Selon Gartner, la généralisation des app stores d’entreprise sera l’une des grandes tendances technologiques de 2013. Ils permettent de simplifier la distribution des applications métier aux collaborateurs. Certaines précautions sont à prendre lors de sa mise en œuvre.

Quoi de plus naturel pour un utilisateur d’iPhone 5, d’iPad Mini, de Galaxy SIII ou d’Xperia U que d’installer facilement de nouveaux logiciels depuis une boutique de distribution d’applications en ligne, en fonction de ses envies ou de ses besoins du moment ?

La forte pénétration des smartphones et des tablettes en entreprises, en partie portée par le phénomène BYOD (Bring Your Own Device), accentue cette nécessité sur le lieu de travail : les collaborateurs souhaitent accéder de façon simple, quelle que soit leur localisation, à un catalogue d’applications écrites spécifiquement pour accomplir leurs tâches professionnelles.

De plus en plus d’entreprises s’équipent d’un app store privé

La mise en œuvre d’un app store d’entreprise (ASE), calqué sur le modèle de ses homologues grand public, permet de répondre à cette demande de stockage et de distribution flexible d’applications, ainsi que de leurs mises à jour (de plus en plus fréquentes et incrémentales avec les impératifs croissants de time-to-delivery), mais également de limiter certains risques liés au Bring Your Own Application (BYOA).

De plus, les solutions de différents types de fournisseurs (Apperian, AppCentral, Octo, Keivox ou même… Apple), permettant une diffusion limitée à une communauté restreinte, arrivent à maturité.

Ces différents éléments poussent les analystes de Gartner à prédire que, si aujourd’hui les entreprises disposant d’un ASE sont minoritaires, ce ne sera plus le cas dès 2014, avec notamment une forte accélération dès cette année. Même si cela peut paraître optimiste au vu des contraintes budgétaires actuelles, les DSI doivent néanmoins s’y préparer.

Des spécificités liées au contexte professionnel pour la mise en place de l’app store

Un ASE doit s’appuyer sur les mêmes fondamentaux que ses équivalents publics – pertinence du catalogue, ergonomie, navigation et recherche, évaluation des apps par la communauté, respect de la vie privée des utilisateurs – mais des différences majeures sont à prendre en compte.

Contrairement aux app stores grand public conçus pour inciter les utilisateurs à acheter autant que possible, un ASE répond à un besoin de contrôle des achats de logiciel. Pour éviter des frais de licences trop élevés, les entreprises doivent donc mettre à disposition un catalogue adapté aux rôles des différents collaborateurs, composé du mix optimum (en qualité et en quantité !) d’applications génériques et spécifiques métier.

En termes de trajectoire, il s’agit de commencer par un périmètre raisonnable tout en se laissant des marges de manœuvre permettant une extension continue, autour de roadmaps claires pour le versioning des applications.

L’entreprise doit aussi trouver le subtil équilibre entre souplesse pour l’utilisateur et sécurisation des achats et des téléchargements. Ainsi, sans mettre en place un workflow trop complexe et rigide (syndrome de l’usine à gaz) par nature contre-productif, un mécanisme impliquant les propriétaires d’applications doit être réfléchi et s’intégrer à la plate-forme technique de Mobile Device Management / Mobile Information Management retenue.

Les téléchargements depuis un ASE doivent se faire dans le respect des conditions contractuelles signées par l’entreprise avec les fournisseurs d’applications externes sous peine de pénalités (les éditeurs de logiciel souhaitant sécuriser leurs revenus étant de plus en plus tatillons à ce sujet). Ainsi l’ASE doit porter des fonctionnalités de suivi d’inventaire afin d’optimiser l’allocation des licences.

Ceci présente l’opportunité pour l’entreprise de (faire) développer ses propres applications adaptées à ses besoins spécifiques. Les solutions d’ASE du marché le permettent justement, y compris l’App Store d’Apple qui n’impose pas une validation de chaque application par le géant à la pomme pour un usage interne.

En conclusion, les promesses d’un App Store d’Entreprise ne sont atteignables que si la DSI adopte une réelle posture de centre de services, disposant de réelles capacités marketing pour le développement du catalogue d’applications, tout en s’assurant du respect des contraintes de sécurité et des contrats de licences.

Jean Pujol, du cabinet Kurt Salmon

Jean Pujol, du cabinet Kurt Salmon