JURIDIQUE

Les DSI face au monde réel des métavers

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Par La rédaction

Certains arguent déjà que l’économie du métavers sera prochainement équivalente à dix fois l’économie mondiale. Dans la conquête de ce nouvel eldorado, les DSI, par leur expertise et maîtrise des technologies, ont l’opportunité de se positionner au cœur de la transformation de leurs entreprises en les aidant à saisir rapidement les opportunités et éviter les risques juridiques naissants au sein de ce nouveau monde.

Par Me Pierre-Randolph Dufau
Avocat à la cour, fondateur de la SELAS PRD avocats

Métavers… Le concept décrit en 1992 par Neal Stephenson dans le roman le Samouraï virtuel (ou Snow Crash) n’est plus une fiction.

Au-delà des effets d’annonce de Facebook et du positionnement naturel des entreprises de gaming, d’autres sociétés classiquement ancrées dans le réel, telles que par exemple Sotheby’s ou les maisons de luxe, comme Gucci, ont déjà investi dans le métavers.

Aujourd’hui, de manière concrète, les métavers représentent déjà une source d’innovation pour les marques qui expérimentent des nouvelles interactions, modes de communication et de diversification de revenus.
À titre d’exemple, le #NoBuildChallenge de WFF sur Fortnite ou encore le concert de Travis Scott également sur Fortnite qui a réuni plus de 12 millions de participants et des revenus se comptant en millions d’euros pour l’artiste. Mais aussi, en contrepartie, des risques juridiques (notamment contrefaçon) et réputationnels forts. Par exemple, le phénomène « Ugandan Knuckles », sur VRChat, où une mascotte Sega a été reprise par plusieurs joueurs pour en harceler d’autres.

Là est la passerelle entre le monde virtuel et le monde réel, ce qui se passe dans le métavers a des conséquences réelles dans notre monde. Mais alors, comment ancrer juridiquement le monde virtuel dans le monde réel ?

La blockchain et des NFT (« non-fungible token », actif numérique unique intangible et qui est enregistré dans une blockchain de manière immuable et incorruptible) sont des nouveaux outils permettant une sécurisation juridique des actifs de ce nouveau monde où les ventes immobilières flambent.
De manière plus classique, les marques seraient aussi, par exemple, avisées de commencer à repenser et compléter leurs enregistrements existants pour protéger ces nouveaux périmètres. Enregistrement en classe 9, par exemple, qui couvrirait les jeux vidéo, et/ou en classe 36 – qui inclut les « jetons numériques sous forme d’émission de jetons de valeurs », ainsi que les « services de cryptomonnaie, à savoir, fourniture d’une monnaie numérique ou d’un jeton numérique à l’usage des membres d’une communauté en ligne via un réseau informatique mondial ».

Cependant, avant même de veiller à protéger les droits des individus et des entreprises à mesure que le métavers s’étend, il est important de maîtriser en amont, en rentrant dans le monde virtuel, les engagements contractuels pris ou non par la plateforme et notamment sa responsabilité. L’éthique et la juridicisation des métavers constitueront, sans aucun doute, le socle permettant de créer un environnement durable et de confiance au sein d’un monde virtuel, mais aussi l’interopérabilité entre métavers.

En effet, il convient de protéger, y compris pour les entreprises, les droits de la personnalité et les actifs dans un univers qui est dirigé par une autre puissance économique ou indirectement par un État. Il importe de préserver la liberté de mouvement, de commerce, de quitter le monde virtuel ou de ne pas en être évincé contre son gré, mais également de pouvoir céder ou transmettre son patrimoine.

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