoit désormais des outils utilisés à la fois par des humains et des IA »

Par Laurent Delattre, publié le 16 septembre 2026

Sur le plateau d’IT for Business à Big Data & AI Paris 2026, Samir Amellal, Directeur général adjoint de France Travail, détaille une transformation qui va bien au-delà du chatbot ou du copilote. L’IA commence à agir dans les processus, à modifier les outils des conseillers et à pousser France Travail à repenser son système d’information. Avec une ligne rouge clairement revendiquée : toutes les décisions ne doivent pas finir entre les mains des machines.

Chez France Travail, l’IA n’est pas arrivée avec ChatGPT. Computer vision, machine learning et algorithmes étaient déjà présents depuis plusieurs années.
Mais l’essor de l’IA générative, puis de l’IA agentique, a changé l’échelle des possibles et accéléré la transformation des usages comme du système d’information.
Sur le plateau d’IT for Business à Big Data & AI Paris 2026, Samir Amellal, Directeur général adjoint de France Travail, Deputy CEO en charge des technologies de l’information et membre du comité exécutif, est venu expliquer comment l’opérateur public entend passer des expérimentations à des usages profondément intégrés aux métiers, sans perdre de vue les questions de responsabilité, d’éthique et de contrôle humain.

« L’IA générative, après la crise du Covid-19, a accéléré un certain nombre de choses. On a pu observer l’émergence de possibilités qui n’apparaissaient pas jusqu’à maintenant. Cela nous oblige à repenser notre approche, nos systèmes d’information et notre accompagnement des demandeurs d’emploi, des conseillers de France Travail et des entreprises. »

Faire disparaître la charge administrative

Premier terrain de jeu : tous ces irritants quotidiens qui prennent du temps sans réellement créer de valeur.

« On a une charge administrative et mentale qu’on impose à nos agents, mais aussi aux demandeurs d’emploi et aux entreprises. L’IA nous permet de superposer des outils qui vont réduire cette charge, parce qu’on va demander à des agents IA d’exécuter un certain nombre de tâches qui n’ont pas de valeur ajoutée particulière mais qui sont nécessaires. »

Mais Samir Amellal prévient : ajouter quelques assistants à l’existant ne suffira pas.

« Si on veut avoir un impact très profond et pas trop anecdotique, on a vocation à refondre notre système d’information et nos outils à l’aune de ce que l’IA peut faire. Aujourd’hui, nos outils ont été conçus pour être utilisés par des humains. Maintenant, on conçoit des outils qui ont vocation à être utilisés à la fois par des humains et des IA. Et ça change tout. »

France Travail travaille notamment à la refonte d’OSCAR, utilisé pour l’accompagnement des entreprises, et de NOVA, destiné à l’accompagnement des demandeurs d’emploi.

L’ordinateur peut enfin quitter la conversation

Certains usages sont déjà très concrets. Le demandeur d’emploi peut, par exemple, rendre compte de ses démarches à la voix.

Autre scénario, plus spectaculaire : l’IA accompagne directement l’entretien avec le conseiller.

« On a des outils qui nous permettent de mettre l’ordinateur de côté. Tout l’échange, avec l’acceptation du demandeur d’emploi, est écouté. Le dossier se met à jour, les propositions s’affichent pendant l’échange. Cette barrière entre le demandeur d’emploi et l’agent est mise de côté. L’échange est beaucoup plus naturel. »

Et les idées ne descendent pas uniquement de la DSI.

« On a une approche très ascendante, très bottom-up. Les agents nous font part de leurs irritants, des difficultés qu’ils rencontrent, et sur cette base-là on déploie des solutions. »

Des agents IA, oui. Sans lâcher le volant

Avec l’IA agentique, arrive néanmoins une question autrement plus sensible : jusqu’où laisser la machine agir ?

« Quand une décision ou une action est prise par une intelligence artificielle, il faut être capable de tracer, de décider quand l’action peut être menée et quand elle fait appel à une responsabilité humaine. Et, le cas échéant, il faut pouvoir l’expliquer. »

France Travail s’appuie notamment sur un comité d’éthique et conserve certaines décisions dans le domaine humain.

« Il y a un certain nombre d’actions ou de décisions qu’on refuse de confier à des IA parce qu’elles peuvent avoir un impact sur la vie des demandeurs d’emploi. Elles peuvent éclairer un avis, mais la décision finale, dans un certain nombre de cas, reste entre les mains d’un être humain. »

Exemple : la détection de comportements potentiellement abusifs. L’IA peut identifier des signaux ou faire remonter un risque.

Et la DSI n’échappera évidemment pas à sa propre médecine : développement, revue de code, CI/CD, support… tout est concerné.

« Il y a vingt ans, moi qui étais développeur, j’étais très sceptique sur le fait qu’un jour on puisse être remplacé. Maintenant, je vois ce que l’IA est capable de faire. On voit bien qu’elle est capable de produire du code de plutôt bonne qualité. »

Le message est limpide : chez France Travail, l’IA n’est déjà plus seulement un assistant. Elle devient progressivement un nouvel acteur du système d’information.

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