L’avènement du cloud hybride et du multicloud a rendu les solutions d’APM plus indispensables que jamais. Boostée à l’IA, la dernière génération prémâche même le travail de l’humain pour faciliter la gestion d’environnements toujours plus complexes.

Par Marie Varandat

Il est loin le temps où il fallait mettre les mains dans le code pour ajouter des marqueurs à des fins de monitoring des performances d’une application ! Depuis la première génération de solutions d’APM (Application Performance Monitoring), beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Aujourd’hui, le marché s’oriente vers des plateformes très complètes qui embarquent des agents qui tracent et mesurent l’activité technique mais aussi business d’une application.

Un marché très dynamique

Magic Quadrant APM Source: Gartner 2019

Du point de vue des leaders, le marché est plutôt stable avec trois grands acteurs qui dominent largement depuis une dizaine d’années déjà si l’on en croit le Magic Quadrant de Gartner.

Très loin devant IBM, Microsoft ou encore Oracle, Dynatrace, AppDynamics (racheté par Cisco) et New Relic donnent le ton avec une croissance annuelle respective 7%, 42% et 35% selon le dernier rapport d’IDC.

Un rapport qui estime aussi le marché mondial à 4,3 milliards de dollars avec une croissance globale de 13,4%.

Selon Stephen Elliot, program vice president, Enterprise System Management Software d’IDC, cette bonne santé du marché de l’APM s’explique par « la nécessité de gérer les performances tout au long du cycle de vie de l’application, de DevOps aux opérations de production, afin de s’assurer que l’expérience de l’utilisateur final répond à des normes de qualité concurrentielles ».

Retrouver de la vision globale

Erwan Paccard – Director of Product Marketing

Pour Erwan Paccard, Director of Product Marketing d’AppDynamics, elle est aussi due à une complexité croissante des environnements IT : « Les entreprises sont allées vers le cloud, éparpillant des bouts d’application entre différents clouds publics et des environnements internes diversifiés : infrastructure traditionnelle, cloud privé, etc. Dans un premier temps, elles se sont appuyées sur leurs outils de monitoring existants et sur ceux fournis par leurs prestataires de cloud pour vérifier le fonctionnement de leurs applications. Résultat, elles se sont retrouvées avec une multitude d’outils qui ne mesurent finalement qu’un « bout » d’application, donnant ainsi naissance à une informatique très silotée du point de vue du monitoring ».

Pour retrouver de la vision globale, tant du point de vue du monitoring technique que business, les entreprises s’orientent donc vers une nouvelle génération d’outils qui offrent une vision transverse du fonctionnement d’une application éclatée entre différents environnements, quelle que soit la technologie utilisée pour son développement et l’environnement où ses « bouts » s’exécutent.

L’IA à la rescousse

Etat du marché de l’APM (Source: IDC 2018)

Toutefois, la notion même d’application ayant très fortement évolué avec l’arrivée des microservices et autres conteneurs, les solutions APM sont confrontées à des environnements dont la complexité ne cesse de croitre. C’est pourquoi on a assisté ces dernières années à une consolidation du marché avec beaucoup de fusions-acquisitions, dont notamment le rachat d’Apps Dynamics par Cisco en 2017. Avec une part de marché de l’ordre de 40% selon IDC, les nouveaux entrants ne sont pas en reste : la start-up Atakama Technologies a englouti Nudge APM en début d’année dernière et Splunk a jeté son dévolu sur SignalFx en aout 2019.

Autrement dit, sur un marché devenu très concurrentiel, les différents acteurs affutent leurs armes pour enrichir leurs solutions et répondre aux besoins des entreprises de monitoring d’environnements multicloud et hybrides.

Pour répondre à la complexité croissante de ces environnements très distribués, les acteurs se tournent également vers l’IA. Monitoring du réseau, de l’infrastructure cloud tant du point de vue technique que financier – dispose-t-on réellement de ce qu’on paie ? – mais aussi de la charge CPU, de l’utilisation de la mémoire… Face à l’analyse de millions de dépendances et de métriques, au sein d’architectures digitales toujours plus dynamiques, modulaires, élastiques et évolutives où un nombre croissant de technologies différentes cohabitent, « l’humain n’est plus de taille, estime Erwan Paccard. C’est pourquoi on assiste à une injection à haute dose de l’IA dans les solutions d’APM pour gérer toute cette complexité ».

Dit autrement, les outils de dernière génération ne se contentent plus de découvrir, cartographier et mesurer automatiquement en temps réel. Ils analysent aussi désormais en continu les anomalies de performance et leurs causes, en appui sur les technologies d’IA.