En quelques années, les mots du digital sont entrés dans le langage courant. Dans les entreprises jusqu’au plus haut niveau, mais aussi dans notre quotidien, nous parlons du cloud, d’algorithmes, de big data et d’intelligence artificielle. Chaque jour, de nouvelles technologies émergent, toujours plus puissantes, nous annoncent une nouvelle révolution. On les appelle les Deep Tech. Ces start-up s’attaquent à des problèmes réputés insolubles.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

Devenues la clé de lecture de la société et de l’économie de demain, les Deep Tech pourraient bien nous faire passer dans une autre dimension. Mais que savons-nous exactement de ces concepts pointus ? En comprenons-nous le sens et les implications ? Pouvons-nous évaluer leur potentiel et leurs risques sans apprendre à mieux les connaître ?

Face à l’accélération spectaculaire de l’innovation, nous avons voulu prendre du recul, explorer l’histoire des technologies et de leurs inventeurs, challenger la définition de 23 concepts du numérique et mettre ainsi en perspective les défis qui nous attendent.

Un livre est né de ce travail. The Deep Tech Mission Logbook remonte aux racines de la deep tech. Ce voyage nous emmène de l’Antiquité qui voit émerger la notion de « digit » et les mathématiques, jusqu’à l’aube de l’ère de l’intelligence artificielle au XXIe siècle.

À un moment où l’innovation s’intensifie et, parfois, inquiète, ce carnet de route nous rappelle le lien très ancien entre l’homme et la technologie. De cette association sont nées, au fil de l’histoire, des découvertes qui nous ont transformés et sans lesquelles la révolution digitale n’aurait pu advenir.
Ce livre s’adresse à chacun d’entre nous, simple citoyen, dirigeant d’entreprise, leader politique, étudiant ou intellectuel, désireux de devenir acteur du monde de demain.

Nous l’avons découpé en six grandes périodes de l’humanité. Pour chacune d’elles, des concepts sont nés comme autant de jalons sur le chemin de l’innovation. Pour chacune de ces 23 notions du digital, nous proposons des définitions précises, rappelons son origine, ses applications concrètes et son potentiel.

La catégorisation, si stratégique en matière de management et de gouvernance des données, tire sa source dans l’Antiquité du travail d’Aristote. Au XXIe siècle, la blockchain, apparue sur la scène digitale en 2008 pour sécuriser la crypto-monnaie bitcoin, est devenue « rapidement » un outil puissant de traçage et de certification au sein des supply chains, dans les assurances ou dans les transactions financières.
D’autres innovations, au contraire, se déploient sur le temps long, mais portent de profondes ruptures. C’est le cas de l’informatique quantique dont l’histoire commence aux débuts des années 1970 et qui offre aujourd’hui ses premiers ordinateurs.

D’autres parties de notre « abécédaire » nous renseignent sur le marché et le rythme de la course digitale. Les start-up de la deep tech ‒ en opposition avec la première génération de la « shallow tech » ‒ s’appuient sur la recherche fondamentale. En 2018, on en comptait plus de 8 500 pour des investissements de plus de 18 Md$. Le coût d’un prototype peut atteindre 1,4 M$.

Le dernier des concepts abordé dans le Logbook obsède nos entreprises. La révolution digitale, contrairement aux idées reçues, démarre il y a longtemps, entre les années 1950 et les années 1970. Lente à produire ses effets, elle a dû franchir des étapes clés comme la dématérialisation et l’essor d’internet avant de découvrir son vrai visage. Car cette révolution ne ressemble pas aux deux autres révolutions industrielles. C’est une révolution de l’information qui amène à un véritable changement de paradigme.

L’intelligence artificielle, portée par l’exponentielle quantité de données partagées et la puissance de calcul attendue de l’informatique quantique, en sera sans doute l’aboutissement et le symbole.

La technologie ne peut plus continuer à être considérée comme une simple fonction support ou un outil laissé à la seule main des spécialistes. Pour entrer dans ce nouveau monde, la technologie et l’homme doivent cheminer ensemble. Comme ils l’ont fait par le passé.