Z Atlas : IBM confie à l’IA la mémoire de ses mainframes avant le départ de leurs derniers gardiens

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Avec Z Atlas, IBM veut cartographier ses mainframes avant le départ en retraite de ceux qui les connaissent

Par Laurent Delattre, publié le 28 octobre 2026

Les mainframes sont là depuis longtemps et sont apparemment encore là pour un bon bout de temps. Ce qui n’est pas le cas des informaticiens de la première heure qui en maîtrisent encore les rouages. D’autant qu’avec le temps et la multiplication des interconnexions entre le mainframe et les autres environnements, l’infrastructure s’est métamorphosée en labyrinthe. Avec Z Atlas, Big Blue veut utiliser l’IA agentique pour cartographier ces systèmes, anticiper les conséquences des modifications et accélérer leur modernisation. Tout en préservant sa vache à lait ancestrale et en promettant aux DSI de moderniser sans tout casser.

Arrêtons d’enterrer le mainframe. Selon IBM, ses machines Z font toujours tourner les systèmes critiques de 45 des 50 premières banques mondiales, de 8 des 10 plus grands assureurs et de 7 des 10 premiers distributeurs. Une étude Celent commandée par le constructeur leur attribue même 70 % des transactions mondiales en valeur. Paiements, compensation, contrats d’assurance, réservations aériennes… dans bien des secteurs, la colonne vertébrale du SI reste écrite en COBOL. Et la demande ne faiblit pas : selon Arvind Krishna, PDG d’IBM, la génération z17 a déjà rapporté un milliard de dollars de plus que n’importe laquelle des précédentes. Le mainframe n’a donc pas de problème d’âge, merci pour lui.

Pour autant, les sirènes de « sortie » se font de plus en plus insistantes. L’IA générative promet de réécrire automatiquement les millions de lignes de COBOL et de simplifier le refactoring des applications mainframe. Un simple post d’Anthropic sur les capacités de Claude Code en la matière avait suffi, en février dernier, à faire chuter l’action IBM de 13 %. Pourtant, Gartner prévenait dès le printemps que les choses ne seraient pas aussi simples. Selon l’analyste, 70 % des projets de sortie lancés en 2026 n’atteindront pas les bénéfices escomptés, faute d’avoir mesuré les limites réelles de ces outils.

Car le problème n’est pas dans l’ancestralité du mainframe mais dans la complexité qu’il a induite avec les années. Des décennies d’évolutions, d’applications interconnectées, de couches logicielles et de procédures accumulées ont transformé certains environnements z/OS en véritables boîtes noires. Modifier un composant peut entraîner des conséquences imprévues sur des applications critiques. Et les experts capables de comprendre toutes ces interdépendances sont sur le point de prendre leur retraite, quand ils ne l’ont pas déjà prise.

Et c’est précisément cette complexité devenue boîte noire qu’IBM entend résoudre avec sa nouvelle solution Z Atlas, qui prolonge en quelque sorte les efforts menés avec Bob et sa déclinaison mainframe.

Une cartographie intelligente de toute la pile z/OS

Z Atlas découvre en continu les relations entre infrastructure, middleware, applications, contrôles de sécurité et processus opérationnels afin de construire une représentation dynamique de l’ensemble de l’environnement mainframe.

Cette cartographie doit permettre à des agents IA de comprendre les dépendances entre les différents composants d’une pile z/OS et d’évaluer les conséquences d’une modification avant son déploiement.

Cette cartographie peut aussi être interrogée en langage naturel pour comprendre la subtilité de certaines relations, bâtir un plan de test, évaluer et valider une modification voire produire des preuves pour un audit.

Plus concrètement, lorsqu’un administrateur souhaite mettre à jour un middleware, Z Atlas pourra identifier les applications potentiellement affectées, déterminer les tests nécessaires et coordonner les opérations de validation.

Z Atlas se veut aussi un moyen de s’attaquer à ce qui est, selon IBM, la première cause des arrêts non planifiés sur z/OS : les modifications dont l’innocuité n’a pas été démontrée !

Toutefois, inutile de jouer les autruches. Z Atlas est aussi une façon détournée de capitaliser sur des connaissances qui reposent encore trop souvent sur quelques spécialistes historiques du mainframe. IBM veut ainsi passer d’une administration fondée sur l’expérience individuelle à une gestion reposant sur une connaissance partagée (essentiellement par et avec l’IA) et constamment actualisée du système.

Des gains spectaculaires… encore à démontrer

Les premiers résultats avancés par IBM sont prometteurs. Z Atlas réduirait de 60 à 80 % le temps consacré à rassembler les informations techniques nécessaires à une intervention. Les analyses d’impact et la préparation des plans de tests passeraient de plusieurs heures à quelques minutes. Certaines opérations de provisionnement et de génération de tests, auparavant réalisées en plusieurs semaines, pourraient être ramenées à quelques heures.

Mais ces chiffres proviennent d’IBM et leur reproductibilité dans des environnements particulièrement complexes reste à vérifier.

Autre limite : Z Atlas demeure en préversion, sans calendrier de disponibilité générale ni tarification précisés. IBM insiste également sur le maintien d’une validation humaine des décisions. Il ne s’agit donc pas encore d’une IA administrant seule les systèmes critiques.

Mais ce nouvel outil sonne un peu aussi comme un aveu que bien des DSI doivent être satisfaits d’entendre. Quelque part IBM reconnaît implicitement que les parcs mainframe ont dérivé vers une complexité qui fragilise leur résilience et que les compétences sur ces architectures ne sont plus bien loin de la retraite. Deux constats qui justifient également le lancement d’IBM Bob Premium Package for Z, complément idéal de Z Atlas et qui s’attaque, lui, plus directement au volet de la modernisation des applications COBOL et PL/I.

Enfin, on ne manquera pas de noter le bon timing de Big Blue. DORA impose depuis janvier 2025 aux acteurs financiers une gestion rigoureuse des changements et des tests de résilience documentés : un outil comme Z Atlas qui industrialise les preuves de changement tombe donc à point nommé.

Reste une difficulté linguistique à résoudre. Pour bien des DSI, « moderniser » signifie mettre fin à leur dépendance au mainframe. Pour IBM, « moderniser » signifie simplifier le mainframe pour qu’on le garde, non pour en sortir… Un même mot masque ainsi deux trajectoires IT très différentes.

Photo : IBM

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