Soumis à des contraintes commerciales, ArianeGroup utilise désormais massivement la réalité virtuelle pour raccourcir les temps de conception de ses lanceurs.

« Visualiser en 3D immersive plutôt qu’en 2D/3D facilite la réflexion », avance Christophe Reig, responsable de la réalité virtuelle chez ArianeGroup. « Les objectifs sont de visualiser le produit à échelle 1 et de détecter le plus en amont possible tous les risques de collision, de télescopage entre les différents composants. Ce sont souvent les événements transitoires qui posent problème », souligne-t-il.

Ce qui passe notamment par la prise en compte de la cinématique de tous les éléments matériels et aussi des mouvements des opérateurs. « Par exemple, pour l’accès à des trappes », illustre le responsable.

Pour aider à résoudre ces problématiques, ArianeGroup utilise la réalité virtuelle depuis 2010.

Il y a quelques années, l’entreprise a choisi de recourir à la solution SkyReal en vue de remplacer la solution de RV utilisée à l’époque. Un choix naturel, cette start-up spécialisée étant un spin-off d’Airbus Group.
Depuis, l’utilisation de cette technologie s’est banalisée pour le design. Depuis deux ans, elle est employée dans plusieurs processus de conception d’Ariane 6. Des chefs de projets ont intégré cette étape virtuelle dans le cadre de la revue de conception produit  / outillages et de validation des processus industriels (montage des pièces, tests, maintenance). Autre avantage, l’historisation des tests effectués en RV facilite la rétro-ingénierie.

Techniquement, le logiciel de RV est relié au système d’information. « Un connecteur avec notre outil de PLM Teamcenter permet une mise à jour des composants. L’outil importe également les fichiers Catia provenant des bureaux d’études des partenaires , détaille Christophe Reig. L’outil est agnostique en termes d’équipement. Il peut être utilisé avec des casques Oculus, HTC… La seule contrainte est que chaque modèle de casque doit être impérativement validé par notre service de cybersécurité », souligne-t-il.
À l’issue de la simulation, une fonctionnalité baptisée BackToCad permet de renvoyer les modifications, des trajectoires de pièces par exemple, dans des fichiers au format Catia.

Si un retour sur investissement strictement financier n’a pas été défini, « l’utilisation de cette technologie réduit aujourd’hui considérablement les boucles de prise de décision, les itérations sur les conceptions, tout comme le nombre de maquettes réelles. Par exemple, les temps de conception ont été divisés par deux pour définir le design préliminaire de la tuyauterie d’un moteur nouvelle génération d’Ariane 6 », ajoute-t-il.

Cette approche limite également les allers-retours entre les différentes entités du groupe grâce aux possibilités de travail collaboratif offertes par la solution de RV. Un avantage d’autant plus sensible qu’ArianeGroup est implanté sur plusieurs sites distants.

Aujourd’hui, Christophe Reig envisage de passer sur la dernière version de Skyreal, utilisable dans un système d’immersion de type Cave, donc sans casque. « Nous sommes en cours de tests », conclut-il.

L’ENTREPRISE

ACTIVITÉ : Industrie spatiale
EFFECTIF : 9 000 employés
CA  2019 : 2,76 Md€