Un nouveau virage technologique attend les entreprises. Étroitement lié au développement à grande échelle de l’Internet des objets (IoT), l’edge computing vient compléter l’offre du cloud.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé sénior, BCG

L’accélération de la transformation digitale née de la crise du Covid et l’arrivée de la 5G devraient encore amplifier la croissance de l’IoT appelée à doubler de 2019 à 2024. Derrière les quelque 20 milliards d’objets et de capteurs connectés, une véritable révolution se profile.

Un monde d’intelligence décentralisée porte de nombreuses ruptures dans les modèles économiques (la santé à distance), les comportements et les process industriels. Plus que jamais, la maîtrise des flux de données devient un enjeu crucial. Situé à la périphérie des architectures du cloud computing, l’edge computing en est la pièce maîtresse. Cette technologie de pointe permet de réaliser la collecte, le stockage et l’exploitation des informations au plus près de l’emplacement physique de l’utilisateur final ou de la source des données.

Cette forme décentralisée de cloud offre de nombreux avantages. L’edge réduit la latence des communications entre les appareils d’IoT et les réseaux centraux, renforce la fiabilité et la sécurité des opérations informatiques périphériques et optimise les coûts de bande passante.

Ces atouts libèrent le potentiel de la transformation digitale dans de nombreux secteurs. Selon nos estimations, six cas d’usage représenteront plus des trois-quarts du marché en 2024. Les transports connectés et l’industrie 4.0 y contribuent pour plus de la moitié. La voiture intelligente, devenue autonome, traduit particulièrement bien les enjeux de l’edge. De puissants algorithmes d’apprentissage automatique capables de superviser la conduite et détecter des accidents sont nécessaires. La proximité et la rapidité du traitement des données conditionnent la robustesse du système. Dans le secteur industriel, la surveillance et la maintenance à distance adossées aux technologies de l’IoT devraient croître de 23 % par an. De grands groupes commencent à déployer l’edge autour de solutions de machine learning en temps réel. Suivent ensuite des applications prometteuses dans la réalité augmentée, les réseaux électriques intelligents, la robotisation et la vidéosurveillance.

Les pionniers sur l’edge computing disposeront donc d’un avantage concurrentiel certain. Toutefois, intégrer cette technologie dans de grandes organisations, s’approprier l’expertise, le savoir-faire et les pratiques nécessaires à son déploiement ne vont pas de soi.

Comme pour toute technologie de pointe émergente, des freins de différents ordres doivent être levés. Du point de vue technique, l’edge, à la fois partie prenante et indépendante du cloud, exige une architecture de cloud computing mature. Or, beaucoup d’entreprises n’ont pas encore achevé leur migration.

Plus déterminante encore, la gestion des ressources humaines joue un rôle clé dans la conduite des transitions technologiques. Au niveau du management et du leadership, les décideurs ont besoin de comprendre les bénéfices techniques et de les traduire en opportunités de développement en ligne avec la stratégie digitale globale. L’entreprise doit également pouvoir s’appuyer sur de solides compétences digitales et sur des méthodes de travail agiles.

Enfin, pour entrer dans l’ère de l’edge, il faut se rapprocher de son écosystème. Tous les acteurs de la tech ‒ fournisseurs du cloud, opérateurs télécoms, fabricants de matériel informatique, mais aussi des industriels comme Tesla‒ y sont présents et investissent dans de nouvelles offres de services.

Plus exigeant que le cloud, l’edge implique à la fois des compétences en hardware, software et en connectivité. Des start-up se lancent aussi dans la bataille et développent des solutions « end to end ». C’est le cas, par exemple, de Samsara dans le transport connecté.

Comme pour chaque vague de la révolution digitale, les entreprises ne peuvent se permettre de rester à l’écart sous peine de se retrouver rapidement hors jeu. L’edge computing fait partie de ces ruptures stratégiques à surveiller de près.