Dans la foulée de l’Open Source Summit qui s’est tenu à Paris les 10 et 11 décembre 2019, plusieurs études viennent éclairer l’impact croissant du logiciel libre dans l’écosystème applicatif des entreprises.

L’optimisme est de mise pour l’univers open source. Selon une étude DigitalOcean, le marché des solutions open source dépassera les 32 milliards de dollars dans le monde en 2023 avec 30 millions de développeurs participant à des projets open source.

« La croissance de l’open source ne s’essouffle pas et reste très soutenue avec près de 9% par an, ce qui est considérable pour un marché qui pèse désormais plus de 5 milliards d’euros en France et plus de 25 milliards en Europe, se réjouit Marc Palazon, président du comité Open Source de Syntec Numérique. Avec une telle dynamique, l’open source devrait représenter plus de 60 000 emplois en 2020 et certainement 70 000 à 80 000 emplois à l’horizon 2021, ce qui est exceptionnel ». Une croissance de 9% qui surpasse significativement les 4% du marché de l’IT pris globalement.

Selon une étude Teknowlogy Group (ex PAC), en partenariat avec le CNLL et le Syntec Numérique, 80% des entreprises anticipent une augmentation de l’utilisation de l’open source dans les deux ans à venir. La France conserve sa première place européenne sur ce marché bien qu’elle soit de plus en plus talonnée par l’Allemagne et le Royaume-Uni. Ainsi la part de l’open source sur le marché global de l’informatique dépasse désormais les 10% dans l’hexagone contre 7,4% outre-Manche et 7% par-delà le Rhin.
D’une manière générale, l’open source est perçu comme un atout pour l’industrie numérique européenne avec 8 entreprises sur 10 qui considèrent que l’Europe a une longueur d’avance. Un sentiment qui transparaissait déjà dans le rapport du Cigref paru fin 2018 pour encourager les entreprises à franchir le pas de l’open source.

La transformation, moteur de l’adoption open source

L’open source s’impose comme un accélérateur de la transformation numérique et participe à l’adoption des nouvelles technologies par les entreprises. En effet, selon l’étude Teknowlogy, 9 entreprises sur 10 considèrent le logiciel libre comme incontournable ou préférable dans des domaines comme l’IA, le data management et la blockchain.
Une adoption accélérée par le fait que dans une entreprise sur trois, les solutions open source sont sponsorisées directement par les directions générales et par les directions métiers qui plaident en leur faveur.

Des motivations variées et variables

Selon le rapport Teknowlogy, les deux premières motivations qui poussent à l’adoption de l’open source sont la garantie de personnalisation et l’indépendance technologique. Suivent la maîtrise des coûts, l’amélioration de la fiabilité des SI et des logiciels, puis enfin l’interopérabilité que l’on aurait pu croire plus stratégique que l’étude ne le dit.

Un palmarès qui diffère quelque peu du dernier rapport Red Hat publié en juin 2019 sur l’adoption en entreprise de l’open source. Les trois premières motivations indiquées alors étaient la baisse du coût total de possession, l’accès aux dernières innovations, le renforcement de la sécurité. Venait seulement ensuite l’amélioration de la qualité des logiciels, l’accès à une assistance, et les possibilités de personnalisations.

L’impact des grands acteurs

L’année 2019 aura été marquée par l’acquisition de GitHub par Microsoft et celle de Red Hat par IBM. Deux gros rachats qui témoignent d’un investissement des anciens géants de l’informatique pour les technologies open source. Ces investissements se traduisent aussi par leur ralliement à des fondations comme la Linux Foundation, l’Open Source Initiative, l’Open Invention Network, etc.
Selon l’étude DigitalOcean, l’arrivée de ces grands acteurs est très diversement appréciée par les développeurs et les acteurs initiaux de l’open source. 51% des développeurs se disent inquiets, 25% sont dans le doute, et 24% n’y voient pas de raison de s’inquiéter. Ceux qui sont inquiets pensent cette adoption de l’open source par les « grands » acteurs uniquement motivée par leurs propres intérêts. Ceux qui ne s’inquiètent pas constatent que ces grands noms investissent économiquement, mais aussi techniquement et qu’ils livrent aux communautés ce qu’ils font.
De façon plus surprenante, c’est Google et Microsoft qui, selon les répondants de l’étude DigitalOcean (qui sont tous des développeurs), joueraient le mieux le jeu de l’open source, Apple étant inversement perçue comme une entreprise inamicale.

Des difficultés à résoudre

Reste que dans les faits, la percée de l’open source est très inégale selon les domaines d’activité observés. Le rapport Red Hat rappelle ainsi que ces technologies sont d’abord employées dans l’univers du développement et particulièrement celui des sites Web. On les retrouve également dans le domaine de la gestion des clouds, de la sécurité, de la BI et de l’IA ainsi que dans celui des bases de données. Dans les autres domaines, en revanche, beaucoup de progrès restent à faire.

En outre, une enquête du CNLL– réalisée auprès des entreprises françaises du logiciel libre sur leur perception des grands marchés de support français et des appels d’offres afférents – met en lumière une image très négative des grands partenaires de support (SSII et grandes ESN). Les acteurs de l’open source reprochent à ces marchés d’être trop complexes et d’un périmètre souvent inadapté à leur taille. Ils reprochent également aux SSII et ESN généralistes d’interférer en « empêchant les grands comptes de bénéficier des expertises pointues des sociétés dédiées ».
Surtout, deux acteurs du logiciel libre sur trois reprochent à ces grandes SSII et ESN de ne pas contribuer au développement des logiciels open source et de se contenter de capter la valeur sans ni reverser ni contribuer au développement des solutions open source.

Bref si l’open source se porte globalement de mieux en mieux en France et en Europe, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour rééquilibrer les forces en présence et étendre l’adoption généralisée de l’open source au-delà du développement et des plateformes.

Sources:
The State of Enterprise Open Source
Currents Open Source 2019 Report
L’open source, une alternative aux grands éditeurs
Enquête sur les marchés de support Open Source 2019
Teknowlogy Group