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Data centers dans l’espace : vers l’infini, et au-delà !
Par La rédaction, publié le 09 octobre 2026
Elon Musk rêve d’envoyer ses prochains data centers dans l’espace, où l’énergie solaire est abondante. Si l’idée est séduisante, ces centres de données spatiaux resteront chers et consacrés à des tâches spécifiques.
Par Gildas Bouteiller, Directeur associé au Boston Consulting Group (BCG)
Nom de code : Terafab. Début 2026, Elon Musk a dévoilé sa dernière vision, une usine de semiconducteurs capable de répondre à la demande conjointe de Tesla et de sa société spatiale SpaceXAI. Le site devra produire au Texas un térawatt de puissance de calcul par an, soit presque la capacité totale de production d’électricité des États-Unis.
Alimenter et refroidir autant de processeurs s’avère quasi impossible sur Terre. C’est pourquoi il compte en envoyer une bonne partie… Dans l’espace.
L’idée n’a rien d’utopique. Les centres de données terrestres se heurtent actuellement à trois limites : la saturation des réseaux électriques, la rareté des terrains disponibles et les préoccupations liées à la sécurité physique et numérique des infrastructures. La solution est au-dessus de nos têtes. Déployer des constellations de data centers en orbite héliosynchrone (donc toujours exposées au soleil) garantirait une alimentation constante en électricité. Leur refroidissement, lui, s’effectuerait alors de façon passive, par rayonnement infrarouge. Enfin, les pays envoyant leurs données en orbite s’assureront de garder la main sur leurs informations, puisqu’elles ne transiteraient par aucun réseau ou territoire étranger.
Le coût du lancement
Sans remplacer les centres terrestres, les SBDC (spacebased data centers) vont devenir une réalité commerciale complémentaire dans les dix prochaines années, selon un récent rapport du BCG. D’ici 2040, une tâche demandée à une IA sur huit pourrait être traitée en orbite. À condition, toutefois, de relever plusieurs défis technologiques.
Le premier consiste à faire baisser les coûts de lancement de tels systèmes. Ils se montent aujourd’hui à environ 1 500 $ par kilo et représentent la barrière la plus forte. Les futurs lanceurs lourds réutilisables pourraient cependant réduire ces coûts d’environ 90 %.
Le deuxième est celui du refroidissement. Dissiper la chaleur résiduelle produite par les puces suppose de la véhiculer vers de gigantesques panneaux radiateurs qui la rayonneront ensuite vers le noir de l’espace. Ces radiateurs augmentent considérablement le poids des satellites et leur coût de lancement.
Le temps de latence
Vient ensuite la question du rayonnement solaire. Pour résister à des radiations 20 à 30 fois supérieures à celles de la surface terrestre, les processeurs devront être lourdement blindés.
Pour transmettre les données, pas question de se contenter d’ondes radio : les débits sont trop lents. Seules des liaisons lasers optiques pourront assurer le service attendu. Et encore, les applications exigeant un temps de réponse en temps réel devront rester sur Terre. Les SBDC ne seront pertinents que pour des tâches pouvant être effectuées avec un peu de latence.
Reste enfin la question de la maintenance. Si l’on ne parvient pas à la confier à des robots, la durée de vie d’un satellite restera comprise entre 5 et 7 années.
L’intégration verticale
Lever ces contraintes ne garantirait pas la viabilité financière des SBDC pour autant. À l’heure actuelle, leur coût total de possession est 2,5 à 3 fois plus élevé que celui des infrastructures terrestres. Dans le meilleur des scénarios, il restera 1,2 à 1,5 fois supérieur dans 10 ans. C’est pourquoi seuls des acteurs capables de combiner une capacité de production de masse avec une intégration verticale sur l’ensemble de la chaîne de valeur – comme Elon Musk – peuvent en espérer un avantage compétitif.
Les entreprises utilisatrices doivent donc continuer à investir dans les infrastructures d’IA terrestres. Leur remplacement n’est pas pour tout de suite. Néanmoins, les organisations gérant des données souveraines, spatiales ou classifiées seraient avisées de réfléchir dès aujourd’hui à de futurs partenariats. Les investisseurs, eux, ont intérêt à miser leur argent sur les fournisseurs de liaisons optiques ou de puces résistantes aux radiations.
Car cette strate intermédiaire engendrera des revenus, quels que soient les gagnants de ce marché. Enfin, les gouvernements peuvent commencer à identifier leurs futurs cas d’utilisation des SBDC et à préparer le cadre réglementaire. Qu’il porte sur la souveraineté de leurs données… Ou sur la responsabilité des débris spatiaux qui risquent bien de proliférer.
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