Gouvernance
À l’ère de l’IA, le manager de proximité doit changer sa posture
Par Xavier Biseul, publié le 01 octobre 2026
En rendant la connaissance et l’expertise plus accessibles, l’IA remet en cause la légitimité du cadre intermédiaire. Pour ne pas devenir un frein à son adoption, il doit passer d’un rôle de contrôleur à celui de facilitateur.
Fin février, Jack Dorsey, patron de Block, un spécialiste des systèmes de paiement, licencie 40 % de ses effectifs, soit plus de 4 000 employés. Comme les autres dirigeants américains de la tech, le cocréateur de Twitter justifie ses suppressions de postes par les gains de productivité apportés par l’IA, mais pas seulement.
Quelques semaines plus tard, il se fend d’un très long billet, coécrit avec un associé du fonds Sequoia Capital. Pour les deux auteurs, l’IA redéfinit le modèle d’organisation même de l’entreprise. En traitant des volumes d’information inaccessibles aux humains, les systèmes d’IA sont en mesure de répartir intelligemment le travail et de réduire les délais de décision.
Forte de ces avantages, l’IA a vocation à supprimer les managers de proximité, cette couche intermédiaire hiérarchique devenue inutile. La technologie est appelée à faire vaciller la pyramide hiérarchique là où les concepts d’entreprise libérée ou d’holocratie ont échoué. On peut voir, dans la théorie de Jack Dorsey, la pensée froide d’un ingénieur oubliant l’importance de l’intelligence émotionnelle pour gérer les conflits et arbitrer les situations difficiles.
L’adoption de l’IA étant davantage organisationnelle que technique, « le manager de proximité peut, en revanche, devenir un point de blocage de la transition en cours s’il n’adopte par la bonne posture », estime Alain Manoukian, fondateur de Croissance & Coaching. Il l’appelle à quitter son rôle de contrôleur pour se muer en superviseur de « talents augmentés », de « leader facilitateur ».
Jusqu’à présent, un manager pouvait artificiellement tenir sa légitimité de la rétention de l’information ou de la maîtrise d’une expertise.

Alain Manoukian
Fondateur de Croissance & Coaching
« Pour favoriser l’adoption de l’IA, le manager doit devenir un promoteur du changement, un leader facilitateur. »
Avec l’IA générative, ce savoir devient plus accessible et immédiat. « Quand produire devient plus facile, le manager n’est plus seulement attendu sur la connaissance, mais aussi sur ce qui rend cette connaissance utile, fiable, actionnable », estime de son côté le cabinet myconnecting dans un livre blanc dédié au « Management à l’ère de l’IA ».
Là où l’IA produit des réponses brutes, le cadre intermédiaire donne du sens au travail, rappelle les principes de qualité et d’éthique, favorise l’intelligence collective. « Le manager doit devenir promoteur du changement, donner envie aux membres de son équipe d’expérimenter, de révéler leurs potentiels », poursuit Alain Manoukian.
Pour aider les collaborateurs à surmonter la crainte de voir l’IA les remplacer, le manager doit lui-même être rassuré sur sa place dans l’entreprise. Pour Alain Manoukian, la stratégie IA doit être définie et normée par la direction générale puis déclinée sur le terrain, tout en laissant aux équipes une marge d’autonomie suffisante pour s’approprier les usages.
Leviers essentiels de cette transition, les managers de proximité doivent être accompagnés et bénéficier d’un programme de formation et de coaching. L’occasion de renforcer leurs compétences comportementales d’écoute ou d’empathie.
Au final, le manager sera peut-être le grand gagnant de la révolution en cours. « En se libérant grâce à l’IA d’une partie des tâches de micro-management, le manager peut lever la tête et se concentrer davantage sur la vision, l’accompagnement et le développement de ses collaborateurs », conclut Alain Manoukian. Soit l’essence même du management.
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