IA génératives et collaboratives

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Les IA génératives au cœur de la bureautique collaborative

Par Laurent Delattre, publié le 17 mars 2023

Cette semaine, Microsoft, Google et OnlyOffice ont démontré comment les nouvelles IA génératives allaient transformer le quotidien des collaborateurs en s’infiltrant au cœur des outils bureautiques collaboratifs. Une nouvelle ère du travail s’ouvre. Décryptage…

Depuis la fin de l’année 2022, les IA génératives occupent le devant de la scène Tech et suscitent un engouement sans précédent. Deux raisons expliquent un tel engouement : le saut quantique en matière de manipulation du langage naturel réalisé récemment par ses IA mais aussi les perspectives qu’elles offrent en matière de productivité, créativité et efficacité au quotidien.

Depuis ChatGPT, tous ceux qui ont expérimenté ces IA ont pris conscience de ce potentiel. Tous ont compris que ces IA pouvaient totalement transformer notre façon de travailler. Il suffit simplement de pouvoir les intégrer de façon fluide dans nos processus de travail.

Les éditeurs ont eux aussi pris conscience de ce potentiel. Et se livrent depuis à une course médiatique et technologique à qui sera le premier à implanter ces IA technologiques au cœur de leurs plateformes.

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La semaine dernière, Microsoft annonçait « Dynamics 365 Copilot » et Salesforce répondait dès le lendemain avec son « Einstein GPT ». Même objectif dans les deux cas. Introduire une IA à la fois générative et conversationnelle au cœur des processus attachés au CRM, à l’ERP, à la vente, au support client et au marketing.

Assaut sur la bureautique

Cette semaine, ce sont les suites bureautiques collaboratives qui ont été au cœur de toutes les attentions. Inutile d’être devin. Intégrer de telles IA génératives au cœur des outils informatiques les plus utilisés ne peut que transformer le quotidien des collaborateurs. Elles apportent une assistance intelligente qui simplifie les tâches rébarbatives, augmente le potentiel de chacun, et permet de trouver l’inspiration même dans les jours les plus gris.

Le premier à avoir dégainé n’est autre que la suite open source OnlyOffice. Elle a rapidement ajouté à ses outils bureautiques un nouveau volet permettant de dialoguer avec ChatGPT d’OpenAI sur n’importe quel sujet mais aussi pour suggérer des titres, proposer des plans ou introductions, traduire un paragraphe ou une citation, résumer un texte, réécrire un paragraphe, etc.

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L’idée ici est de ne pas avoir à sortir du contexte et lancer un navigateur pour interroger ChatGPT.
Ce plug-in n’est cependant qu’une extension qui n’offre qu’un degré d’intégration relatif et nécessite préalablement d’ouvrir un compte OpenAI payant pour obtenir les clés d’accès aux API du leader actuel des IA génératives.

Avec sa version 7.3, OnlyOffice inaugure un Plu-in qui permet d’intégrer ChatGPT directement dans un volet de la suite pour l’interroger sans avoir à changer de logiciel.

OnlyOffice a cependant réussi son coup médiatique en intégrant ChatGPT dans sa suite quelques jours avant les grandes annonces des deux leaders du secteur.

Maîtres de leurs propres technologies d’IA génératives, les deux leaders américains peuvent implanter ces IA plus au cœur de leurs suites et davantage transformer les interactions et les processus. L’intelligence artificielle vient ainsi jouer un rôle central dans les outils collaboratifs pour améliorer notre manière de travailler, libérer notre potentiel créatif et renforcer l’esprit d’équipe.

Google infiltre l’IA générative au cœur de Worskpace

Espérant couper l’herbe sous le pied de son concurrent, Google a publié 24H avant la conférence Microsoft une série d’annonces pour expliquer comment elle comptait introduire les IA génératives au cœur de sa suite collaborative Google Workspace.

Pour Thomas Kurian, directeur général de Google Cloud, « l’IA générative constitue un changement de génération technologique, du même ordre que le passage de l’informatique de bureau aux appareils mobiles ».

Pour l’instant sans nom dédié, l’IA générative, ou peut-être plutôt les IA génératives vont venir enrichir Google Workspace pour éviter à l’utilisateur l’angoisse de la page blanche, l’aider à trouver l’inspiration et accélérer la production de contenus.

Même si l’éditeur a laissé entrevoir un futur proche où l’IA s’infiltrerait dans toutes les composantes de sa suite, ses premiers efforts (disponibles prochainement uniquement auprès de testeurs de confiance) sont focalisés sur Docs et Gmail. L’éditeur a montré comment l’IA peut aider à rédiger des courriels, des descriptions de postes et d’autres types de documents à partir de simples instructions écrites en langage naturel. En quelques clics, les utilisateurs peuvent adapter le style employé par l’IA pour qu’elle se montre plus fun ou plus formelle mais aussi demander à l’I.A. d’élaguer ou de développer le contenu (qu’il ait été généré par l’utilisateur ou par l’IA).

Google va intégrer de l’IA générative d’abord dans Docs et Gmail pour générer, résumer, ou étayer du contenu et inspirer les utilisateurs en faisant écrire les premières ébauches d’emails ou de textes par l’IA.

Ultérieurement, Google veut utiliser ces IA d’un nouveau genre pour générer images, sons et vidéos dans Slides, générer analyses prédictives et graphiques dans Sheets et créer des Workflows dans Chats

Au passage, et en marge de la bureautique collaborative, Google Cloud a annoncé commencer à proposer sur son Cloud l’accès à ses grands modèles linguistiques (pour l’instant PaLM, en attendant LaMBDA, MUM et autres) via des API pour permettre l’intégration de telles IA dans tous les services et applications. L’éditeur a également annoncé un nouvel outil « Generative AI App Builder » pour faciliter la création de chatbots de nouvelle génération (et répondre à l’introduction des IA Génératives dans Power Virtual Agents chez Microsoft). Enfin, sa plateforme « Vertex AI » s’enrichit aussi de nouveaux modèles génératifs complétant les nombreux modèles ML prêts à l’emploi déjà proposés.

Microsoft lance un « MS365 Copilot » et une app Business Chat

Sur le fond, les annonces de Microsoft ne se différencient pas de celles de Google. L’approche est très similaire, mais une fois encore (comme pour la recherche boostée à l’IA avec Bing) la firme de Satya Nadella paraît – pour le moment  – plus en avance et plus mature sur le sujet que son concurrent.

Dans la lignée des précédentes annonces autour de Bing et de Dynamics 365, Microsoft a donc dévoilé cette semaine sa nouvelle IA générative et conversationnelle « Microsoft 365 Copilot ». Elle combine les capacités multimodales, conversationnelles et génératives de GPT-4 au savoir de l’entreprise modélisé à travers Microsoft 365 Graph (qui regroupe les collaborateurs, les emails, les chats, les documents, et autres métadonnées contextuelles). « Copilot est une toute nouvelle façon de travailler et non simplement une meilleure façon de faire les mêmes choses » explique Jare Spataro, le patron de la division Microsoft 365 (ex Office), « il opère à vos côtés et s’intègre dans ces applications clés utilisées quotidiennement par des millions d’utilisateurs : Word, Excel, PowerPoint, Outlook, Teams, OneNotes et plus encore ».

« Copilot combine la puissance de grands modèles linguistiques avec vos données et vos applications pour transformer vos mots en l’outil de productivité le plus puissant de la planète » ajoute Jared Spataro, insistant sur cette nouvelle façon de travailler s’appuyant sur l’aide de l’IA au travers d’un échange en langage naturel. Il précise par ailleurs que « en s’appuyant sur le contenu et le contexte de votre entreprise, Copilot fournit des résultats pertinents et exploitables. Il est prêt pour l’entreprise et s’appuie sur l’approche globale de Microsoft en matière de sécurité, de conformité, de confidentialité et d’IA responsable. Copilot marque une nouvelle ère de l’informatique qui transformera fondamentalement notre façon de travailler. »

Avec “Copilot”, Microsoft veut métamorphoser l’usage de ces outils. L’IA aide l’utilisateur à générer, résumer ou compléter du contenu, à simplifier les tâches rébarbatives mais aussi à mieux utiliser les outils.

Copilot s’infiltre dans chaque application :

– Dans Word, il permet d’écrire, éditer, réécrire, reformuler, raccourcir, résumer, suggérer des textes et des idées.
– Dans PowerPoint, il libère la créativité en transformant vos idées en présentation, en transformant une diapositive trop textuelle en diapositive plus visuelle, en réalisant pour vous la programmation des animations, en générant automatiquement les notes de présentation (Speaker Notes).
– Dans Excel, il aide à tirer de l’information pertinente du flux de données, il identifie automatiquement des tendances, il explique les pourquoi de tel ou tel résultat financier, il crée des visualisations au look professionnel, il vous permet d’utiliser des fonctionnalités qui jusqu’ici vous ont toujours échappé (comme les Pivot Tables par exemple).
– Sous Outlook, il vous aide à gérer votre messagerie (Inbox) en priorisant automatiquement les emails qu’il juge les plus importants et urgents, il vous synthétise les emails et discussions, il vous aide à répondre en adoptant le ton qui vous semble le plus approprié.
– Sous Teams, il vous aide à rendre les meetings plus productifs, à répondre aux questions que les interlocuteurs se posent, à résumer discussions et chats, à créer directement des listes d’actions à partir du contenu des conversations.

Bref, non seulement Copilot vous aide à produire du contenu de qualité, mais il vous aide aussi à l’analyser, le mettre en forme, et mieux exploiter le potentiel des outils Microsoft. Non seulement Copilot interagit avec les outils et les documents mais il peut aussi interagir entre les outils et documents pour par exemple transformer un rapport Word en présentation PowerPoint !

Copilot simplifie les tâches quotidiennes et se revèle capable de jongler avec les outils et documents. Par exemple il peut générer dans Word un compte rendu à partir de notes saisies au vol dans OneNote.

Dans tous les cas, l’utilisateur reste mettre du contenu : il peut à tout moment demander à l’IA de reformuler ses propositions, de les raccourcir ou à l’inverse de les développer, ou encore d’adopter une autre tonalité.

Et Copilot s’infiltre même dans Power Platform non seulement en aidant les utilisateurs à créer eux-mêmes les automatisations de leurs tâches répétitives sous Power Automate mais également à développer des Power Apps et des Power Virtual Agents en transformant vos idées en code.

La force des IA Copilot et Business Chat réside dans leur capacité à combiner le potentiel de GPT-4 au savoir informationnel de l’entreprise rassemblé dans Microsoft 365 Graph.

Par ailleurs, Microsoft lance une nouvelle application : Business Chat. On peut voir cette application comme un ChatGPT ou un Bing Chat pour l’entreprise. Elle est une adaptation au monde de l’entreprise de l’intelligence conversationnelle orientée recherche de Bing IA. Elle s’en différencie par sa capacité à rassembler des données éparses provenant de documents, de présentations, d’e-mails, de calendriers, de notes et de contacts. Elle peut également à rédiger des e-mails, trouver des dates clés ou même rédiger un plan basé sur un ensemble de fichiers liés à un projet.

Ça imine, mais ce n’est pas pour tout de suite

Quoiqu’il en soit, aussi bien du côté de Microsoft que de Google, l’objectif de la semaine était d’occuper la sphère médiatique. Car d’un côté comme de l’autre, il est encore beaucoup trop tôt pour lâcher ces IA dans la nature. Microsoft semble plus avancée grâce à ses accords avec OpenAI et son travail sur GPT-4. Ses IA sont déjà multilingues et en « bêta privée » auprès de clients de confiance. Mais l’éditeur communiquera dans les prochaines semaines la disponibilité publique et l’impact tarifaire de ces technologies.

Chez Google, les IA ne sont disponibles qu’en Anglais auprès de « testeurs de confiance ». L’éditeur promet d’itérer rapidement pour rendre ces technologies accessibles dans le courant de l’année.

Un délai qui permet aux DSI de déjà explorer ce potentiel au travers de ChatGPT ou Bing AI (dont la liste d’attente vient d’être levée) afin de réfléchir aux implications éthiques, organisationnelles et technologiques que ces IA engendreront dans l’entreprise.

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