Comment, en période de crise, lancer des projets IoT profitables qui contribuent à la fois à la transformation numérique et à la transition écologique?

Par Gabriel Raymondjean, directeur général de Talan Opérations

Un vent porteur souffle sur les projets d’IoT, en particulier pour la ville, le bâtiment, l’énergie et la mobilité. Le temps des expérimentations et autres cas d’usage semble enfin céder la place à des projets « en chair et en os » portant notamment sur la gestion de l’énergie et des « mobilités » : trottinettes, vélos, scooters et autres voitures électriques en location ; gestion des flux d’usagers dans les gares et à leurs abords, etc.

Mais soyons lucides. Si les réalisations concrètes restent peu nombreuses à ce jour, ce n’est pas sans raison. Les projets peinent en effet à surmonter les deux obstacles majeurs que sont le poids des investissements et la complexité.

Dans une collectivité, un projet d’IoT est d’abord un projet coûteux d’infrastructure et d’installation avec gros œuvre, des intermédiaires, une logistique d’approvisionnement, sans oublier ensuite la maintenance et l’évolution.
Par ailleurs, la complexité est partout : d’une part la combinaison multicouche entre BTP, électronique, informatique et réseaux constitue un défi ; mais encore, le foisonnement des options technologiques et des fournisseurs, les risques d’obsolescence, le déficit de standardisation rendent les choix ardus et font peser un risque d’explosion des coûts. Sans compter les sujets de coordination des acteurs publics et privés, l’enjeu de sécurité et l’accompagnement au changement.

DANS CES CONDITIONS, COMMENT RENDRE UN PROJET D’IoT PROFITABLE ?

D’abord en privilégiant une approche centrée sur l’exploitation intelligente des ressources existantes. Car à bien y regarder, de nombreux capteurs et réseaux sont déjà en place : caméras, sondes thermiques dans les réseaux de traitement d’air, de capteurs de position ou de vitesse sur des ascenseurs… Autant de données disponibles, fiabilisées, et souvent gratuites.

Dans ces conditions, le piège du projet d’infrastructure est évité, au profit d’un projet (Moins à la pointe ? Moins systématique ? Qu’importe au fond) de valorisation et d’intégration de composants déjà en place. Ce qui change tout : durée, coûts, incertitudes sont écrasées.

À condition de s’accommoder du contexte, de faire preuve de créativité, et d’itérer. Par exemple, un exploitant de parkings détectera les zones de nettoyage et les besoins de remplacement des tubes à néon à l’aide des caméras de surveillance. Ou encore, un exploitant de galeries marchandes utilisera, lui aussi, les flux vidéo pour détecter des objets perdus, déterminer des profils d’affluence et combiner ces informations avec les données de climatisation afin d’anticiper la consommation énergétique.

Ensuite en corrigeant et en perfectionnant. Parfois l’obstacle entre le besoin et la solution est minime. Si un projet n’a pas porté tous ses fruits du fait d’un capteur trop faible ou d’une incapacité à détecter des signaux porteurs de messages dans une masse de données, des innovations récentes peuvent apporter une nouvelle vie à ces projets et débloquer des usages, voire en générer de nouveaux. Le tout rapidement et à bon marché. Par exemple, tel projet d’exploitation des données de validation d’un grand réseau de transport a trouvé une nouvelle vie grâce à un détecteur d’anomalies et à un moteur de corrections basé sur du machine learning qui a permis une série d’analyses de prédiction du trafic.

Dans ce contexte, les méthodes de design thinking s’avèrent fructueuses. Elles sont bien appropriées à la fois à l’invention de nouveaux usages générateurs de valeur, et à la conception de solutions qui exploitent les matériels existants… à la condition de passer les idées sous le peigne de l’estimation de la valeur générée.

Enfin, la capacité à itérer rapidement, et améliorer la réponse de manière incrémentale est aussi un point clé. Si, pour optimiser des flux de personnes, il est nécessaire de compter le nombre de présents dans une pièce, alors il peut être judicieux dans un premier temps de mettre en place de simples tapis connectés au lieu d’exploiter des données vidéo. Leur mise en place, très rapide, fournira une information simple à exploiter qui permettra de tester les algorithmes de gestion de flux en situation. Le traitement de données vidéo, plus complexe à mettre en œuvre et soumis à des contraintes réglementaires, pourra intervenir dans un second temps, seulement si nécessaire. Là encore, les obstacles à l’obtention d’une réponse satisfaisante, parce que nombreux et imprévisibles, privilégient une approche par essai / échec, et une modération des dépenses engagées à chaque étape.

Alors que la crise qui s’installe nous incite à réduire les coûts, de telles approches, frugales, doivent permettre aux entreprises et collectivités de trouver un chemin de réalisation pour leurs projets qui délivrera la valeur attendue, à un coût maîtrisé, et qui jette les bases de la transformation numérique et de la transition écologique.