Le pilotage des coûts fait, depuis longtemps, partie du quotidien des directions informatiques. Aujourd’hui, ils doivent relever un autre défi. Dans un contexte budgétaire toujours aussi contraint, il leur faut moderniser le système d’information et accompagner la transformation digitale de l’entreprise.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior, BCG

Placées au cœur de la révolution numérique, les DSI sont très attendues sur cette équation aussi complexe que stratégique. Et la crise née de la pandémie Covid-19 accentue encore la pression.

La solution, nous en sommes convaincus, réside dans une profonde transformation de l’organisation et des méthodes de travail. Une mutation qui passe par la mise en place d’une stratégie de plateformes. Seule cette nouvelle configuration peut soutenir le déploiement à l’échelle de collaborations agiles entre les différentes équipes techniques, fonctionnelles et opérationnelles. Elle facilite le développement de nouveaux services ou produits, accélère leur mise sur le marché et augmente de façon significative la productivité.

Les dernières innovations autour des interfaces applicatives, de l’intelligence artificielle ou encore des machines apprenantes créent les conditions du déploiement de ce modèle d’organisation en plateformes, inaugurant ainsi une nouvelle articulation entre la technologie et l’humain.

Une plateforme regroupe, sur un environnement technologique, une communauté de collaborateurs autour d’intérêts et de projets communs. Cette organisation IT facilite la culture collaborative et le travail transdisciplinaire, fait gagner en autonomie, accélère les process et les cycles d’innovation.

On recense quatre typologies de plateformes, susceptibles d’interagir entre elles grâce à une architecture modulaire et au cloud computing.

Les plateformes business intègrent des équipes techniques et business à même de développer et de mettre sur le marché de nouvelles solutions digitales en maîtrisant les projets d’un bout à l’autre.
Les plateformes technologiques, elles aussi structurées verticalement, travaillent sur de nouveaux outils technologiques qui répondent aux besoins technologiques des plateformes business.
Les deux autres plateformes fonctionnent sur un modèle d’intégration horizontale.
Les plateformes de communautés de métiers rassemblent des experts du digital. Ils construisent, partagent et déploient de bonnes pratiques et de l’expertise sur des sujets d’intérêt commun comme l’expérience utilisateur, l’interface utilisateur ou encore l’intégration des systèmes.
Enfin, les plateformes transversales assurent le pilotage, la gouvernance et la coordination entre des fonctions stratégiques comme la gestion des data, la cybersécurité ou les relations avec les fournisseurs.

Pour tirer pleinement parti du potentiel de ces plateformes, il est essentiel de déployer de nouvelles méthodes de travail et de garder en tête cinq règles fondatrices.
Les équipes des différentes plateformes doivent disposer d’une certaine autonomie dans la prise de décision tout en respectant les standards de gouvernance fixés par l’entreprise.
L’ergonomie et l’organisation IT doivent être centrées utilisateur et client.
Les technologies d’avant-garde doivent être optimisées et mutualisées.
Les deux dernières règles concernent directement les ressources humaines : pour faire vivre cette organisation en plateformes, des compétences de plus en plus pointues sont indispensables, et une bonne gestion des talents devient cruciale.
Mais cela ne suffit pas, et la cinquième règle consiste à structurer et à diffuser dans toute l’entreprise une culture et des méthodes agiles.

Les plateformes représentent un formidable levier pour créer l’entreprise de demain, une entreprise bionique, plus résiliente et plus performante. Cette combinaison entre l’humain et la machine libère le potentiel de la révolution numérique. Nous avons observé les résultats d’une stratégie de plateformes dans un grand groupe. La productivité a augmenté de 25 % à 50 %. La mise sur le marché est passée de 2 à 3 ans à moins de 12 mois et les coûts IT ont été réduits de 20 % à 30 %.