Durant la 4ème édition de sa conférence européenne, qui s’est tenue cette semaine à Copenhague, Nutanix est revenu sur sa stratégie se focalisant sur des problèmes IT très actuels et sur les fondamentaux de sa plateforme. Un pragmatisme rassurant.

L’an dernier, la conférence « Nutanix .Next » européenne était très portée sur la vision à long terme et l’avenir de la plateforme. L’édition 2019 se sera montrée beaucoup plus pragmatique et centrée sur les préoccupations actuelles des équipes IT et de la DSI. Durant deux jours, l’entreprise s’est évertuée à rassurer les clients et les observateurs sur sa capacité à la fois à réaliser ses promesses et à faire évoluer son cœur de plateforme.

Une année Rock’n’Roll

Dheeraj Pandey; CEO et co-fondateur de Nutanix

Lors de son keynote d’ouverture de l’édition 2019, Dheeraj Pandey, le CEO de Nutanix, s’est d’ailleurs montré bien plus pédagogue que visionnaire se focalisant sur le message fondamental de l’entreprise : rendre l’infrastructure et le cloud le plus invisible possible. Il est vrai que l’année 2019 a été quelque peu rock’n’roll pour le pionnier des solutions cloud basées sur l’hyperconvergence, qui fête cette année ses dix ans d’existence. Après un exercice Q3 très en deçà des estimations, son action s’est effondrée entraînant notamment le départ de son responsable des ventes US (Louis Attanasio), de son charismatique Chief Product & Development Officer (Sunil Potti, parti chez Google Cloud) ainsi que d’autres responsables. Il en a découlé une restructuration assez importante qui semble porter ses fruits. L’action est en effet repartie à la hausse après un Q4 supérieur aux attentes. Après 10 ans d’existence, Nutanix reste une pépite prometteuse : elle emploie déjà 5000 collaborateurs dans le monde, affiche plus de 14000 clients dont 3500 ajoutés ces 12 derniers mois.  Mais l’entreprise reste scrutée de près par les marchés et sous pression. Toutefois, la double et périlleuse transition opérée depuis deux ans (passer d’un business d’appliances hardware à un business 100% logiciel, et passer d’un modèle de revenus en licences à un modèle d’abonnements) semble se mettre en place plus rapidement que l’entreprise ne l’avait anticipée.
Dheeraj Pandey a d’ailleurs passé un moment singulièrement long dans son keynote à expliquer les vertus de son modèle « par abonnements ». Selon lui, ce mécanisme est plus adapté à une plateforme qui ne cesse de s’enrichir et d’évoluer : « De même que nous avons découplé le logiciel du hardware, nous cherchons à découpler les droits d’admissibilité d’un côté et les produits de l’autre. Il n’y a plus de notion de valeur résiduelle. Vous évoluez sans échelle de temps aux rythmes imposées par vos besoins et non par vos licences. L’approche par abonnements offre aux entreprises davantage d’optionalité, d’agilité ».

Et rassurer les clients

La Stack Cloud de Nutanix

Parallèlement, Nutanix s’est attaché à évangéliser sa stratégie visant à embarquer les clients de l’hyperconvergence vers le cloud hybride et par la même occasion à démontrer sa capacité à exécuter ses promesses et sa vision.
Les multiples briques de services annoncées depuis un an sont désormais pour la plupart disponibles en GA (general availability) et chacune évolue en parallèle et à son rythme profitant de la souplesse de la plateforme sous-jacente et de l’unicité/cohérence des API qu’elle expose.
Nutanix continue d’ailleurs de faire évoluer cette fondation composée de l’hyperviseur AHV, du système de « software defined storage » distribué AOS et de l’interface de management Prism qui joue un rôle clé dans la simplicité de l’ensemble et dans l’approche One Click.
Le travail de modernisation de ses couches basses afin d’exploiter pleinement le potentiel des nouvelles technologies comme NVMe, Optane, RDMA ou PMEM se traduit par des gains notables afin de booster la performance des workloads critiques : x2 des IOPs en écriture, x1,5 sur les IOPs en lecture, et une latence divisée par deux. En outre la capacité de stockage a désormais été portée à 200 To par nœuds (contre 120 précédemment).

Rendre les clouds invisibles

L’hyperconvergence cherchait à rendre invisible l’infrastructure. Désormais, Nutanix veut apporter la souplesse des grands clouds dans le data center de l’entreprise (cloud privé) tout en rendant ce dernier invisible. Cloud hybride et volonté d’être agnostique obligent, Nutanix applique sa philosophie au data center étendu afin de rendre les « clouds » invisibles, que l’on parle de cloud privé, d’Edge computing ou de clouds publics (AWS, Azure, Google Cloud).

Une approche bien résumée par le graphique suivant :

Vers un Data Center étendu et invisible

Cette approche se traduit par une stack de plus en plus complète qui va au-delà du « Software Defined Datacenter » et s’étend aux différents clouds grâce à un ensemble de briques complémentaires permettant une continuité de services du « on premisse » (cloud privé) aux clouds publics.

Ces briques Nutanix qui font l’invisibilité du SI étendu

Pour illustrer son propos, Nutanix a démontré sur scène son service de « Disaster Recovery » (DR), dénommé XI-Leap, qui permet un failover (et un failback) en un clic de vos VMs vers le cloud Nutanix que votre infrastructure interne s’appuie sur ESXi ou sur AVH (jusqu’ici XI-Leap imposait l’usage de l’hyperviseur de Nutanix en interne). Nutanix ouvre d’ailleurs deux nouvelles régions en Europe en complément de la région Londres annoncée l’an dernier : Italie et Allemagne. Mais Dheeraj Pandey nous a confirmé que l’objectif, à terme, était d’ouvrir la « DR » Xi-Leap aux clouds d’AWS, Azure et GCP afin d’obtenir une vraie solution multicloud laissant libre choix aux entreprises de leur destination de failover.

Des partenariats stratégiques

Une intégration ServiceNow avancée

Même si Microsoft, AWS et Google offrent désormais aux entreprises des solutions d’hybridation cloud, les approches concurrentes de VMware et Nutanix qui partent du Datacenter (plutôt que du cloud) pour le cloudifier semblent séduire les DSI européens. Alors que Dell et VMware naviguent désormais sur un même supertanker, Nutanix veut s’affirmer comme le véritable acteur agnostique et ouvert. Encore lui faut-il quelques partenariats significatifs pour convaincre.
Deux annonces, aux accents très marketing, viennent illustrer cette volonté.

Annoncé il y a quelque mois, le partenariat HPE autour de Greenlake est étendu et internationalisé. Et ceci alors qu’HPE possède sa propre offre d’hyperconvergence Simplivity qui marche plutôt bien en France et vise un segment plus PME du marché. L’offre GreenLake de HPE cherche à moderniser la commercialisation des serveurs HPE sous forme de services avec un paiement par abonnement et à l’usage évitant les coûts d’acquisition frontaux. Désormais HPE commercialise une offre sous abonnements « GreenLake for Nutanix » aux entreprises qui veulent s’équiper d’un cloud privé à base de serveurs Proliant et de Nutanix Enterprise Cloud.

L’autre annonce phare, est l’intégration de la plateforme Nutanix à la solution SaaS d’ITSM ServiceNow. Clusters HCI, nœuds et VM sont automatiquement découverts et supervisés depuis l’interface ServoceNow. Une intégration qui exploite la brique Nutanix X-Play de Prism Pro pour automatiser les opérations ServiceNow et notifier, via les workflows de l’ITSM, les administrateurs des incidents et alertes.

Les autres annonces en bref

  • Évolution logique dans sa quête d’invisibilité de l’infrastructure, Nutanix veut – au-delà de l’automatisation – faire évoluer sa plateforme vers plus « d’autonomie » en intégrant des fonctionnalités de self-tuning, self-learning, self-driving et self-healing boostées à l’IA. Nutanix a ainsi introduit une nouvelle brique « Insights » avec de l’analyse prédictive et du support automatisé afin de vérifier que vos configurations sont optimales et répondent aux bonnes pratiques.
  • Files, la brique NAS sur Nutanix, s’enrichit de fonctionnalités basiques d’analytique sur l’utilisation des fichiers et les accès utilisateurs.
  • ERA 2.0, la nouvelle version de la brique DBaaS (Database as a Service) qui simplifie le déploiement, le patching, la sauvegarde façon Time Machine des bases de données s’étend désormais à SAP HANA ainsi qu’aux bases de données NoSQL en commençant par MongoDB. ERA 2.0 s’enrichit aussi de fonctions basiques de Data Management orientées sécurité des accès et du support de déploiements multiclusters.
  • L’arrivée des réplications synchrones AHV entre data-centers et de fonctionnalités « Metro Availability ».