[Chronique de Shangai] Le monde numérique chinois vit en vase clos, sans quasiment aucune connexion avec l’Occident. Ses entreprises pourraient conquérir le monde. Mais, pour le moment, elles se contentent de le grignoter par la face est.

Peut-être avez-vous lu “ Le Monde perdu ” d’Arthur Conan Doyle dans vos jeunes années ? Eh bien, lorsque je suis arrivé en Chine, je me suis un peu senti dans la peau du professeur Challenger, qui découvre un territoire inexploré et rapporte de son expédition un ptérodactyle pour convaincre le public de ce qu’il a vu.

Pourquoi ce parallèle ? Parce que le monde numérique chinois vit en vase clos, sans quasiment aucune connexion avec l’Occident. Il suffit juste de remplacer les dinosaures par des start up !

On peut même filer encore plus loin la métaphore. Comme dans “ Le Monde perdu ”, dans la version “ Jurassik Park ” de Spielberg cette fois, on croise en Chine des clones recréés de toutes pièces. Google possède ainsi un double oriental avec Baidu. Sina Weibo, Tencent ou Netease sont des répliques de Twitter. Renren est le clone local de Facebook et Jiepang celui de Foursquare… Je passe sur les copies d’Instagram, Pinterest et autres réseaux d’échanges de photos…

Naissance d’un “ social commerçant ”

Ces entreprises pourraient conquérir le monde. Mais, pour le moment, elles se contentent de le grignoter par la face est, en s’implantant d’abord dans toutes les régions sinophones. C’est tout juste si les plus avancées tentent des incursions en territoires coréen, indien ou japonais. L’Occident ne semble pas les intéresser. Mais combien de temps cela durera-t-il ?

En Chine, on préfère traiter avec la famille, les voisins, les proches, son “ guanxi ”. C’est sans doute la raison qui explique la récente acquisition de 20 % du capital de Sina Weibo (le réseau social le plus populaire du pays) par le géant de l’e-commerce Alibaba. En 2012, il a vendu pour environ 170 milliards de dollars de marchandises, plus qu’Amazon et eBay réunis. Mais il ne sait pas créer de communautés d’utilisateurs. Sina Weibo, lui, est le champion en la matière, mais a du mal à doper les ventes des sites auxquels il apporte du trafic.

En fusionnant, les deux sociétés vont collaborer dans les domaines de la synchronisation des comptes, de l’échange de données, du paiement et du marketing en ligne et vont donner naissance à un “ social commerçant ” à la puissance de frappe inégalée. Pour faire bonne mesure et aider les clients à entrer dans les boutiques en dur, Alibaba vient de prendre 28 % des parts d’Autonavi, spécialiste des logiciels de navigation. La consolidation du Web chinois est en marche.

Livraisons aléatoires

Du côté des utilisateurs, la demande est là. Les Chinois se connectent massivement via leurs mobiles, les smartphones remplacent peu à peu les téléphones et la tendance ne fait que s’accélérer. Là où ça coince encore, en revanche, c’est chez les vendeurs. Il y aurait certainement une fortune à se faire en proposant des terminaux aux points de vente, des progiciels de gestion pour détaillants ou des systèmes de suivi des stocks.

Car le retard est réel. Dans la rue, les clients ont les yeux rivés sur leur portable, mais impossible, pour les commerçants, de leur envoyer des alertes sur les promotions, ni de les inviter à entrer en boutique pour trouver un vêtement dans leur taille et leur couleur préférée. Et même lorsqu’on commande en ligne, on est presque certain de recevoir une livraison incomplète, faute d’un stock suffisant. Patience… là encore, les choses devraient évoluer rapidement.