Le réseau social d’entreprise est l’archétype de la solution d’entreprise qui pose problème. Il ne permet pas de gérer l’activité comme un ERP mais nécessite de faire évoluer les pensées. Un chantier complexe.

Dans une entreprise, l’implémentation d’un logiciel est généralement synonyme de changements dans l’organisation, et pour le moins, dans la circulation interne des informations. Héritage d’un temps où des éditeurs mettaient en avant une connaissance des métiers indéfectible face à un service informatique « dans le besoin » et une direction générale et des directions métier qui ne prenaient que rarement en ligne de compte l’utilisateur final, ses contraintes au quotidien, et son organisation personnelle… On a ainsi vu des grandes enseignes parisiennes forcées d’arrêter des soldes faute de produits à vendre car un réassort exceptionnel n’avait pas été prévu dans leur ERP fraîchement installé depuis un an.

Le monde du logiciel d’entreprise a maintenant changé : implémenter une solution est plus simple grâce au Paas et au Saas, les utilisateurs finaux sont plus ouverts à d’autres façons de faire, les DSI font plus de tests avant de choisir une solution, les services achat vont au-delà du simple critère de prix, les directions métier sont impliquées plus en amont et les directions générales suivent de près l’informatique qui est devenue le cœur de la productivité et du management. On est donc passé d’une situation où les solutions informatiques imposaient à tous une méthode de travail à une adaptation desdites solutions à l’organisation de l’entreprise.

Passons maintenant de la théorie à la réalité 

En entreprise, et dès que l’on va parler « informatique stratégique », on est confronté au service achats, au service informatique, aux directions métier et à la direction générale. Jusque-là rien de très nouveau. Là où la réalité rejoint les pires fictions, c’est dans le cas où la direction générale ne s’implique pas dans le nouveau projet. Mais de cela, de très grands théoriciens de l’organisation en ont déjà parlé : ça ne peut pas marcher.

Les cas les plus généraux sont bien plus terre à terre : le budget permet-il de tout implémenter (mise en place d’une solution marketing sans les moyens d’acheter l’API pour le relier aux boutiques) ? Les directions métier sont-elles prêtes à modifier leurs usages ? L’infrastructure va-t-elle autoriser une implémentation sans couture ? En fait, on pourrait parfaitement se dire que nous avons vu cette évolution : avant, d’un œuf applicatif naissait une poule organisationnelle et maintenant, d’un œuf organisationnel naît une poule… mais les choses sont-elle aussi simples ?

Le réseau social d’entreprise est l’archétype de la solution d’entreprise qui pose problème : il ne permet pas de gérer l’activité comme un ERP et il n’est pas le plus petit dénominateur commun de la communication comme l’e-mail. Pourtant, le RSE nécessite de faire évoluer les pensées, il change certaines choses dans la relation aux autres et il met en exergue la collaboration, en groupes ou en modes projet.

Alors comment gère-t-on cette exception ? Quid de la poule ou de l’œuf ?

Et bien cela paraît si simple que peu de gens osent le dire : l’organisation de l’entreprise s’adapte au fil du temps, des challenges, de la santé économique et de l’évolution de l’informatique. Mais l’informatique de l’entreprise s’adapte au fil du temps, des challenges et de l’évolution de l’organisation de l’entreprise… Il n’y a ni poule ni œuf, mais une logique de performance et de productivité.

Tous ces débats sont donc inutiles, mais en ce début de XXIe siècle, l’entreprise se doit d’être sociale pour être plus performante. Cela tient autant au renouvellement des salariés et de la génération Y qu’aux nouveaux outils qui permettent de socialiser les relations en interne : messagerie instantanée, anciens intranets, ou plus simplement pour répondre aux besoins de collaboration et d’innovation dont toutes les entreprises se prévalent.

Qualifié de « pratique naturelle », l’usage des réseaux sociaux est un outil de travail primordial pour les jeunes ; 40 % d’entre eux hésiteraient à occuper un poste dans un entreprise en interdisant l’usage (selon un sondage OpinionWay pour Kapersky Lab, janvier et février 2013). L’entreprise va devoir aussi s’adapter à ces nouvelles générations…

Donc, l’organisation de l’entreprise est une entité mouvante, changeante et adaptative qui a besoin de renouvellement. Pour ce qui touche à l’informatique vers l’interne et même au-delà des frontières de l’entreprise, le renouvellement vient des RSE, qui sont devenus l’outil le plus pratique pour faire changer les mentalités et les habitudes sans pour autant changer toute l’informatique.

Avec un simple connecteur, un salarié peu au fait des réseaux sociaux peut ainsi gérer son compte au sein d’Outlook… et même d’Office. Alors faisons fi des œufs et des poules pour aller directement aux faits : gérer et prévoir c’est avant tout donner une direction, l’informatique suivra, mais ce seront les interactions sociales qui feront avancer l’entreprise.

Jean-Michel Vergne, VP European Operations de BlueKiwi

Jean-Michel Vergne, VP European Operations de BlueKiwi