EUDI Wallet, le nouveau bouclier européen de l’identité numérique

Gouvernance

eIDAS 2.0 et l’EUDI Wallet : le bouclier européen contre l’extraterritorialité américaine

Par La rédaction, publié le 08 septembre 2026

L’EUDI Wallet pourrait devenir l’une des briques centrales de la souveraineté numérique européenne. En redonnant aux utilisateurs la maîtrise de leurs données d’identité, eIDAS 2.0 entend aussi réduire l’exposition des entreprises européennes aux lois extraterritoriales.


Par Pierre Feligioni, CEO de Signaturit Group


Beaucoup d’entreprises européennes pensent être protégées dès lors qu’elles respectent le RGPD et hébergent leurs données en Europe.
En réalité, cette protection est souvent plus fragile qu’elle n’en a l’air. Le principal risque ne vient pas forcément d’un mauvais usage interne des données, mais d’une loi américaine adoptée en 2018 dont les implications restent encore largement sous-estimées.
En face, la réponse européenne n’est pas uniquement juridique, elle est aussi technique et architecturale.

Un droit américain qui dépasse les frontières

Le Cloud Act de 2018 pose une règle simple : toute entreprise américaine (quelle que soit la localisation de ses serveurs) peut être contrainte de remettre des données à des autorités américaines. Et parfois sans même en informer ses clients.

Microsoft, Google, Amazon, Salesforce : si vous utilisez leurs services, vos données sont potentiellement concernées. Non pas parce que ces entreprises sont mal intentionnées, mais parce qu’elles n’ont légalement pas le choix.

Face à ce constat, beaucoup d’entreprises mettent en avant leur conformité au RGPD. C’est indispensable, mais loin d’être suffisant. Le RGPD encadre bien les usages abusifs en interne, mais il n’a pas été pensé pour interdire une puissance étrangère d’accéder aux données d’une entreprise nationale.

L’arrêt Schrems II de la Cour de Justice de l’UE en 2020 l’a démontré : le Privacy Shield a été invalidé parce que les programmes de surveillance américains contournaient ce que les garanties européennes pouvaient tolérer. Quant au Data Privacy Framework, qui l’a remplacé en 2023, il reste lui aussi juridiquement fragile.

Ainsi, tant que les données résident chez un opérateur soumis au Cloud Act, aucun contrat ne constitue une protection absolue.

Et eIDAS 2.0 changea la donne

Ratifié en mars 2024, avec un déploiement obligatoire dans tous les États membres avant fin 2026, le règlement eIDAS 2.0 ne met pas seulement à jour les règles de la signature électronique, il redéfinit où réside la donnée d’identité.

Dans le modèle actuel, l’identité numérique est stockée chez un fournisseur de services, dans une base de données centralisée et hébergée sur un cloud. Ce fournisseur est donc naturellement, un point de saisie possible.

Avec l’EUDI Wallet, le modèle s’inverse. La donnée ne réside plus chez le fournisseur : elle est stockée dans le wallet du citoyen (ou de l’entreprise) sous sa propre maîtrise. Grâce au mécanisme de Verifiable Credentials, c’est le titulaire qui décide quand, à qui et dans quelle mesure il partage un attribut d’identité. Il n’existe plus de base de données centrale à laquelle faire référence. Et ceci n’est pas une promesse, puisqu’il s’agit du standard W3C Verifiable Credentials, déjà déployé dans plusieurs pilotes européens.

Une infrastructure qui prend forme rapidement

Quatre grands consortiums pilotent aujourd’hui le déploiement de l’EUDI Wallet en Europe : POTENTIAL, EWC, DC4EU et NOBID. Les cas d’usage sont nombreux : ouverture de compte bancaire à distance, accès aux services publics transfrontaliers, signature électronique qualifiée entre pays européens.

L’ampleur du mouvement est confirmée par les chiffres puisque Gartner anticipe que 500 millions d’utilisateurs de smartphones utiliseront régulièrement un wallet d’identité digital d’ici 2026. Ce n’est pas un marché de niche mais un changement d’infrastructure.

Les organisations qui continuent de confier leurs signatures et identités à des acteurs non qualifiés au regard d’eIDAS prennent un retard structurel et s’exposent de plus en plus sur le plan juridique. Dans les secteurs de la banque, de l’assurance et de la santé où la localisation des données est déjà un critère d’audit, ce retard pourrait s’avérer très préjudiciable.

L’obligation de déploiement des EUDI Wallets arrive à échéance fin 2026. Les acteurs qui s’y intègrent dès maintenant prennent une avance certaine en matière d’interopérabilité, de qualification et de confiance.

eIDAS 2.0 et l’EUDI Wallet ne doivent surtout pas être perçus comme une contrainte supplémentaire. Ce sont au contraire les outils par lesquels l’Europe affirme que la confiance numérique ne peut pas être entièrement déléguée à des acteurs étrangers.

Pour les décideurs, adopter dès maintenant des solutions certifiées eIDAS revient à anticiper une évolution inévitable tout en se protégeant concrètement. Il ne s’agit pas de choisir entre performance et conformité car sur ce point précis, la conformité devient elle-même un avantage compétitif.

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